Trop mou, trop vague, trop évasif, pas forcément fédérateur, trop peu motivé à combattre l’inflation? Trop politisé? Trop peu clair, bref! Hier soir le nouveau patron de la Fed Kevin Warsh s’adresse au marché après que la Réserve Fédérale a annoncé maintenir ses taux inchangés (c’était attendu) et le moins que l’on puisse dire c’est qu’il ne réalise pas une prestation de type «Obama». Le plus puissant banquier de la planète indique que la Fed reste fermement attachée à son objectif d’inflation de 2%. Or malgré un niveau général des prix encore trop élevé et trois dissidents favorables à une hausse, la Réserve Fédérale maintient ses taux dans la fourchette de 3,50% - 3,75%. Warsh laisse entendre que la forte remontée des taux obligataires à long terme resserre déjà les conditions financières ce qui réduit l’urgence d’une hausse des taux directeurs. Le marché ne met pas longtemps à réaliser que cette rhétorique plutôt ferme ne semble pas vouée à être accompagnée d’actes. Dès cet instant les doutes autour de la crédibilité de la Red resurgissent et provoquent une pentification immédiate de la courbe des taux US.
En clair, les rendements américains à long terme augmentent davantage que les taux courts. Le marché semble ainsi considérer que la Fed reste prudente à court terme, mais qu’elle risque de ne pas agir assez fermement contre l’inflation, ce qui pousse les investisseurs à exiger une rémunération plus élevée pour détenir des obligations longues. Ce mouvement reflète une hausse des inquiétudes concernant l’inflation, la dette américaine et la crédibilité de la Fed, avec pour conséquences possibles une pression accrue sur les obligations, les crédits, les actions et éventuellement le dollar.
On le sait, tous les chemins financiers mènent à la Fed. Et une Réserve Fédérale sans véritable capitaine c’est un peu comme si Wall Street embarquait sur le Costa Concordia, c’est pas gagné et cela augure de turbulences à court voire à plus long terme. Ce que les investisseurs détestent probablement le plus est l’incertitude, bonne chance au premier banquier du monde pour corriger le tir, le rendement du 30 ans US cote ce matin 5,24%, on n’avait plus vu cela depuis 19 ans. En plus, techniquement le 30 ans est en train de tout casser à la hausse et regarde probablement en direction des 6%. Si cette progression se poursuit, il arrivera forcément un moment où Scott Bessent devra en parler à son patron.
La réaction des autres classes d’actifs est également notable, on observe un warsh out (je sors) sur les indices d’actions, je reviens plus tard sur les niveaux en vous prévenant, ce n’est pas joli joli. Il faut dire que le marché n’a pas que ce dossier à gérer, le conflit entre les Etats-Unis et l’Iran s’intensifie à nouveau, avec les conséquences que l’on sait sur le prix de l’or noir, les résultats de sociétés continuent de tomber avec des fortunes diverses, hier soir après la clôture Meta déçoit, le marché s’inquiète manifestement à nouveau d’investissements peut-être exagérés dans l’IA ainsi que de perspectives décevantes, en revanche Microsoft décolle dans les échanges après-bourse, sa division cloud ne s’était plus aussi bien portée depuis 4 ans. Ça donne presque envie de rappeler que c’est dans les vieilles marmites qu’on fait les meilleures soupes (coucou Apple qui publie ses trimestriels ce soir après la cloche). Quoi qu’il en soit le spectre d’investissements trop massifs dans l’IA subsiste, accompagné de l’ombre de la concurrence chinoise en la matière qui plane sur les indices américains et un sentiment de type «FIFA» qui consiste à réaliser que tout ces géants investissent des tombereaux de milliards de dollars entre eux, dans un phénomène circulaire qui a intérêt à ne pas ralentir (le premier qui fait un pas de côté a perdu et entraine tous les autres avec lui).
