Les résultats trimestriels d’entreprises ont momentanément emprunté à Kevin Warsh sa baguette de chef d’orchestre du marché. Hier c’est SpaceX qui donne le la, ses excellents chiffres la propulsent 7,79% plus haut, JP Morgan se laisse emporter par la foule et voit désormais l’action tripler, grâce à «un marché à 28'000 milliards de dollars». Le sentiment général s’en trouve ragaillardi, sur les parquets de trading on reprend les tickets bleus et les principaux indices terminent leur journée dans le vert. Le podium du jour du SPX se compose de la tech, des industrielles et des financières, pendant que la volatilité recule, le VIX clôture à 16,68 points, un niveau à nouveau très calme. Côté analyse technique ce n’est pas vraiment Broadway, le Nasdaq100 (NDX) rebondit de sa moyenne mobile à 100 jours mais ne parvient pas à casser sa 50, le SOX (Semi-conducteurs) est perdu au milieu de nulle part et le Russell2000 (RTY, les petites capitalisations) est capé par sa 200 jours. Les volumes d’échanges sont faibles hier, le breadth montre un chouia plus de titres en hausse qu’en baisse à la cloche bref, la séance d’hier est tout sauf rassurante pour des taureaux en mal d’optimisme, ce d’autant que le spectre des trimestriels de Meta et Tesla plane au-dessus des salles de marchés, les deux firmes sont attendues après la cloche d’hier, j’y reviens.
Mais d’abord, faisons un détour par l’Europe où l’indice Stoxx Europe 600 (SXXP) casse ses 100 et 50 jours, sa prochaine résistance se situe à 660 points contre une clôture à 644,49 pts. En Helvétie, le SMI (Safe Market Index) s’approche lentement mais sûrement de son plus haut historique, il termine sa séance à 14'552 points contre un top en séance du 11 août à 14'669 pts. La bourse européenne c’est un peu comme Apple, une sorte d’antidote aux maux de l’IA, en ce moment du moins.
Ça c’était pour hier.
On se réveille dans un tout autre monde boursier avec une répétition générale de la fête d’Halloween sur les parquets de trading ce matin. On a troqué les combinaisons d’astronautes de la veille contre des costumes de Sauron plein de toiles d’araignées. De joyeux, le sentiment du marché est passé d’un coup à quasiment névrosé. La faute à Tesla et, dans une moindre mesure Meta. Malgré des résultats supérieurs aux attentes, Meta inquiète en relevant ses prévisions annuelles d’investissements à 135–145 milliards de dollars et de dépenses totales à 175–179 milliards, sans donner de perspectives de revenus pour 2027. À l’inverse, Tesla réduit son objectif d’investissement (de plus de 25 milliards de dollars à 20 milliards), une décision qui alimente les doutes sur la dynamique du secteur. Tesla et Meta ne parviennent donc pas à rassurer les investisseurs sur la pérennité de l’engouement boursier autour de l’intelligence artificielle. En parallèle, le pétrole repart fortement à la hausse ce matin, après des frappes meurtrières de drones houthis contre le champ pétrolier de Shaybah de Saudi Aramco et l’aéroport international du roi Fahd à Dammam, qui poussent les États-Unis à ordonner le départ de leur personnel diplomatique non essentiel d’Arabie saoudite. Le baril de Brent cote 111,90 dollars, il regarde désormais sa prochaine résistance à 120 dollars et le niveau de 110 dollars devient de facto un support. Deux puissants uppercuts au visage du sentiment du marché ce matin donc, qui envoient le future NDX 1,7% plus bas, pendant que les places boursières asiatiques reculent significativement pour la plupart.
Les intervenants cherchent refuge dans la partie longue de la courbe des taux US, le rendement du 30 ans recule de 5,45% hier à 5,38% ce matin, le 10 ans recule aussi mais moins, à 5,07%. En parallèle on recherche activement le franc suisse, qui en profite pour tenter de casser sa 200 jours contre l’euro, la paire traite à 0,9221 contre la 200 dma à 0,9237, c’est peut-être un détail pour vous, mais pour un frontalier… Le dollar recule un chouia, la paire EUR/USD cote 1,1236. Quant à l’or, il souffre de la poussée de fièvre de l’or noir, inflationniste en puissance et donc susceptible de pousser la Fed à réduire le débit de son robinet de liquidités plus tôt que prévu, rien que le marché des Fed Funds ne prédisent en l’état mais cela suffit à envoyer l’once d’or à 4087 dollars, prochain support 4000 dollars.
Résumons: la ruée vers l’IA fait face à quelques vents contraires qui mettent en lumière la nervosité du marché à ce sujet, pendant que le conflit au Moyen-Orient semble bien loin de s’apaiser, envoyant le pétrole encore plus haut et alimentant de ce fait les craintes ambiantes d’inflation, qui nous ramènent à la Fed et sa mission de notamment préserver la stabilité des prix. Saupoudrez le tout d’une France en pleine débâcle financière (le 10 ans OAT à 5,07% ce matin, le spread OAT/Bund à 10 ans à 167 points de base). On serait presque tenté de convoquer le regretté Alain de Greef pour un commentaire.
Au menu macro-économique de ce jeudi, le discours d’Andrew Bailey, gouverneur de la Banque d’Angleterre, à 12h50, suivi des inscriptions hebdomadaires au chômage aux États-Unis à 14h30, puis de l’estimation préliminaire de la confiance des consommateurs en zone euro à 16h00.
SAP anticipe une performance légèrement supérieure aux prévisions, tandis que Roche confirme ses objectifs 2026 après une hausse de 7% de ses ventes trimestrielles à changes constants. Nestlé maintient également ses objectifs annuels, avec une croissance organique de 3,7% sur neuf mois, et Nokia dépasse les attentes au troisième trimestre. Moncler voit son activité stagner, pénalisée par le recul des dépenses touristiques en Europe. Dans la santé, Novartis obtient une autorisation européenne pour Cosentyx dans la pseudopolyarthrite rhizomélique, tandis qu’AstraZeneca reçoit l’approbation américaine d’un traitement contre une maladie rénale rare chez l’adulte. MAN, filiale de Volkswagen, et Daimler Truck sont condamnés en Allemagne à indemniser des clients pour une entente présumée sur les prix. Apple prévoit de faire appel de la décision australienne lui imposant d’ouvrir iOS et d’en demander la suspension, tandis qu’Intel poursuit la construction de son usine de l’Ohio malgré cinq ans de retard. Les résultats du jour comprennent notamment ceux de Barclays, Procter & Gamble, Lockheed Martin, Spotify, Blackstone et Honeywell. Enfin, Moody’s relève la note de crédit de TSMC à Aa2, avec une perspective stable.
Cette nuit et ce matin en Asie, les indices traitent en net repli. Tokyo perd 2,65% à la cloche, Hong Kong abandonne 2,98%, Shanghai recule de 1,48%, son segment technologique est en train d’entrer en bear market (20% de repli et plus depuis son récent top), Séoul chute de 3,52% et le Nifty50 baisse de 0,37%. Les futures SPX et NDX perdent 1% respectivement 1,7% pendant que l’Europe rend 1,4% dans les premiers échanges.
Et dire que la prochaine publication d’un mastodonte de la tech est prévue le 28 octobre (Alphabet et Microsoft).
Le rendement du 10 ans OAT vient d’atteindre 5,08% contre 5,0770% au 10 ans US. La France emprunte désormais plus cher que les Etats-Unis à 10 ans, la charge de sa dette est devenue le premier poste du budget du gouvernement.