Wall Street nous sert un superbe «fake rally» en ce joli début de semaine automnal. On est lundi 17 octobre, ce même jour en 1987 le feu prenait aux indices downtown Manhattan, un lundi noir comme le marché en avait rarement vu. Rien de tout cela hier, les intervenants s’adonnent timidement à de la chasse aux bonnes affaires en recherchant les valeurs massacrées la semaine passée, au détriment de quasiment tout le reste de la cote. Cela sent le «dead cat bounce» à plein nez, ce d’autant que cette nuit ça se passe plutôt mal en Asie, j’y reviens. En parallèle à cette piteuse tentative de relever la tête sur la partie actions, le marché se remet à donner les bons du Trésor US à qui les veut bien, le rendement du 10 ans remonte à 5,12%, tandis que le pétrole enfonce le clou du sentiment en se hissant à 110,37 dollars sur le baril de Brent, pourtant Wall Street ne semble pas s’en inquiéter plus que cela, un peu comme si on voyait arriver un gros tsunami d’ennuis à l’horizon tout en se posant tranquillement en terrasse.
Dans les faits, la hausse d’hier a lieu sous l’impulsion des semi-conducteurs et des grandes capitalisations technologiques, mais l’effort acheteur manque de conviction et reste très concentré. Le S&P500 équipondéré (SPW) sous-performe l’indice traditionnel (SPX) de 0,75%, signe qu’une poignée de géants technologiques tire le marché vers le haut tandis que la majorité des actions recule. Les volumes sont faibles et la participation à la hausse nettement négative. Seuls deux secteurs enregistrent des progressions significatives, la consommation discrétionnaire (+2,73%) et la technologie (+1,19%), tandis que sept des onze secteurs terminent dans le rouge, notamment les services aux collectivités (-1,97%) et l’immobilier (-1,17%), pénalisés par la remontée des rendements réels. Les valeurs liées au stockage de données, comme Western Digital et Sandisk, ainsi que les entreprises du cloud et des logiciels, notamment Datadog, Twilio et Amazon, profitent du retour des acheteurs sur le thème de l’intelligence artificielle. À l’inverse, les secteurs défensifs et sensibles aux taux restent sous pression. Ce rebond masque difficilement une faiblesse persistante du marché dans son ensemble.
Techniquement, le SPX et le NDX (Nasdaq100) tentent sans succès de récupérer des moyennes mobiles en clôture. Pour sa part le SOX (semi-conducteurs) parvient certes à mettre un terme à une série de huit replis consécutifs mais termine sa séance au plus bas, ce marché est manifestement en hypoglycémie.
C’est sans surprise que la volatilité se replie quelque peu, le VIX abandonne 8% à 18,44, signe d’une nette diminution de la nervosité à court terme. En revanche le ratio put/call de 0,55, qui traduit une préférence pour les options d’achat par rapport aux options de vente, confirme un positionnement relativement optimiste des investisseurs. Toutefois, le marché des options envoie un signal plus prudent: l’indice SDEX, qui mesure le risque de forte baisse du SPX, atteint son plus haut niveau depuis mars, lorsque la guerre entre les États-Unis et l’Iran avait provoqué une flambée de la volatilité. En hausse d’environ 20% depuis son point bas de début octobre, cet indicateur montre que, malgré la détente du VIX, les investisseurs continuent d’anticiper un risque significatif de correction.
L’or se replie à 4131 dollars l’once, le métal jaune reste sous pression dans un environnement marqué par la hausse des prix du pétrole, le Brent évoluant à proximité de ses plus hauts de cinq mois, autour des 110 dollars le baril. Cette situation ravive les craintes inflationnistes et complique la tâche de la Fed, renforçant les anticipations d’une politique monétaire restrictive prolongée, défavorable à l’or qui ne procure aucun rendement. La remontée du taux américain à dix ans à 5,12% accentue également la pression. En parallèle, les tensions géopolitiques liées aux menaces iraniennes de prendre le contrôle du détroit d’Ormuz apportent un certain soutien au métal jaune grâce à son statut de valeur refuge, mais ne suffisent pas, pour l’instant, à inverser sa tendance baissière récente.
Le dollar perd légèrement du terrain face aux principales devises, pénalisé par le recul des anticipations d'une hausse imminente des taux de la Fed, malgré une inflation toujours élevée. Les interrogations sur la rentabilité et le financement des investissements massifs dans l'intelligence artificielle réduisent une partie de l'attrait du billet vert. Le yen profite également d'une adjudication particulièrement réussie d'obligations japonaises à 20 ans, tandis que le franc suisse conserve son statut de valeur refuge dans un environnement géopolitique incertain. L'euro rebondit modestement face au billet vert (1,1228, résistance à 1,1269) malgré les inquiétudes persistantes concernant les finances publiques françaises. Il s'agit probablement d'un ajustement plutôt que d'une véritable remise en cause de la tendance du dollar, toujours soutenu par des taux américains élevés. Les principaux supports sur la paire EUR/USD se situent à 1,1111 puis 1,1100.