Et puis il y a la bombe nucléaire sud-coréenne, le KOSPI. Le désormais indicateur officiel de la tendance des valeurs du secteur des semi-conducteurs se casse littéralement la figure sous nos yeux depuis le 22 juin. Il a perdu 39% depuis mais en gagne encore 34% sur l’année. Le souci c’est que le KOSPI est en train de casser sa moyenne mobile à 200 jours tout en n’évoluant pas encore en territoire survendu. En parallèle au KOSPI, l’indice SOX (semi-conducteurs US) poursuit sa lente agonie, casse nettement sa moyenne mobile à 100 jours hier, n’est pas survendu et regarde désormais en direction de sa 200 jours (@9185 points contre 10'447 pts à la cloche). Le SOX a rendu 29% depuis le 22 juin et reste en hausse de 48% sur l’année.
L’indice S&P500 (SPX) est manifestement en train de perdre sa bataille contre sa 50 jours, son podium du jour se compose de l’énergie, des biens de consommation de base et des services de communication, Le trio de la honte est formé des financières, de la tech et des industrielles. Le breadth du jour est sans appel, négatif comme rarement. Tiens! Les volumes d’échanges augmentent, c’est intéressant en plein milieu de l’été et à suivre, un marché qui baisse ponctue souvent une telle phase par une augmentation de l’activité vendeuse et une capitulation. Je note au passage que le Dow Jones clôture pile sur sa 50 jours, que le Nasdaq100 (NDX) recule sans cesse depuis six séances et entre hier en territoire de correction (-10% depuis son récent top) et que le Russell2000 (RTY) casse sa propre 50 jours. La volatilité reprend enfin quelques couleurs, le VIX progresse de 13% à 20,66, c’est mieux mais très loin d’être suffisant pour envoyer un signal d’achat au marché, pour cela il faudrait revenir dans la zone 35 – 40.
Côté monnaies ça balance pas mal, la paire EUR/USD repasse au-dessus des 1,1400 et cote ce matin à 1,1443. Au-delà de l’aspect technique et la bagarre de rue qui oppose les deux monnaies dans la zone 1,1411 – 1,1400, le fait que la courbe des taux US se soit pentifiée peut soutenir durablement l’euro si cela reflète surtout une hausse des taux longs liée aux inquiétudes sur l’inflation, la dette publique ou la crédibilité budgétaire américaine, plutôt qu’une amélioration de l’économie. Dans ce cas, les investisseurs peuvent exiger une prime plus élevée pour détenir des obligations américaines à long terme et devenir plus prudents envers le dollar. Une partie des capitaux peut alors se reporter vers l’euro, ce qui favorise une hausse de la paire, à laquelle nous assistons ce matin. Autrement dit, des taux américains plus élevés ne renforcent pas toujours le dollar. Lorsqu’ils montent pour de «mauvaises raisons», comme le risque budgétaire ou inflationniste, ils peuvent au contraire l’affaiblir et constituer un soutien structurel pour l’euro.
L’or semble perdu dans une sorte de déprime warshienne. L’once se languit à 4041 dollars, même l’affaiblissement du dollar ne parvient pas à lui redonner le sourire. L’once reste cantonnée sous le bas de son canal haussier entamé début 2024 depuis un petit moment, le niveau de 4000 dollars menace et dire que les rendements obligataires montent…
En revanche le pétrole pète le feu, qui remonte à 84,98 dollars le baril de WTI Light Crude, porté par les annonces de nouvelles frappes entre belligérants au Moyen-Orient.
Résumons: le marché a la gueule de bois ce matin, inquiet de l’absence éventuelle d’un capitaine monétaire à bord. On ne le rappellera jamais assez, la Fed est de loin le phare le plus important pour les marchés actions, c’est ici un dossier important et potentiellement inquiétant, si la communication de Kevin Warsh n’est pas rapidement ajustée. Pour le reste les résultats de sociétés nous en diront plus sur le tissu micro, le dossier de l’IA et son CAPEX pantagruélique reste d’actualité et nous gardons un œil attentif au dossier Iran / Etats-Unis, tout en nous préparant au très important rapport PCE (Personal Consumption Expenditure), l’outil favori de la Fed pour mesurer l’inflation, qui sera publié cet après-midi.
