Pendant que New York explose de joie après la remontée du siècle des Knicks (mazette cette claquette d’Anunoby à deux secondes de la fin, le panier de sa vie! J’en ai les frissons et c’est un fan des Celtics qui écrit ça…), pendant que le Madison Square Garden entre en fusion donc, un peu plus bas dans Manhattan c’est une toute autre ambiance qui prévaut avec grosse déprime et cocktails de Xanax à gogo. Wall Street n’a pas la tête au basketball, elle est en PLS depuis son record du 3 juin, l’indice Nasdaq100 (NDX) a rendu 7,3% depuis lors, le SOX (semi-conducteurs) fait pire avec -12,5%, tentons de décrypter ce qui est en train de se produire sur la planète finance.
Une des principales raisons de la correction en cours sur les principaux indices d’actions aux Etats-Unis réside probablement dans l’absence de plus en plus visible de bonnes raisons auxquelles se raccrocher pour que la pression acheteuse ne faiblisse pas. Les résultats trimestriels de sociétés sont derrière nous ou presque, les rares qui sortent encore font du mal au sentiment général, la semaine passée c’était Broadcom, hier soir Oracle (j’y reviens). Au chapitre de la politique monétaire de la Fed, le marché a longtemps regardé ailleurs mais ne peut désormais plus ignorer que la principale banque centrale au monde est sur le point d’enfiler son habit de faucon, mercredi soir prochain pour être précis, or sans l’aimable concours de la Réserve Fédérale, le royaume des actions ne sait plus faire, qui s’est tant habitué à ses injections quotidiennes de liquidités depuis 2009. Directement lié à la Fed, l’indice des prix à la consommation du mois de mai publié hier, qui sort en ligne voire légèrement plus bas qu’attendu mais le fait est que le niveau général des prix reste élevé, surtout au regard de l’objectif de la Fed de 2%. L’indice cœur progresse d’un tick en mai pour s’établir à 2,9%. Cela nous amène au sentiment général du marché qui semble s’être détérioré depuis quelques temps, un CPI tel que celui d’hier aurait permis à un marché en pleine forme de repartir vers le nord. Enfin le dossier de la guerre entre les Etats-Unis et l’Iran semble bien loin d’une sortie de tunnel, les intervenants avaient intégré une fin de conflit rapide, ce n’est en l’état pas le cas.
En résumé: Wall Street semble manifestement en panne sèche, son mojo est parti en vacances et le momentum faiblit chaque jour un peu plus. Les taureaux se tournent plein d’espoir du côté de SpaceX, qui débute sa vie boursière demain, l’avenir nous en dira plus j’en suis convaincu.
Les traders ont pris les commandes de la cote, cela se produit bien souvent lorsque le plus grand nombre perd le fil du narratif. On observe que les moyennes mobiles à 50 jours fonctionnent bien dans leur rôle de support, mardi c’était sur le Nasdaq Composite (CCMP), hier ce phénomène apparait sur le SPX. Son podium du jour se compose des biens de consommation de base, de l’immobilier et de l’énergie, la tech figurant en queue de peloton mais faisant mieux que les industrielles, qui se prennent les pieds dans le tapis, elles n’apprécient guère le CPI de mai et le rebond du pétrole. La faiblesse de ce secteur entraine le Dow Jones avec elle, le vénérable indice réalise sa pire performance de l’année. C’est sans surprise que la volatilité gagne encore un peu de terrain, le VIX progresse de 12% à 22,22, techniquement il a de la place pour venir revisiter la zone 35-40.
Les géants de la tech participent activement au repli du jour, quasiment tous reculent hier, hormis Netflix et Apple qui grappillent quelques miettes. D’ailleurs le breadth (l’écart entre les actions clôturant en hausse et celles en baisse) est clairement négatif sur le SPX et le NDX, cela nous indique que le gros de l’armée reste en plaine, avec les généraux.
Les marchés obligataire et des changes sont étrangement calmes. Le 10 ans US se maintient à 4,54%, le 2 ans à 4,14%, tandis que la paire EUR/USD est figée à 1,1550. Très peu de réaction post CPI de leur part, ils ont probablement déjà intégré cela dans leur prix. Le pétrole remonte un chouia, impacté par les nouvelles géopolitiques, le baril de WTI Light Crude revient à 90,25 dollars.
L’or reste très volatil. Après les dernières frappes américaines contre l’Iran, il progresse d’abord en Asie avant de rechuter de presque autant, pour traiter ce matin à 4094 dollars l’once soit environ 28% sous son pic atteint depuis le début de la guerre avec l’Iran et environ 1,4% de baisse depuis le début de l’année. Le métal précieux subit plusieurs vents contraires: la hausse des rendements réels augmente le coût d’opportunité de détenir de l’or, qui ne rapporte pas d’intérêt, tandis que les anticipations de hausses de taux et les prix élevés du pétrole soutiennent les rendements obligataires et le dollar, ce qui réduit encore son attrait. Les flux des ETF restent aussi négatifs, avec environ 940’000 onces vendues depuis le début de l’année et des avoirs en or au plus bas depuis fin mars. En revanche, la banque centrale chinoise continue d’acheter de l’or, avec 320’000 onces ajoutées en mai, prolongeant sa série d’achats à 19 mois, la plus longue depuis au moins 2015. À court terme, l’or semble donc se comporter de plus en plus comme un actif risqué, notamment parce que certaines banques centrales vendraient de l’or pour défendre leur monnaie.