Dead cat bounce ou pas, hier, de nombreux investisseurs estiment que le cycle d’investissement dans l’intelligence artificielle reste intact, dans l’attente notamment des résultats de Meta (demain soir après la clôture du NYSE), qui constitueront un test important de la monétisation de l’IA. Les discussions autour d’un éventuel contrat de 45 milliards de dollars entre Nscale et Anthropic soutiennent également le sentiment. Le contexte fondamental reste toutefois fragile. Selon Wells Fargo, les bénéfices trimestriels publiés jusqu’ici sont inférieurs de 0,3% aux attentes, tandis que la confiance des constructeurs immobiliers américains tombe à 29 points, son plus bas niveau depuis juin 2012, pénalisée par des taux hypothécaires supérieurs à 7%, les pénuries de main-d’œuvre et les coûts élevés. Enfin, les rendements réels américains à dix ans remontent de 4,6 points de base à 2,80%, soit une hausse de 85 points de base depuis le début de l’année, dans un environnement où l’inflation atteint 3,7% en septembre.
Résumons: une timide chasse aux bonnes affaires se produit hier à Wall Street, qui se limite aux mastodontes de la tech, pendant que le plus grand nombre souffre et que les rendements obligataires et le pétrole repartent à la hausse alors que la saison 3 des résultats trimestriels de sociétés accélère. En parallèle les rendements réels restent particulièrement élevés aux Etats-Unis, le taux à dix ans évoluant autour de 2,80% (2,95% début octobre). Cette rémunération du capital après inflation constitue un frein important aux valorisations des actions, notamment de la tech dont une grande partie de la valorisation repose sur des bénéfices futurs. Elle pèse également sur l'or, qui ne génère aucun revenu. Le récent repli des taux réels illustre le retour des investisseurs vers les obligations souveraines américaines, considérées comme des valeurs refuges face aux inquiétudes concernant le financement des investissements dans l'intelligence artificielle. Le marché reste donc confronté à un paradoxe : des taux réels élevés pénalisent les actions, mais leur baisse peut aussi traduire une détérioration de l'appétit pour le risque.
Au programme macroéconomique de ce mardi, les investisseurs suivront à 11h00 l’indice ZEW du sentiment économique en Allemagne, puis se tourneront vers les États-Unis avec la publication des permis de construire et des mises en chantier à 14h30, suivie des promesses de ventes immobilières à 16h00.
L’actualité des entreprises est particulièrement dense ce mardi. En Europe, ABB vise une croissance supérieure à 10% et une amélioration de ses marges, Unilever prévoit de céder sa marque Welly, tandis que Volkswagen ferait face à des ventes très décevantes pour son premier modèle développé avec Xpeng. Novartis interrompt un essai clinique de phase 2 de l’iptacopan contre la néphrite lupique, GSK obtient une autorisation accélérée de la FDA pour Jemperli et Barclays défend la qualité de son portefeuille de crédit privé de 15 milliards de livres sterling. BAE Systems conclut un accord avec le Pentagone pour produire jusqu’à 25'000 intercepteurs par an. Aux États-Unis, Apple prépare le lancement de son premier MacBook à écran tactile le 28 octobre, tandis que l’Australie envisage des poursuites contre Meta et TikTok. Boeing pourrait obtenir dès aujourd’hui la certification de son 737 MAX 10, Micron fait face à un mouvement de grève annoncé à Taïwan et Nvidia, via sa participation dans Nscale, pourrait être associé à un contrat de fourniture de capacités de calcul de 45 milliards de dollars avec Anthropic. Par ailleurs, l’ancien patron de Google, Eric Schmidt, détiendrait 1% d’Anthropic. Au Moyen-Orient, les Houthis revendiquent des attaques contre des installations de Saudi Aramco. Enfin, la saison des résultats trimestriels se poursuit avec notamment ABB, Deutsche Börse, Anglo American, SpaceX, GE Aerospace, Netflix, RTX, 3M, General Motors, Northrop Grumman et United Airlines.
Cette nuit et ce matin en Asie, les indices évoluent tous dans le rouge, hormis le Nifty50 qui est fermé. Tokyo perd 1,3% à la cloche, Hong Kong abandonne 1,02% et Shanghai traite autour de l’équilibre. Le secteur des semi-conducteurs et des équipements liés à l’intelligence artificielle reste sous forte pression. En Corée du Sud, le Kospi abandonne 3,73%, pénalisé notamment par SK Hynix, qui se dirige vers sa plus faible clôture depuis avril, et Samsung Electronics. Les débuts boursiers décevants d’Elice, une entreprise spécialisée dans les centres de données, alimentent cette correction. Parallèlement, les progrès du chinois ChangXin Memory Technologies dans le développement de mémoires DRAM à plus forte densité renforcent la concurrence et menacent le pouvoir de fixation des prix de Micron et SK Hynix.
Les futures SPX et NDX traitent autour de l’équilibre, l’Europe égare 0,4% dans les premiers échanges.