Gonet: l'actualité des marchés au 10 juin

Jean Frédéric Nussbaumer, Gonet & Cie

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Dow +0,17%, S&P 500 -0,26%, Nasdaq -0,97%, Russell +0,41%, SOX -1,93%, Eurostoxx -0,21, SMI +0,27%.

 

La séance de trading de vendredi semble avoir laissé des traces dans les esprits. La volatilité commence à hausser le ton, on ne sait plus trop quelle excuse invoquer pour ajouter une nouvelle couche acheteuse au thème de l’IA, ce d’autant que le sujet des taux d’intérêts revient en force dans le narratif, or les géants de la tech investissent de plus en plus dans leur course contre la montre en intelligence artificielle, ils sont donc à nouveau très sensibles au coût de l’emprunt, qui semble voué à augmenter cette année encore. Cerise sur le gâteau, le conflit au Moyen-Orient semble monter à nouveau en intensité ce matin et le marché est convoqué au banquet  pantagruélique organisé par SpaceX ce vendredi, m’est avis qu’il lui faudra bien l’intégralité du Figaro Magazine pour digérer tout cela.

Le comportement des indices hier, Nasdaq Composite (CCMP) en tête, illustre parfaitement la tempête d’hésitation qui sévit actuellement dans les esprits boursiers. La séance démarre dans le vert puis, sans raison apparente, le CCMP plonge jusqu’à perdre 3,7% et toucher du doigt sa moyenne mobile à 50 jours, pour ensuite rebondir et clôturer en repli de «seulement» 0,97%. Les optimistes invoqueront le besoin de dégager du cash pour financer SpaceX et consort. Les réalistes opposeront que les indicateurs internes de marché envoient des signaux d’alarme depuis un bon moment déjà, que l’on ne peut indéfiniment ignorer la Fed, surtout lorsqu’elle s’habille en faucon et que chaque jour qui passe sans que le Détroit d’Ormuz ne soit rouvert augmente les risques que l’inflation s’installe durablement parmi nous.

Les valeurs liées aux semi-conducteurs figurent parmi les plus touchées hier. Les actions de Marvell Technology, du fabricant de mémoires Micron Technology et d’Advanced Micro Devices terminent toutes en nette baisse. La bonne nouvelle du jour, c’est que le marché ne jette pas le bébé avec l’eau du bain, il effectue actuellement une rotation bienvenue en sortant des actions qui ont fortement progressé cette année et se réfugiant dans des secteurs plus défensifs. Malgré la baisse du Nasdaq et du S&P500 (SPX) hier, plusieurs secteurs comme l’immobilier, la consommation de base ou la santé progressent, signe que le marché ne dépend pas uniquement de la tech. Les investisseurs se tournent notamment vers les valeurs de transport, portées par un rapport solide sur l’emploi et par leur rôle d’indicateur économique, ainsi que vers les entreprises affichant une forte croissance des bénéfices, notamment dans les matériaux, la consommation discrétionnaire et la finance. Certains privilégient aussi les indices équipondérés pour réduire l’influence des grandes valeurs technologiques. D’autres utilisent les options pour se protéger ou parier sur la baisse, avec un fort volume de puts échangés lors du selloff. 

C’est une séance intense que vivent les traders, le nombre  total d’actions échangées sur la bourse américaine atteint 23,5 milliards, dont 12,1 sur le seul Nasdaq Composite, le deuxième jour le plus actif de l’année. Ce marché a clairement été pris en main par les traders depuis plusieurs séances, ce n’est en rien un hasard si le CCMP rebondit quasiment pile sur sa 50 jours hier. Les robots font également leur travail, on va donc suivre ce niveau de très près, plus bas du jour à 24'980 points contre la 50 dma actuellement à 24'958 pts. Les semi-conducteurs ne sont pas les seuls à être mis au coin par le marché, quasiment tous les géants de la tech le sont hier, d’ailleurs le breadth (l’écart entre les titres clôturant en hausse par rapport à ceux en baisse) est légèrement positif sur le Nasdaq hier, un autre bon signe, le marché est réellement en train de faire ses nettoyages de printemps sans pour autant paniquer.

L’indice S&P500 (SPX) est de retour pile sur son niveau de vendredi soir, en revanche sa volatilité, tout comme celle du NDX est grimpée à l’étage. Le rebond massif du VIX du 5 juin traduit une brusque montée de la peur sur les marchés, mais il faut raison garder. Historiquement, ces explosions rapides de volatilité ont plutôt tendance à apparaître lorsque la panique devient excessive à court terme, ce qui peut ensuite favoriser un rebond des actions. L’idée n’est donc pas que le marché ne peut plus baisser, ni qu’il faut acheter aveuglément, mais plutôt que ce type de mouvement reflète déjà beaucoup de stress intégré dans les prix. En résumé, la nervosité est réelle, mais une hausse brutale du VIX peut aussi être interprétée comme un signal contrariant plutôt constructif pour les actions. 

