La rotation se poursuit hier downtown Manhattan. On boude la tech et les services de communication pendant que les valeurs décotées, les petites capitalisations et les titres défensifs sont recherchés. Les intervenants restent prudents quant aux investissements massifs dans l’intelligence artificielle, désormais grandement effectués via le marché de la dette. Le breadth du jour est bon, la santé et l’immobilier dominent la séance. On retiendra le record historique réalisé en clôture par Eli Lilly, pendant que Biogen (+6,7%), Bristol-Myers (+4,8%) et Merck (+3,3%) enregistrent également de solides progressions. Les financières gagnent 1,1%, soutenues par des résultats trimestriels supérieurs aux attentes, avec six surprises positives pour une négative. 3M progresse de 5,8% après avoir dépassé les attentes et relevé ses prévisions annuelles, tandis que Hasbro s'envole de 11,2% grâce à un bénéfice supérieur de 55% au consensus. Freddie Mac gagne 16% après des déclarations du secrétaire au Trésor Scott Bessent concernant l'avenir de son actionnariat. À l'inverse, General Motors chute de 6,8%, les investisseurs sanctionnant des perspectives jugées décevantes malgré l'annonce de nouveaux rachats d'actions de 20 milliards de dollars. GE Aerospace recule également, ses prévisions impliquant un quatrième trimestre inférieur aux attentes.
Les valeurs liées à l'intelligence artificielle restent sous pression. L'échec de l'introduction en Bourse de la société sud-coréenne Elice ravive les interrogations sur la pérennité des investissements dans l'IA. Lam Research (-3,2%), KLA (-2,8%), Eaton (-2,4%) et Quanta Services (-3,6%) reculent. Netflix cède également 1,7% avant la publication de ses résultats. Ceci étant dit, après la clôture du NYSE les excellents résultats de SpaceX améliorent sensiblement le sentiment de marché. Son bénéfice net trimestriel atteint 4,4 milliards de dollars, contre 1,88 milliard attendu, porté par ses activités dans l'IA et l'Internet par satellite.
L’indice S&P500 (SPX) récupère sa moyenne mobile à 50 jours de justesse, son alter ego équipondéré (SPW) progresse de 1,15% contre seulement 0,28% au SPX, l’illustration parfaite d’un marché en pleine rotation, qui ne jette donc pas le bébé avec l’eau du bain et ça c’est une bonne nouvelle. On notera en revanche que le Nasdaq100 (NDX) est tenu en respect par sa 100 jours et que le SOX (semi-conducteurs) ne parvient pas à reprendre ses esprits. Pour sa part le Russell2000 (RTY) bénéficie de son retour en grâce aux yeux des investisseurs et se rapproche assez près de sa 200 jours. La volatilité recule de 6%, le VIX revient à 17,31, côté marché obligataire c’est plutôt calme, le rendement du 10 ans US se maintient à 5,11%, tandis que le dollar consolide contre euro, la paire traite à 1,1226 ce matin. L’or ne fait plus grand-chose depuis le 28 septembre, l’once évolue à 4124 dollars. En revanche le pétrole reste demandé, le baril de Brent évolue ce matin à 109,80 dollars, il se bagarre avec sa résistance de 110 dollars depuis vendredi passé. Il faut dire que l’on ne sait plus trop à quel saint se vouer sur ce dossier. La situation dans le détroit d’Ormuz demeure préoccupante: un superpétrolier aurait heurté une mine marine durant la nuit et le ministre iranien des Affaires étrangères a laissé entendre que le détroit pourrait rouvrir si les États-Unis respectaient leurs engagements antérieurs.
Résumons: la séance de trading d’hier témoigne d'un élargissement encourageant de la hausse au-delà des grandes valeurs technologiques. Les résultats d'entreprises restent le principal moteur des mouvements individuels, tandis que les inquiétudes entourant l'IA favorisent une rotation sectorielle. Les annonces positives après la clôture pourraient néanmoins redonner de l'élan à la tech ce mercredi.
On traverse l’Atlantique pour atterrir sur nos monts, quand le SMI annonce un brillant réveil. Depuis le 1er octobre l’indice des principales valeurs helvétiques progresse de 6,28%, pendant que le SPX grappille 0,65%, que le SOX dévisse de 12%, que le NDX abandonne 3,3% et que le Stoxx Europe 600 (SXXP) gagne difficilement 1,97%. Cette surperformance récente du SMI s’explique principalement par une rotation des investisseurs vers les valeurs défensives, dans un contexte d’inquiétudes concernant les valorisations technologiques, les investissements massifs dans l’intelligence artificielle et la hausse des taux obligataires. L’indice suisse bénéficie particulièrement du poids de Roche, Novartis et Nestlé, ainsi que de nouvelles favorables concernant plusieurs entreprises (notamment Lonza et Givaudan). Les tensions géopolitiques renforcent également l’attrait des multinationales suisses, réputées pour la solidité de leurs bilans, la stabilité de leurs bénéfices et leurs dividendes.