Les États-Unis ont lancé une nouvelle vague de frappes contre l’Iran en réponse aux tirs de missiles iraniens visant des bases américaines au Moyen-Orient, notamment en Jordanie. L’opération, qui a duré environ deux heures, a ciblé des dizaines d’installations des Gardiens de la révolution, dont des centres de commandement ainsi que des sites liés aux missiles, aux drones et aux capacités maritimes. Cette reprise des hostilités met fin à une brève accalmie entre Washington et Téhéran et accroît le risque d’un élargissement du conflit régional. Parallèlement, les États-Unis et l’Arabie saoudite ont frappé des groupes soutenus par l’Iran en Irak, tandis que des navires et des infrastructures énergétiques ont également été visés dans la région. Cette escalade a provoqué une forte hausse des prix du pétrole, les marchés craignant de nouvelles perturbations des flux énergétiques dans le détroit d’Ormuz.
Ce jeudi sera particulièrement chargé sur le plan macroéconomique, avec à 11h00 les chiffres de la croissance du PIB, du chômage et du sentiment économique en zone euro. À 13h00, la Banque d’Angleterre annoncera sa décision sur les taux, avant la publication de l’inflation allemande à 14h00. L’attention se déplacera ensuite vers les États-Unis à 14h30, avec une série d’indicateurs majeurs comprenant la croissance du PIB, les revenus et dépenses des ménages, les inscriptions hebdomadaires au chômage et surtout l’indice des prix PCE, mesure privilégiée de l’inflation par la Réserve fédérale.
La séance est marquée par une série de publications globalement solides en Europe. Schneider Electric, Sanofi, Capgemini, Adidas, ING, UCB, Campari et Knorr-Bremse relèvent leurs objectifs pour 2026, tandis que L’Oréal affiche une marge opérationnelle record au premier semestre. ArcelorMittal prévoit une progression de ses volumes au second semestre, Anheuser-Busch InBev, BBVA, EDP et DSM-Firmenich dépassent les attentes, et Terna confirme ses perspectives annuelles. Airbus publie des résultats supérieurs aux prévisions au deuxième trimestre, mais refuse d’extrapoler cette performance au reste de l’année, ce qui pèse sur le titre, en baisse d’environ 4% hors séance. À l’inverse, BMW fait état d’un recul de son bénéfice et de son chiffre d’affaires, Heidelberg Materials abaisse ses prévisions en raison de la hausse des coûts énergétiques et Jeronimo Martins déçoit les attentes. Parmi les autres actualités, BAE Systems obtient un contrat de 5,9 milliards de livres pour le programme de sous-marins nucléaires Dreadnought, Eni accélère ses projets au Venezuela, Arcadis rejette l’offre de rachat de 5,7 milliards de dollars de WSP Global et les salariés d’Audi protestent contre la possible fermeture d’un site allemand de Volkswagen. En Amérique du Nord, les réactions post-séance sont contrastées après les résultats, avec de fortes hausses pour Fortinet, Microsoft, Lam Research, Chipotle et Starbucks, mais des baisses pour Carvana, Meta, Arm, Qualcomm et L3Harris. Intel conclut par ailleurs un accord de licence inhabituel pour fournir sa technologie de puces à une start-up. La journée reste très chargée en publications, notamment avec Shell, Rolls-Royce, Ferrari, Apple, Mastercard, Coinbase, Reddit et de nombreux grands groupes américains et européens. En Asie, Samsung Electronics se distingue avec un bénéfice net multiplié par dix-neuf au deuxième trimestre, soutenu par l’essor de la demande de puces destinées à l’intelligence artificielle.
Cette nuit et ce matin en Asie, les indices traitent en ordre dispersé. Tokyo monte de 0,71% à la cloche, Hong Kong grappille 0,14%, Shanghai perd 0,62%. Séoul rend encore 1,23% et le Nifty50 traite à l’équilibre. Le future SPX et son compère du NDX rebondissent mollement de 0,2% (dead cat bounce?).