Cette fois-ci on semble bel et bien y être.
On ne va pas trop s’attarder sur la semaine écoulée, qui se termine plutôt très bien pour la psyché boursières collective. L’IPO de SpaceX domine toute la séance de vendredi. Le titre grimpe de 19,2% à 161 dollars et relègue presque au second plan les gains du S&P500 (SPX), limités à 0,5%, même s’ils permettent au SPX et au Nasdaq Composite de signer une dixième semaine de hausse sur les onze dernières. L’opération propulse SpaceX au-dessus de 2100 milliards de dollars de capitalisation boursière. En parallèle, les marchés retrouvent de l’appétit pour le risque grâce aux espoirs d’un accord entre les États-Unis et l’Iran visant à mettre fin au conflit et à rouvrir le détroit d’Ormuz. Vous connaissez désormais le topo, dans un contexte de la sorte les obligations sont achetées, le dollar dédaigné, l’or réhabilité, les actions plébiscitées, le pétrole renié et la volatilité dégonflée.
Priorité au direct ce matin, le thème dominant de la nuit est l’annonce d’un accord intérimaire entre les États-Unis et l’Iran visant à rouvrir le détroit d’Ormuz. Le président Trump confirme l’accord sur les réseaux sociaux, tandis que le vice-ministre iranien des Affaires étrangères fait de même. Une signature officielle est attendue en Suisse le 19 juin, même si des détails importants restent à régler et qu’une période de négociation de 60 jours sur le programme nucléaire iranien doit encore suivre. L’accord permet un retour en trombe de l’appétit au risque: les actions asiatiques bondissent en moyenne de 3%, les futures sur les actions américaines et européennes progressent de 1,3% respectivement 1,8%, le pétrole chute d’environ 5 et le dollar faiblit face à la plupart des devises du G10.
En me penchant sur le comportement des indices d’actions asiatiques cette nuit, je constate que la pression acheteuse se concentre principalement sur les valeurs liées à l’IA, aux semi-conducteurs et au momentum, plutôt qu’en direction des valeurs cycliques. Au Japon, près de 80% des titres du Topix progressent, le Nikkei inscrit un nouveau record intraday avec une hausse de plus de 5%, l’indice japonais des semi-conducteurs bondit de plus de 7%. Les marchés émergents asiatiques profitent aussi du soulagement, avec une hausse de près de 7% aux Philippines et un rebond prolongé en Indonésie, même si les investisseurs attendront probablement des preuves concrètes d’un rétablissement rapide des flux énergétiques au Moyen-Orient avant de pousser le rallye beaucoup plus loin. Rappelons ici que l’optimisme qui prévaut en ce lundi matin pourrait être tempéré lorsque les détails et les obstacles d’un accord durable apparaîtront, car la production mondiale de pétrole a fortement chuté pendant la guerre et le retour durable des expéditions et de l’offre vers les niveaux d’avant-guerre pourrait être long, probablement dépendant de discussions directes, ce qui pourrait maintenir les prix du pétrole soutenus encore un certain temps.
«Et maintenant, que vais-je faire?». C’est la question que se pose probablement chaque intervenant du marché ce matin. L’accord sera-t-il réellement ratifié? Le cas échéant cela pourrait soutenir dans un premier temps les actions et potentiellement provoquer une rotation sectorielle, car une partie du marché reste encore très concentrée sur l’IA et les semi-conducteurs. Selon Barclays, la disparition de ce risque géopolitique favoriserait surtout l’Europe et les secteurs cycliques délaissés, comme le luxe et la consommation. JPMorgan note que les investisseurs ont réduit leur exposition aux actions américaines, ce qui pourrait alimenter un nouveau rallye si les bonnes nouvelles se confirment. Mais les risques restent élevés: la Fed, l’impact du pétrole sur l’inflation et l’arrivée possible de nombreuses émissions ou IPO liées à l’IA, après SpaceX, pourraient peser sur les mégacaps tech.
Résumons: la mise en orbite vendredi de l’action SpaceX est un succès, le reste du pack ne devrait pas tarder à émerger avec en vedettes OpenAI et Anthopic. Le sentiment général du marché se détend significativement, le détroit pourrait bien rouvrir dès vendredi, en revanche sur les parquets de trading on tend à oublier que le rétablissement d’une offre dite normale d’or noir prendra du temps à se matérialiser et aussi que tout ce temps passé à maintenir le robinet fermé a probablement permis à dame inflation d’opérer un retour inespéré parmi nous. À ce sujet, cette semaine au moins dix banques centrales annonceront leur décision sur leurs taux respectifs, la Fed en fait partie, elle communiquera à ce sujet mercredi soir, son nouveau patron Kevin Warsh s’exprimera pour la première fois à cette occasion, on piaffe de l’écouter. Enfin gardons en tête que les récents résultats de sociétés du secteur de la tech ont tous déçu (Broadcom, Oracle et Adobe).
L’or bondit jusqu’à 2,7% pendant la nuit, repassant au-dessus de 4330 dollars l’once après l’annonce de l’accord avec l’Iran, car l’apaisement des craintes inflationnistes et la perspective d’une baisse des prix de l’énergie réduisent les anticipations de hausse des taux de la Fed. Le mouvement est assez paradoxal: l’or profite habituellement des risques géopolitiques, mais cette fois la hausse vient surtout des attentes de taux réels plus bas et d’un dollar plus faible, plutôt que d’une véritable demande de valeur refuge. Les flux des ETF restent toutefois défavorables depuis plusieurs semaines, avec plusieurs jours consécutifs de ventes nettes d’or jusqu’à la mi-juin. Cours actuel de la relique barbare 4308 dollars, sa 200 jours l’attend à 4450 dollars.
