Gonet: l'actualité des marchés au 19 août

Jean Frédéric Nussbaumer, Gonet & Cie

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Dow -0,22%%, S&P 500 -0,69%, Nasdaq -1,33%, Russell -1,3%, SOX -4,98%, Eurostoxx -0,95%%, SMI +0,13%.

Le marché traverse la traditionnelle période de faible liquidité, autrement nommée torpeur estivale (summer doldrums). Les traders profitent des dernières semaines de l’été pour se reposer dans les Hamptons (enfin ceux qui le peuvent encore, le taux hypothécaire à 30 ans aux Etats-Unis est passé de 6,47% il y a deux mois à 6,71% actuellement – c’est peut-être un détail pour vous etc…). On va revenir sur ce point épineux des taux qui montent un peu partout et à tous les étages, le marché obligataire est en train de sortir de sa réserve, il a sifflé la fin de la récré, dites-vous bien qu’en comparaison un effet papillon c’est de la grenadine.

Mais d’abord, comme chaque matin penchons-nous sur notre château de cartes préféré, où un orage gronde sur le secteur des semi-conducteurs, chahuté à nouveau comme rarement hier, l’indice SOX chute de 4,98%, il est momentanément vaincu par sa moyenne mobile à 50 jours après quatre tentatives consécutives de cassure à la hausse. Clôture à 11'992 points, sa 100 jours l’attend désormais de pied ferme à 11'562 points. J’ai beau chercher, je ne trouve pas de raison majeure à ce mouvement. Alors certes, les rendements obligataires élevés n’aident pas, le rebond du pétrole non plus, tout comme les tensions persistantes au Moyen-Orient et une Fed dont la mission ressemble de plus en plus à une quête de hobbit. Gardons en tête que le secteur venait de rebondir de belle manière, favorisant d’importantes prises de bénéfices. Dans un marché estival peu liquide, les stratégies quantitatives, les CTA et les ventes liées au momentum ont probablement amplifié le mouvement. Les valeurs de mémoire et de stockage sont particulièrement touchées, avec Sandisk en baisse de 9%, Western Digital de 7,4% et Micron de 7%, contre 2,3% pour Nvidia. Cette correction semble donc davantage liée à un débouclement technique de positions dans un contexte défavorable aux valeurs de croissance qu’à une remise en cause de la demande structurelle liée à l’IA.

Tiens, Apple gagne 1,45% hier, son statut de quasi tocard de l’IA explique peut-être cela. Les investisseurs feraient probablement bien de garder cela en tête. Apple investit nettement moins que Microsoft, Alphabet, Amazon ou Meta dans les infrastructures d’IA, privilégiant les fonctions intégrées à ses appareils, les capacités externes et les partenariats plutôt que la construction massive de centres de données. Contrairement à ses concurrents, elle n’emprunte pas spécifiquement pour financer l’IA et réduit même sa dette, tout en générant suffisamment de trésorerie pour poursuivre ses investissements et ses rachats d’actions. Cette stratégie limite les risques financiers, mais pourrait certes accentuer son retard technologique si ses solutions et partenariats ne suffisent pas. Mais en l’état, le sujet des émissions massives de dette pour nourrir le CAPEX semble devenir central.

Le podium du jour du SPX se compose de l’énergie, de la santé et des biens de consommation de base. La tech est sans surprise bonne dernière, les volumes d’échanges inexistants, le breadth déplorable et l’indice SPW qui ne perd que 0,45% contre -0,69% au SPX, confirmant que c’est bien la tech, semis en tête, qui met la tête de toute la cote sous l’eau ce mardi. Le Nasdaq100 (NDX) ne parvient pas à défendre le niveau de 30'000 points, il termine sa journée à 29'490 pts, sa 100 jours évolue actuellement à 28'376 pts. Côté volatilité cela remonte un chouia mais le niveau actuel du VIX confine au ridicule, à 15,84. Le VIXEQ (volatilité des actions individuelles) traite à 37,79, un niveau qui reste plutôt élevé. Quant au pétrole, il reste demandé, niveau actuel 85,65 dollars le baril de WTI Light Crude, on rappelle ici sa désormais forte corrélation avec le 10 et le 30 ans US, un élément à suivre de près. À noter que la 100 jours du WTI évolue en ce moment à 88,60 dollars. La courbe des taux US ralentit quelque peu le rythme ce matin, le 10 ans traite à 4,68%, le 30 ans à 5,27%, ceci dit tout cela reste bien élevé. L’or a reculé à 4356 dollars, la poussée de fièvre des taux longs n’a guère plus à la relique barbare, qui ne produit aucun rendement et présente de ce fait un coût d’opportunité. Ce matin le métal jaune peut enfin souffler grâce à la pause dans la hausse des rendements obligataires. Niveau actuel 4356 dollars l’once, la 100 jours est à 4381 dollars tandis que la 50 jours + le bas du canal haussier entamé début 2024 se trouvent pile à 4155 dollars.