Ce matin un collègue me fait justement remarquer que personne ne pouvait prédire les résultats d’Oracle. Avant de sortir, je note que ces derniers, publiés hier soir après la clôture du NYSE, sont meilleurs qu’attendus mais aussi que la firme d’Austin relève ses objectifs. Champagne donc? Et bien non car on apprend en parallèle qu’Oracle a dépensé plus que prévu pour construire des centres de données et voit son activité traditionnelle dans les logiciels décliner plus rapidement qu'escompté. Et bim -10% dans les échanges après-bourse. Conclusion: le marché ne fait plus de prisonniers mais ça on avait commencé à le comprendre. C’est surtout le thème des investissements massifs dans l’IA qui se remet à planer sur la psyché générale. Et si ces tombereaux de cash, empruntés ou pas, ne faisaient finalement pas autant de bébés que ça? Wall Street est ainsi faite, elle se nourrit principalement d’espoir et d’anticipations, pour régulièrement revenir à la table du concret, avant de repartir de plus belle, ou pas.
Après Broadcom et Oracle, ce soir c’est le tour d’Adobe de passer par le confessionnal des trimestriels, on suivra cela de près.
L’agence Bloomberg revient sur le repli en cours des indices d’actions, expliquant que la faiblesse récente des valeurs technologiques et du Bitcoin ressemble surtout à une rotation de capitaux liée à la liquidité, plutôt qu’à une vraie perte d’appétit pour le risque. L’IPO géante de SpaceX, prévue à 75 milliards de dollars, pousse les investisseurs à lever du cash, réduire leur levier et réallouer leur capital pour obtenir une allocation, ce qui retire temporairement de la liquidité aux autres actifs risqués. Le mouvement a d’abord touché le Bitcoin, avec 4,4 milliards de dollars de sorties sur les ETF en 13 jours, ce qui explique sa relative résistance actuelle face au recul des valeurs technologiques. Malgré cela, la demande pour SpaceX reste forte sur les marchés pré-IPO, avec des prix encore supérieurs au prix officiel d’introduction et une valorisation implicite proche de 2000 milliards de dollars. L’idée principale est donc que les capitaux ne quittent pas vraiment le risque, mais se concentrent temporairement sur SpaceX, avant de potentiellement revenir vers les actifs risqués une fois cette phase d’allocation terminée, même si le risque d’un sommet du thème IA/technologie existe. C’est là l’avis de Bloomberg, à vérifier dès la semaine prochaine.
L’agenda macroéconomique du jour est surtout concentré en début d’après-midi, avec la décision de politique monétaire de la BCE à 14h15, un rendez-vous important pour connaître l’orientation des taux en zone euro, puis à 14h30 la publication aux États-Unis des prix à la production de mai 2026 et des inscriptions hebdomadaires au chômage pour la semaine du 6 juin, deux indicateurs suivis pour évaluer l’inflation et la solidité du marché du travail américain. Enfin, à 14h45, la conférence de presse de Christine Lagarde permettra d’obtenir plus de détails sur sa décision et sur son analyse de l’économie européenne.
BYD souhaite accélérer son développement en Europe, notamment grâce au rachat potentiel d’une usine et à l’installation d’un réseau de recharge. Chez Microsoft, la branche Xbox préparerait une importante vague de suppressions de postes le mois prochain, d’après Bloomberg. SpaceX ferait face à une demande très élevée pour son IPO, qui serait plus de quatre fois sursouscrite, selon Bloomberg. Après des discussions avec les syndicats, ASML devrait finalement supprimer moins d’emplois que ce qui avait été envisagé au départ. OpenAI étudierait de fortes réductions de prix pour mieux résister à la concurrence d’Anthropic, rapporte le WSJ. DI Co a obtenu auprès de Samsung Electronics un contrat de 21 milliards de wons portant sur des équipements d’inspection de semi-conducteurs. Mercedes réfléchirait à un partenariat avec la start-up de drones Tytan dans le domaine des véhicules blindés. Flughafen Zürich a enregistré en mai une progression de son trafic passagers ainsi que de ses revenus. SK Hynix envisagerait une introduction en Bourse aux États-Unis dès le mois d’août. Caterpillar augmente son dividende trimestriel de 8%, à 1,63 dollar par action, avec un versement prévu le 19 août.
Cette nuit et ce matin en Asie, les indices traitent en hausse hormis en Chine, où Hong Kong perd 0,93% tandis que Shanghai recule de 0,14%. Tokyo grappille 0,06%, Séoul reprend 0,43% et le Nifty50 prend 0,37%. Le future SPX recupère 0,5%, son compère du NDX rebondit de 0,9% alors que l’Europe égare 0,2% dans les premiers échanges.
En l’état, à part un dead cat bounce du NDX, je ne vois pas vraiment…