Gonet: l'actualité des marchés au 18 août

Jean Frédéric Nussbaumer, Gonet & Cie

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Dow -0,51%%, S&P 500 -0,52%, Nasdaq -0,32%, Russell -0,35%, SOX +1,64%, Eurostoxx -0,14%%, SMI -0,61%.

 

Il semble que le marché obligataire soit manifestement en train de perdre patience.

Le joyeux royaume des actions capture d’habitude l’attention, plus excitant et attractif que son austère grand frère, qui préfère l’ombre pour sa part mais est toujours attentif. Il se trouve que depuis la fin juin la partie longue de la courbe des taux US a entamé un rebond, dans un premier temps ignoré par le plus grand nombre, mais depuis hier cela commence à piquer, ce d’autant que ce phénomène est devenu global. Les obligations souveraines à long terme reculent fortement tout autour du globe, poussant les coûts d’emprunt à des sommets de plusieurs décennies: ce matin le rendement du 30 ans américain évolue à 5,32%, son plus haut niveau depuis 2007, tandis que le 10 ans cote 4,74% et se rapproche inéluctablement de 5%. Cette hausse s’explique par l’endettement public et les émissions massives de dette, auxquels s’ajoutent les emprunts des géants technologiques pour financer l’IA, plaçant gouvernements et entreprises en concurrence pour les mêmes capitaux. Le rebond du pétrole ravive également les craintes inflationnistes: sur dix jours, la corrélation du WTI avec les rendements américains à 30 et 10 ans atteint respectivement 0,85 et 0,87, contre presque zéro fin juillet. Parallèlement, le retrait progressif des banques centrales et des fonds de pension laisse davantage de place à des investisseurs privés potentiellement plus exigeants, ce qui accroît la prime demandée pour détenir des obligations longues.

Dans ce contexte d’un réveil courroucé du véritable maître de Wall Street, on surveillera de près les «bond vigilantes», susceptibles de sanctionner des politiques jugées trop laxistes. Si cette pression persiste, elle pourrait renchérir durablement le financement des États, des entreprises et des ménages, même si les rendements désormais élevés commencent à rendre les obligations longues plus attractives.

Hier Wall Street ressemble furieusement à un château de cartes. Il suffit que l’on constate une énième fois l’échec des négociations entre les Etats-Unis et l’Iran sur la prolongation du cessez-le-feu, accompagné d’attaques contre des navires dans le détroit d’Ormuz, pour provoquer une nouvelle hausse du cours de l’or noir, le baril de WTI Light Crude remonte à 84,96 dollars, un niveau pas si élevé que cela si l’on considère le top du 9 mars à 119,48 dollars, mais la corrélation désormais étroite entre le cours du pétrole et la partie longue de la courbe des taux US fonctionne et permet au marché obligataire d’appuyer un peu plus encore sur le bouton «vendre», stoppant net l’élan acheteur des taureaux et envoyant la plupart des indices d’actions vers le sud. Tout cela complique singulièrement la tâche des banques centrales du monde entier et apporte un soutien aux valeurs refuges, on observe logiquement ce matin un retour général de l’aversion au risque sur les parquets de trading.

Wall Street accélère donc sa baisse aux alentours de 18h15, le podium du jour de l’indice S&P500 (SPX) se compose de l’énergie, de la tech et des industrielles, notons au passage que seul le premier secteur nommé termine la séance dans le vert. Les volumes d’échanges sont faibles, le breadth déplorable, l’indice S&P500 équipondéré (SPW) perd 0,92% contre -0,52% au SPX, la pression vendeuse est générale hier, à l’exception notable du secteur des semi-conducteurs, qui poursuit son redressement et progresse à contre-courant, l’indice SOX termine sa journée à 12'621 points contre sa moyenne mobile à 50 jours à 12'587 pts. Le Nasdaq100 (NDX) fait pâle figure et ne parvient pas défendre le niveau de 30'000 points à la cloche, la volatilité remonte légèrement, autant au niveau des indices que des actions individuelles.

Sur le front des monnaies cela est plutôt calme, la paire EUR/USD cote 1,1575 ce matin, elle se bagarre avec sa 100 jours (@1,1569). Notons au passage que l’euro/suisse reste en embuscade légèrement sous le niveau de 0,9400. L’or consolide autour de 4400 dollars l’once après avoir défendu l’essentiel de sa hausse de 1,5% enregistrée lors des deux séances précédentes. Le léger repli du jour s’explique par des prises de bénéfices et un redressement partiel du dollar, mais la tendance de fond reste favorable. Le principal soutien vient de l’évolution des anticipations concernant la Fed, les Fed Funds n’intègrent plus totalement une nouvelle hausse des taux avant la fin de l’année, ce qui réduit le coût d’opportunité de détenir de l’or et pèse sur le dollar. L’argent sous-performe, pénalisé par l’aversion au risque et par des données chinoises plus faibles, qui assombrissent ses perspectives industrielles.

Résumons: la hausse mondiale des taux longs obligataires couplée à celle du cours de l’or noir envoie un fort bel uppercut au sentiment du marché et va probablement offrir quelques nuits blanches à Kevin Warsh et ses collègues. L’appétit au risque en prend un coup, ce d’autant que lorsque le marché obligataire sort de ses gonds, ce n’est jamais sans raison, or les inquiétudes actuelles autour de nombreux budgets d’Etats ne devraient étonner personne, elles ne font qu’apparaître aujourd’hui aux yeux d’un marché qui regardait manifestement ailleurs, ce qu’il ne peut désormais plus se permettre.

Au sujet de la Fed, on prendra connaissance avec intérêt des minutes de sa dernière réunion demain soir à 20 heures CET. Cette semaine sera aussi celles des détaillants aux Etats-Unis, nous aurons droit aux trimestriels de Walmart, Target, Lowe’s et Home Depot, qui nous diront d’une certaine façon comment le consommateur se porte aux Etats-Unis, ce d’autant que le pays se trouve en pleine saison de «back to school shopping».

Au menu macro-économique de ce mardi, aux Etats-Unis nous suivrons les départs de chantiers, les permis de construire, la production industrielle et le taux d’utilisation des capacités.

La Bourse nationale indienne NSE lance le processus de ce qui pourrait devenir une introduction en Bourse record de 55 milliards de dollars. Du côté des résultats, BHP affiche une hausse annuelle de 15% de son chiffre d’affaires et de 30% de son bénéfice, avec une contribution du cuivre supérieure à celle du minerai de fer pour la première fois. Aéroports de Paris enregistre en juillet une progression limitée de 0,3% du trafic total, malgré un recul de 1% à Paris. Parmi les principales recommandations, RBC abaisse Hermès, JPMorgan dégrade Generali à Neutre et Barclays relève Schott Pharma à Surpondérer.

Cette nuit et ce matin en Asie, les indices traitent en baisse hormis en Chine où Hong Kong grappille 0,24% pendant que Shanghai prend 0,19%. Tokyo abandonne 2,54% à la cloche, Séoul perd 1,55% et le Nifty50 recule de 0,3%. Le future SPX traite en repli de 0,4%, son compère du Nasdaq perd 0,7%, les yeux du marché sont rivés sur le cours de l’or noir et surtout les rendements des emprunts gouvernementaux, Etats-Unis en tête.

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