La semaine écoulée ressemble à tout sauf à un long fleuve tranquille. Ça part un peu dans tous les sens avec une macro franchement vilaine, les prix à la consommation et à la production accélèrent nettement plus vite qu’attendu aux Etats-Unis et envoient donc les rendements obligataires vers le nord? Et bien pas du tout, c’est l’inverse qui se produit, le marché s’inquiète de plus en plus de l’endettement de certains acteurs de l’intelligence artificielle (par exemple Coreweave), ces craintes remettent au premier plan LA question qui fâche: ces investissements colossaux dans l’IA et tout ce qui gravite autour d’elle vont-ils rapporter quelque chose ou bien? Les obligations gouvernementales américaines retrouvent de ce fait leur rôle de valeur refuge et les rendements de reculer, principalement sur la partie moyenne et longue de la courbe. On peut envisager d’attribuer une partie du repli des rendements au message martelé par de nombreux gouverneurs de la Fed, qui insistent sur l’absence d’urgence à remonter les taux, le 28 octobre s’évapore, le marché a marqué le 9 décembre dans son agenda (88% de probabilités). Le S&P500 (SPX) passe une mauvaise semaine et abandonne 1,9%, ce qui n’est pas grand-chose à côté des 5,5% de repli du Nasdaq100 (NDX), qui fait pour sa part nettement mieux que le désastreux plongeon de 11,41% du SOX, les semi-conducteurs se prennent manifestement les pieds dans le tapis (from hero to zero) pendant que notre bon vieux SMI (Safe Market Index) progresse de 4,38% pour sa part (from zero to hero). On jette un œil au SPW, l’indice S&P500 équipondéré, qui parvient à progresser de 0,48% sur la semaine. En voilà une excellente nouvelle, qui nous confirme que les intervenants sont en mode rotation, ils ne paniquent pas.
La séance de trading de vendredi est plutôt brutale à Wall Street. Le NDX casse sa moyenne mobile à 100 jours, le SPX fait de même avec sa 50 jours mais c’est le SOX qui est mis KO debout par un marché fort énervé (le VIX en hausse de 21% à 19,99, enfin !). Le principal indice des semi-conducteurs, non content de reculer pour la huitième séance consécutive, n’évolue même pas en territoire survendu et clôture à 11'137 points, sa 200 jours l’attend de pied ferme à 10'597 pts. Le podium du jour du SPX est constitué de l’énergie, des utilities et des biens de consommation de base. Sans surprise, la voiture-balai chasse la tech et les services de communication. Le breadth est neutre sur le SPX et désastreux sur le NDX, une illustration supplémentaire de la concentration du désamour des investisseurs sur un segment bien ciblé de la cote. Le sentiment du plus grand nombre s’est considérablement détérioré au sujet de ce thème qui l’a rendu riche ou virtuellement fortuné, la question est désormais de savoir quand l’IA retrouvera les faveurs d’un marché bien volage et court-termiste.
Une première tentative de réconciliation semble en cours ce matin, le future NDX progresse de 1,2%. Dead cat bounce? Début de quelque chose? L’avenir nous le dira. Le présent en revanche tente de nous rappeler que tout n’est pas rose, vendredi, le Brent s'envole jusqu'à 110 dollars le baril, porté par l'intensification des attaques iraniennes dans le détroit d'Ormuz, un tir de missile visant le port stratégique saoudien de Yanbu et de nouvelles frappes ukrainiennes contre les installations pétrolières russes. Le brut termine la séance en hausse de 3,7%, à son plus haut niveau depuis mai. Ce matin, il revient à 107 dollars dollars après la décision de Donald Trump d'assouplir certaines sanctions contre la Russie, laissant espérer une augmentation des exportations de pétrole et de diesel russes. Cette détente reste toutefois fragile, les risques de perturbation des approvisionnements au Moyen-Orient demeurant élevés, ce d’autant que techniquement, 110 dollars constitue une résistance importante, si elle est cassée, pas grand-chose ne devrait retenir le baril jusqu’à 120 dollars.
Au chapitre obligataire c’est calme ce matin, le rendement du 10 ans US est stable à 5,07%, même constat côté dollar, la paire EUR/USD évolue à 1,1210. L’or semble hésiter, l’once se maintient légèrement en-dessous des 4200 dollars.