Le pétrole chute à 80,69 dollars le baril de WTI Light Crude, sa moyenne mobile à 200 jours se situe à 73,73 dollars. La paire EUR/USD repasse légèrement au-dessus de 1,1600, si elle poursuit son redressement elle se retrouvera rapidement face à une muraille de moyennes mobiles (50, 100 et 200 jours), qui évoluent toutes trois dans une bande étroite entre 1,1670 et 1,1685. Repli de l’or noir et du billet vert donc, logique, repli aussi des rendements obligataires aux Etats-Unis, le 10 ans recule à 4,44%, sa 50 jours veille à 4,42%.
C’est une semaine de quatre jours boursiers qui débute, vendredi Wall Street restera fermée afin de commémorer la fin effective de l’esclavage aux Etats-Unis (Juneteenth Day).
On plonge dans le joyeux monde des indicateurs internes de marché avec SentimenTrader qui décrit un marché qui s’est nettement fragilisé à court terme: l’indicateur Risk On/Off s’est fortement détérioré, l’environnement de marché est désormais jugé «malsain» et le VIX a récemment fait des bonds plus importants que d’ordinaire, ce qui traduit une remontée brutale de la peur. Historiquement, ce genre de pic de volatilité a souvent constitué une opportunité d’achat à horizon de quelques mois, mais l’article insiste sur le fait que le parcours peut rester très agité, avec des replis importants possibles avant une amélioration. Le contexte macro devient également moins porteur, car les signaux d’inflation se dégradent, même si les bonnes surprises sur l’emploi peuvent encore soutenir temporairement certaines poches du marché, notamment le Nasdaq. SentimenTrader évoque aussi des signaux contrariants sur l’or et surtout sur la santé : le secteur est très délaissé, mais les achats d’initiés y sont élevés, ce qui a historiquement pu signaler un meilleur potentiel futur. En résumé, le risque de court terme a clairement augmenté et le marché n’est plus dans une configuration saine, mais l’excès de peur pourrait finir par créer des opportunités pour les investisseurs capables de supporter une forte volatilité (source: Sentimentrader).
Kevin Warsh, nouveau président de la Fed, risque d’hériter d’une situation beaucoup plus dangereuse que prévu, avec un possible retour des tensions inflationnistes provoqué par la guerre, la hausse des prix de l’énergie et une économie américaine qui refuse de ralentir. Sous Jerome Powell, l’inflation post pandémie avait presque été maîtrisée, malgré son erreur initiale lorsqu’il l’avait qualifiée de temporaire, et son principal succès restera probablement d’avoir ramené l’inflation vers l’objectif sans provoquer de récession. Mais avec l’arrivée de Warsh et le contexte du second mandat de Donald Trump, la descente depuis les taux élevés devient beaucoup moins contrôlée : les risques d’inflation repartent, l’incertitude géopolitique augmente et les marchés anticipent de nouveau des taux plus hauts. En résumé, la Fed ne se trouve manifestement plus dans une phase de normalisation tranquille, mais peut être au début d’une nouvelle remontée des taux, ou au minimum coincée durablement sur un plateau élevé.
Deux statistiques américaines importantes sont attendues cet après-midi: à 14h30, l’indice Empire State de la Fed de New York pour juin 2026 donnera une première indication sur l’activité manufacturière dans la région de New York, notamment les nouvelles commandes, l’emploi et les prix; puis à 15h15, la production industrielle de mai 2026 permettra de mesurer l’évolution réelle de l’activité des usines, des mines et des services publics aux États-Unis. Ces deux indicateurs seront surveillés car ils peuvent montrer si l’économie américaine ralentit ou reste solide, ce qui peut influencer les anticipations de taux de la Fed et donc les marchés.
HSBC fait face à une exposition de 400 millions de dollars envers le groupe émirati IFFCO, après l’échec des discussions autour de la restructuration de sa dette. Holcim reçoit l’approbation conditionnelle de Bruxelles pour racheter l’allemand Xella, dans le cadre d’une opération valorisée à 1,85 milliard d’euros. Partners Group rejette les informations évoquant un blocage de ses fonds evergreen et affirme ne prévoir aucun changement concernant leurs modalités de liquidité. Avolta procède au refinancement partiel de 750 millions d’euros d’obligations senior. SpaceX mène à bien son entrée en Bourse, une opération qui pourrait permettre à Elon Musk de devenir le premier trillionnaire de la planète. Amazon aurait mis en garde contre les modèles d’intelligence artificielle d’Anthropic avant les restrictions décidées par l’administration américaine. Mark Zuckerberg reconnaît que Meta a commis des erreurs dans la réorganisation de ses équipes autour de l’IA. OpenAI ferait l’objet d’une enquête menée par un groupe de procureurs généraux, selon Reuters. SK Hynix ambitionne de s’introduire sur le Nasdaq au mois d’août.
Cette nuit et ce matin en Asie, les indices célèbrent l’annonce d’un accord entre Téhéran et Washington DC. Tokyo gagne 4,99% à la cloche, Hong Kong grappille 0,45%, Shanghai monte de 1,6%, Séoul décolle de 5,2% et le Nifty50 prend 1,2%. Le future SPX grimpe de 1,2% pendant que l’Europe gagne 1,6% dans les premiers échanges.