Côté marché obligataire c’est plutôt calme, le rendement du 10 ans US recule légèrement à 4,53%, tandis que le dollar égare quelques plumes, la paire EUR/USD cote 1,1555.  L’or n’y arrive plus depuis que l’once a traversé sa 200 jours. La relique barbare baisse encore ce matin, à 4197 dollars, son prochain support se situe à 4099 dollars, c’est le bas en séance du 23 mars. Tout ce beau monde devrait se remettre en mouvement cet après-midi dès 14h30 moment où sera publié le très important indice des prix à la consommation du mois de mai aux Etats-Unis. On va croiser les doigts pour le joyeux royaume des actions, les économistes prédisent une hausse du niveau général des prix, qui a tendance à s’éloigner de l’objectif de la Fed depuis quelques temps.

A ce sujet on se réjouit d’écouter le premier discours du nouveau patron de la Fed Kevin Warsh. Il se murmure dans les milieux autorisés que la Réserve Fédérale pourrait modifier son approche pour mesurer l’inflation, par exemple en donnant davantage de poids à des mesures alternatives comme le trimmed mean PCE ou le median CPI, qui filtrent les variations de prix les plus extrêmes. Ces indicateurs donnent parfois une image moins tendue de l’inflation que le core PCE classique, ce qui pourrait aider à justifier une politique monétaire moins restrictive. Mais remplacer clairement l’indicateur de référence serait risqué, car cela pourrait donner l’impression que la Fed change les règles pour rendre l’inflation plus acceptable, c’est à suivre de près.

Oracle passe par le confessionnal ce soir après la clôture. L’entreprise concentre à elle seule plusieurs des thèmes évoqués plus haut: une activité historique bousculée par l’IA, une transformation technologique coûteuse et un recours massif à l’endettement. Les investisseurs attendent donc à la fois les chiffres et les indications sur la trajectoire à venir. Cette publication sera d’autant plus scrutée qu’elle tombe en dehors de la saison habituelle des résultats, en raison d’un calendrier fiscal atypique qui s’achève à la fin du mois de mai.

On revient sur l’or qui baisse à nouveau ce matin, à 4200 dollars l’once, après avoir déjà reculé la veille. Ce repli peut sembler surprenant avec l’escalade des tensions entre les États-Unis et l’Iran, car l’or profite normalement des périodes de stress géopolitique. Mais cette fois, le marché se concentre surtout sur un autre facteur: la possibilité que la Fed relève ses taux. Des taux réels plus élevés rendent l’or moins attractif, car il ne rapporte pas d’intérêt. Une grande banque américaine a abaissé son objectif à trois mois sur l’or à 4000 dollars l’once, contre 4300 auparavant. Citi estime même que si le détroit d’Ormuz reste fermé jusqu’à la fin de l’été, le recul de la demande physique pourrait faire redescendre l’or vers 3500 dollars. Les flux des ETF pèsent aussi sur le métal précieux, avec de fortes sorties récentes et des avoirs au plus bas depuis fin mars. En revanche, la banque centrale chinoise continue d’acheter de l’or pour le 19e mois consécutif, mais cela ne semble pas suffisant, pour l’instant, pour inverser la tendance baissière.

La journée macro-économique sera surtout marquée par trois rendez-vous macroéconomiques importants: à 14h30, les marchés suivront l’inflation américaine de mai avec l’indice des prix à la consommation, un chiffre clé pour anticiper les prochaines décisions de la Fed; à 15h45, la Banque du Canada annoncera sa décision sur les taux, ce qui donnera des indications sur sa lecture de l’inflation et de la croissance; enfin, à 16h30, les stocks pétroliers américains publiés par l’EIA permettront d’évaluer l’état de l’offre et de la demande sur le marché du brut, de l’essence et des distillats.

Tencent se finance sur les marchés avec une émission obligataire de 2,45 milliards de dollars et 15 milliards de yuans, tandis que Julius Baer boucle de son côté un placement de titres senior de 500 millions d’euros. Dans la tech, Super Micro Computer prévoit une augmentation de capital de 7 milliards de dollars afin de soutenir la forte demande en serveurs dédiés à l’IA, alors qu’OpenAI étudierait, selon The Information, la location d’un centre de données dans l’Ohio avec l’appui de Nvidia. En parallèle, Bruxelles demande à Meta Platforms de rouvrir l’accès à WhatsApp aux outils d’intelligence artificielle concurrents, pendant que le patron d’IBM juge que l’essor de l’IA ne signifie pas forcément une baisse des effectifs. En Chine, Jefferies estime que l’alliance entre WeChat et les fabricants de smartphones pourrait fragiliser les positions d’Apple. Côté industrie, Boeing reste à la traîne face à Airbus en mai, aussi bien sur les livraisons que sur les commandes, tandis que Lockheed Martin obtient une extension de contrat de 153,9 millions de dollars auprès de l’US Navy. Enfin, Avolta prolonge l’un de ses contrats dans un aéroport aux États-Unis.

Cette nuit et ce matin en Asie, les indices traitent en baisse à part le Nifty50 qui gagne 0,58%. Tokyo 1,89% à la cloche, Hong Kong perd 0,74%, Shanghai rend 0,42% et Séoul chute de 4,2% supplémentaires. Le future Nasdaq évolue en repli de 0,5% pendant que l’Europe grappille 0,1% dans les premiers échanges.

Tout cela pourrait bien se décanter dès14h30 et la publication du CPI américain.

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