C’est une semaine passée d’un tout autre style que passent les indices d’actions européens, qui profitent de la débâcle technologique aux Etats-Unis. L’indice Stoxx Europe 600 (SXXP) progresse d’environ 2% sur 5 jours, il en profite pour casser ses 100 et 50 jours d’un coup vendredi et n’est même pas suracheté. Les indices d’actions du vieux continent sont soutenus par la détente des rendements obligataires et des résultats trimestriels de sociétés plutôt encourageants. Ce matin en revanche le sentiment du marché se détériore, la France inquiète, l’écart de rendement entre le 10 ans OAT et son équivalent Bund augmente de 137 à 144 points de base, côté actions le CAC40 sous performe ses pairs et l’euro souffre, en raison de deux facteurs: les tensions géopolitiques croissantes après les accusations de Volodymyr Zelensky, selon lesquelles Donald Trump chercherait à pousser l’Ukraine à capituler face à la Russie, et la reprise des mouvements de contestation sociale en France, qui ravive les inquiétudes concernant la trajectoire des finances publiques du pays. La paire EUR/CHF à 0,9244 ce matin.
Trois facteurs pourraient orienter les marchés aujourd’hui. Tout d’abord, l’intelligence artificielle reste sous surveillance après la correction des semi-conducteurs, qui a effacé plus de 1600 milliards de dollars de capitalisation la semaine dernière. Les futures sur le Nasdaq rebondissent, mais la reprise demeure fragile, les obligations de CoreWeave restant proches de niveaux caractéristiques d’entreprises en difficulté financière et les interrogations sur le financement des investissements massifs dans l’IA persistant. Deuxième facteur, les tensions géopolitiques et politiques: les troubles sociaux en France pourraient provoquer un nouvel élargissement du spread OAT-Bund et compliquer la tâche de la BCE avant une éventuelle hausse des taux en décembre. Parallèlement, les désaccords entre Donald Trump et Volodymyr Zelensky sur les frappes contre les raffineries russes entretiennent la nervosité du marché pétrolier, malgré la reprise de contacts diplomatiques de haut niveau. Enfin, la croissance chinoise au troisième trimestre, supérieure aux attentes à 4,5%, réduit la probabilité d’un assouplissement monétaire rapide de la banque centrale chinoise, tout en soutenant modérément les actifs émergents et les matières premières.
Le calendrier de la semaine s’annonce chargé, tant sur le plan macroéconomique que sur celui des entreprises. Les investisseurs suivront notamment la publication du PIB chinois du troisième trimestre lundi, les chiffres de l’inflation britannique de septembre mercredi, puis les premières estimations des indices PMI d’octobre dans les principales économies vendredi. En parallèle, la saison des résultats trimestriels monte en puissance, avec les publications d’une cinquantaine de grandes entreprises internationales, parmi lesquelles Netflix, Meta, Tesla, IBM, Roche, SAP, Hermès, Nestlé, L’Oréal et EssilorLuxottica.
Au menu macro-économique de ce lundi, à 16h00 de l’indice NAHB de confiance des constructeurs immobiliers américains, qui permettra d’évaluer l’état du marché résidentiel aux États-Unis.
L’actualité des entreprises est marquée par Volkswagen, qui envisagerait de geler les salaires d’une grande partie de ses 600’000 employés jusqu’en 2030, tandis que la Banque d’Angleterre enquête sur de possibles manipulations de prêts privés illiquides par des traders de Barclays. Dans la santé, Novartis interrompt un essai clinique de phase intermédiaire de Fabhalta contre une maladie rénale grave, tandis qu’Eli Lilly reçoit un avis favorable d’un comité de l’Agence européenne des médicaments pour sa pilule anti-obésité Foundayo. Dans la technologie, Nvidia lance ses premiers PC équipés de la plateforme RTX Spark, développée avec MediaTek, pour concurrencer Intel et AMD, tandis que Microsoft se retire d’un accord portant sur un centre de données au Royaume-Uni. Apple ouvre les précommandes de son premier iPhone pliable, commercialisé à partir de 1999 dollars. Samsung prévoit d’utiliser la technologie de TSMC pour produire les prochaines générations de puces mémoire destinées à Nvidia, tandis que SoftBank envisagerait une acquisition de 18 milliards de dollars pour renforcer ses ambitions dans la robotique. Dans l’automobile, Boeing pourrait obtenir dès cette semaine la certification de son 737 MAX 10, Tesla reçoit une autorisation réglementaire pour son système de conduite autonome en Slovaquie et Toyota prévoit de produire sa prochaine génération de Corolla en Chine dès 2028. Enfin, Accenture étudierait la vente de ses activités chinoises pour un montant pouvant atteindre 1,5 milliard de dollars, tandis que Foxconn prévoit d’acquérir 50% de Mitsubishi Electric Mobility pour environ 647 millions d’euros.
Cette nuit et ce matin en Asie, les indices traitent en ordre dispersé. Tokyo perd 0,62% à la cloche, Hong Kong est fermée, Shanghai avance de 0,39%, Séoul rebondit de 1,76% et le Nifty50 perd 0,91%. Les futures SPX et NDX progressent de 0,6% respectivement 1,2%, l’Europe recule de 0,8% dans les premiers échanges.