On reste en Suisse avec le franc qui rend un chouia de terrain, notamment face à l’euro, la paire EUR/CHF cote 0,9258, sa moyenne mobile à 200 jours à 0,9238 a parfaitement fonctionné jusque-là. L’amélioration du sentiment général observée ce matin explique probablement les mouvements sur le CHF.
Les dernières analyses de SentimenTrader et des indicateurs internes de marché convergent vers un constat de fragilisation du marché américain des actions à court terme, malgré des perspectives encore constructives d’ici la fin de l’année. La saisonnalité reste favorable, le SPX ayant progressé dans 80% des cas entre mi-octobre et fin décembre au cours des 41 dernières années, mais la détérioration de la participation au marché incite à la prudence. Les derniers rebonds des indices restent étroits, largement portés par quelques grandes capitalisations technologiques. Cette concentration est confirmée par les avertissements répétés du Titanic Syndrome, qui signalent un risque accru de correction et de volatilité dans les prochaines semaines. Parallèlement, le recul du VIX et du ratio put/call à 0,55 contraste avec la hausse de plus de 20% du SDEX depuis début octobre, révélant une demande persistante de protection contre les mouvements extrêmes. Les petites capitalisations restent vulnérables, avec un Russell 2000 sous sa moyenne mobile à 200 jours, tandis que les semi-conducteurs peinent à retrouver une dynamique durable. Certains signaux sont néanmoins encourageants: les transports présentent des perspectives historiquement très favorables à douze mois et l'amélioration de la participation des utilities suggère un potentiel de reprise après une éventuelle consolidation. En conclusion, le marché ne présente pas encore les caractéristiques d'une capitulation généralisée, mais plutôt celles d'une hausse de plus en plus fragile et concentrée. La saisonnalité plaide contre une réduction trop agressive de l'exposition actions, tandis que la faiblesse des indicateurs internes justifie une gestion prudente, sélective et attentive aux opportunités créées par d'éventuels replis.
Aujourd’hui, nous suivrons principalement trois thèmes: les tensions politiques et budgétaires en France (le spread OAT vs Bund à 10 ans à 155 points de base), l’évolution des rendements obligataires américains, dont le maintien à des niveaux élevés soutient le dollar, et la saison des résultats technologiques, avec notamment Meta ce soir après la clôture américaine. Les investisseurs seront particulièrement attentifs aux investissements dans l’intelligence artificielle et à leur rentabilité. Enfin, nous surveillerons les tensions au Moyen-Orient et leurs répercussions sur les prix du pétrole, l’inflation et les taux obligataires.
L’agenda macro-économique de la journée sera marqué par les interventions d’Andrew Bailey, gouverneur de la Banque d’Angleterre, à 15h00, et de Christine Lagarde, présidente de la BCE, à 18h00. Entre les deux, les investisseurs prendront connaissance, à 16h30, des données hebdomadaires de l’EIA sur l’évolution des stocks de pétrole brut aux États-Unis.
En Europe, EssilorLuxottica bénéficie de la vigueur de ses activités en Asie-Pacifique et du succès de ses lunettes connectées, son titre progressant de 7,8% à New York. Michelin confirme ses objectifs annuels malgré un recul de ses ventes au troisième trimestre, pénalisées par la faiblesse des volumes, tandis qu'Adidas relève ses prévisions de bénéfice après un trimestre record. Sika annonce une acquisition au Japon et GSK obtient une autorisation américaine pour un traitement contre l'hépatite B chronique. Aux États-Unis, les résultats trimestriels de SpaceX (+8%) et Super Micro Computer (+15%) sont salués après la clôture, contrairement à ceux de Netflix (-5,8%) et Intuitive Surgical (-7%). Elon Musk envisage par ailleurs un rapprochement entre SpaceX et Tesla, les deux groupes ayant constitué des comités chargés d'étudier cette possibilité. Nvidia serait en discussions pour investir plusieurs centaines de millions de dollars dans un fournisseur australien de services cloud dédiés à l'intelligence artificielle, tandis que Boeing obtient enfin la certification américaine de son 737 MAX 10. Anthropic annonce un chiffre d'affaires de 16,3 milliards de dollars au premier semestre. En Asie, CATL chute de 8% après des résultats décevants. Enfin, la journée s'annonce particulièrement chargée en publications, avec notamment SAP, Iberdrola et Deutsche Börse en Europe, ainsi que Meta, Tesla, IBM, Texas Instruments et Lam Research aux États-Unis.
Cette nuit et ce matin en Asie, les indices évoluent en ordre dispersé. Tokyo gagne 0,85% à la cloche, Hong Kong recule de 0,91%., Shanghai perd 0,60%, Séoul rebondit de 3,29% et le Nifty50 baisse de 0,65%. Les futures SPX et NDX gagnent 0,2% respectivement 0,6%, pendant que l’Europe grappille 0,1% dans les premiers échanges.