Au chapitre des monnaies, le dollar rend un chouia de terrain contre l’euro, la paire cote 1,1594, prochaine résistance la 200 jours à 1,1630. On se penche un instant sur la paire EUR/CHF, qui tourne autour de 0,9400 depuis quelques séances. Une tendance structurelle importante se dessine. Les investisseurs pratiquant le carry trade semblent délaisser progressivement le yen au profit du franc suisse comme monnaie de financement. Le risque d’intervention des autorités japonaises et les anticipations de hausse des taux au Japon rendent en effet les positions vendeuses sur le yen moins attractives. Selon la CFTC (Commodity Futures Trading Commission), les hedge funds ont augmenté leurs positions vendeuses nettes sur le franc suisse à un sommet de près de deux mois durant la semaine terminée le 11 août. Avec un taux directeur de la BNS à 0%, atteint après deux baisses de 25 points de base en mars et juin 2025, le franc constitue une source de financement peu coûteuse. Cependant, si l’aversion au risque augmentait brutalement, le débouclement de ces positions pourrait provoquer une forte appréciation du franc et accentuer la volatilité de l’EUR/CHF.

Revenons au sujet du moment qui fâche. La baisse mondiale des obligations pousse fortement les coûts d’emprunt à la hausse et Wall Street ne semble pas prévoir d’amélioration rapide. Le rendement américain à 30 ans a brièvement dépassé 5,3%, son plus haut niveau depuis 2007, tandis que le 10 ans évolue autour de 4,70%. Cette hausse s’explique par les tensions entre les États-Unis et l’Iran, les craintes inflationnistes, les émissions massives d’obligations par les groupes technologiques, les déficits publics, les incertitudes entourant la Fed et, surtout, par une économie qui résiste mieux que prévu à des taux élevés. Certains investisseurs y voient une normalisation vers le régime qui prévalait avant la crise financière de 2008, plutôt qu’un phénomène temporaire. Le principal risque concerne les finances publiques américaines: la dette détenue par le public approche 100% du PIB et près d’un dollar de recettes fédérales sur cinq sert déjà à payer les intérêts. Selon le CBO, l’organisme indépendant du Congrès américain chargé d’évaluer le budget et les finances publiques, une hausse des taux de seulement 0,1 point au-dessus des prévisions ajouterait 379 milliards de dollars aux charges d’intérêts. Des rendements durablement élevés renchériraient aussi les crédits immobiliers et le financement des entreprises et des ménages. Jusqu’ici, les actions résistent grâce à la vigueur des bénéfices, mais la pression commence à apparaître, notamment dans les semi-conducteurs comme nous l’avons vu. Les investisseurs pourraient donc accorder davantage d’attention aux taux une fois la saison des résultats terminée.

La pression vendeuse sur les obligations gouvernementales est désormais globale. Parmi les pays touchés, on retrouve notamment les Etats-Unis, l’Allemagne, la France ou encore le Japon. Tous ces pays partagent les mêmes préoccupations concernant le vieillissement de leur population et le creusement de leurs déficits. Ils doivent également faire face à la concurrence des entreprises technologiques, qui émettent des obligations pour financer leurs investissements dans l’IA, avec des échéances de plus en plus longues, souvent supérieures à dix ans.

Tiens, on en parle de de ces émissions massives de dette lancées par les mastodontes de la tech? Prenons un exemple concret. Alphabet s’apprête à lever jusqu’à 5,5 milliards de dollars australiens, soit environ 3,9 milliards de dollars américains, lors de sa première émission obligataire en Australie. La tranche à 20 ans devrait offrir un rendement proche de 6,95%, potentiellement le coupon le plus élevé jamais payé par le groupe, avec une prime de 180 points de base par rapport au taux de référence australien. Ce coût élevé reflète moins la qualité de crédit d’Alphabet, qui bénéficie de la deuxième meilleure notation de S&P, que la hausse mondiale des rendements et l’abondance des émissions de dette publique et technologique. Et voilà, l’investisseur obligataire référencé en AUD a désormais le choix entre prêter au gouvernement australien à 5,5% ou à Alphabet à 6,95% sur une durée de 20 ans. Le marché de la dette gouvernementale a manifestement un gros problème à résoudre.

Au menu macro-économique de ce mercredi, le compte rendu de la réunion de juillet de la Fed, publié ce soir, sera suivi de près afin d’évaluer le rythme des futures baisses de taux. À ce stade, les Fed Funds n’intègrent pleinement une première baisse de 25 points de base qu’en janvier.

Parmi les principales nouvelles d’entreprises, le fabricant chinois de robots Unitree Robotics bondit après son introduction en Bourse de 904 millions de dollars à Shanghai. OpenAI lance son activité publicitaire dans l’Union européenne, avec des retombées potentielles pour WPP et Havas. Volkswagen pourrait renoncer à la majorité dans son partenariat indien, tandis que BP se lance dans le négoce de pétrole vénézuélien face à Trafigura et Vitol. Nokia prévoit de fermer presque tous ses sites en Chine d’ici la fin de l’année. Dans la santé, BioMarin rachète Alesta Therapeutics pour 275 millions de dollars immédiatement, avec un montant total potentiel de 490 millions, tandis que Novo Nordisk commence à tester une version faiblement dosée de Wegovy sous forme de comprimé. SK Hynix annonce par ailleurs un important programme de rachat d’actions propres de 40'000 milliards de wons, dans un contexte de forte demande liée à l’IA. En Suisse, Emmi publie des ventes semestrielles supérieures aux attentes mais resserre ses prévisions, tandis que Geberit et Straumann dépassent également les attentes en matière d’EBITDA.

Cette nuit et ce matin en Asie, les indices traitent en baisse hormis Hong Kong qui grappille 0,04%. Tokyo perd 3,16% à la cloche, Shanghai abandonne 2,4%, Séoul chute de 5,8% et le Nifty50 recule de 0,41%. Le future SPX et son compère du NDX traitent à l’équilibre, l’Europe fait de même dans les premiers échanges.

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