Gonet: l'actualité des marchés au 17 août

Jean Frédéric Nussbaumer, Gonet & Cie

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Dow -0,20%%, S&P 500 -0,17%, Nasdaq -0,28%, Russell +0,51%, SOX -0,31%, Eurostoxx -0,09%%, SMI -0,58%.

 

De retour de deux semaines bien utiles à prendre du recul, je constate que le dollar a fait de même pendant que l’or et les rendements obligataires européens, notamment français, se sont essayés à l’escalade. Dans le même temps, le joyeux royaume des actions flirte sans vergogne avec ses records historiques, voire les dépasse (les petites capitalisations US notamment). Même les indicateurs internes de marché semblent avoir entamé un retournement de tendance, quelque chose a manifestement changé en quinze jours.

On se tourne dans un premier temps du côté du marché obligataire et on constate que l’écart entre les taux français et allemands à 30 ans a atteint 110 points de base mardi dernier (il y est encore), son niveau le plus élevé depuis fin 2025 et proche des sommets observés fin 2024. Ces précédents pics étaient apparus lors des négociations budgétaires françaises, périodes de forte incertitude ayant mis en évidence la fragilité des finances publiques du pays. La dette publique française représente désormais 117,6% du PIB, soit le troisième ratio le plus élevé de la zone euro, derrière la Grèce et l’Italie. Les esprits taquins rappelleront ici que l’un des critères de Maastricht est un maximum de 60% de dette publique par rapport au PIB mais passons. En parallèle, les récentes statistiques macro aux Etats-Unis ont été plutôt faibles, notamment les ventes au détail, la confiance des consommateurs, le marché de l’emploi et l’inflation. Cela a logiquement fait perdre de l’altitude à la courbe des taux US, tout en calmant les ardeurs des faucons, ce matin le marché des Fed Funds ne présente quasiment plus aucune conviction que la Fed relève ses taux directeurs à un horizon d’une année.

La voilà l’explication de l’évolution du contexte de marché. Pendant que la Fed semble potentiellement devenir colombe à nouveau, le marché s’attend à ce que la BCE relève son taux directeur de 25 points le 10 septembre dans une proportion de 91,1%. Tout s’explique, le dollar faible, l’euro renforcé, l’or en goguette, l’argent aussi d’ailleurs, les actions qui applaudissent des deux mains et le franc suisse qui ne sait plus à quel saint se vouer, lui aussi pénalisé par la politique monétaire neutre de la BNS. À ce sujet la paire EUR/CHF traitait à 0,9410 un peu plus tôt ce matin, un niveau plus observé depuis août 2025, c’est peut-être un détail pour vous, mais pour un frontalier ça veut dire beaucoup.

On observe en parallèle un certain retour en grâce des semi-conducteurs. L’indice SOX a rebondi de 10% depuis le 30 juillet, il perd encore 15,1% depuis le 22 juin mais est en hausse de 75,8% depuis le premier janvier, tout est relatif.

L’indice S&P500 (SPX) termine sa semaine proche de son plus haut historique, il n’évolue pas encore en territoire suracheté, contrairement à son alter ego équipondéré le SPW. On observe une chute brutale des volumes de trading vendredi, le breadth (l’écart entre les titres clôturant en hausse et ceux en baisse) est neutre sur le SPX et légèrement positif sur le NDX. Le SOX se bat avec sa moyenne mobile à 50 jours depuis le milieu de la semaine passée, clôture vendredi à 12'417 points contre la 50 dma à 12'607 pts. Côté volatilité c’est le calme plat, le VIX se languit à 14,25, j’y reviens. La volatilité des actions individuelles a aussi considérablement reculé depuis le 22 juillet, passant de 51,83 à 36,37.

Les petites capitalisations américaines se portent discrètement comme un charme. L’indice Russell 2000 (RTY) clôture vendredi à un nouveau plus haut de tous les temps, il n’est même pas suracheté. Le RTY surperforme le NDX de 5,1% depuis le premier janvier. Cela s’explique d’abord par la baisse des anticipations de taux : les petites capitalisations, plus dépendantes de la dette à taux variable, bénéficient particulièrement du recul des rendements obligataires. Le mouvement reflète aussi un élargissement de la hausse boursière au-delà des grandes valeurs technologiques, les investisseurs se tournant davantage vers les petites et moyennes capitalisations. Le recul des tensions géopolitiques après le conflit entre les États-Unis et l’Iran soutient également l’appétit pour le risque, tandis qu’un fort momentum et des achats institutionnels entretiennent la hausse.

Tout semble donc aller pour le mieux dans le meilleur des mondes pour le marché des actions. Revenons un instant au marché obligataire. La principale menace pour cette classe d’actifs ne vient plus seulement de la Fed, mais du durcissement monétaire qui se profile dans de nombreux pays. Les marchés anticipent des hausses de taux plus rapides au Japon, au Canada, au Royaume-Uni et dans la zone euro qu’aux États-Unis au cours des douze prochains mois. Cette évolution s’explique par plusieurs pressions inflationnistes simultanées: hausse du pétrole liée à la guerre avec l’Iran, dépenses publiques élevées et boom des investissements dans l’IA. L’inflation dans les pays de l’OCDE atteint ainsi son plus haut niveau depuis deux ans. Le risque est que les obligations, traditionnellement utilisées pour amortir les baisses des actions, ne jouent plus pleinement ce rôle. Si les banques centrales relèvent davantage leurs taux, obligations et actions peuvent baisser en même temps, réduisant les bénéfices de la diversification. La pression est déjà visible en Corée du Sud et au Japon, tandis qu’en Europe, les coûts énergétiques et les dépenses de défense poussent aussi les rendements à la hausse. Un point à suivre de près.

On se penche sur la macro de cette fin de semaine écoulée. Les ventes au détail de juillet diminuent de manière inattendue, au plus bas depuis mai 2025, tandis que les ventes sous-jacentes se contractent également. La faiblesse était toutefois en partie anticipée en raison de données de cartes bancaires moins favorables, du contrecoup du Prime Day avancé et d’effets saisonniers. La confiance des consommateurs de l’Université du Michigan déçoit également, avec une baisse de l’évaluation de la situation actuelle et des anticipations. Les attentes d’inflation à un an remontent légèrement, mais celles à long terme restent stables. Austan Goolsbee, de la Fed de Chicago, soutient le maintien des taux et juge les derniers chiffres d’inflation encourageants. La semaine à venir s’annonce calme, avec les minutes de la réunion de juillet de la Fed mercredi et les premiers PMI d’août vendredi.

Et les indicateurs internes de marché, que nous disent-ils en ce lundi matin? Et bien leur message reste plutôt cohérent: le marché américain conserve une tendance de fond haussière, mais il est devenu plus fragile à court terme. Le breadth s’est amélioré grâce à la rotation vers l’equal-weight, les financières, les industrielles et certaines défensives, mais cette participation reste irrégulière. Le momentum est plus solide sur le SPX que sur le NDX et surtout les semi-conducteurs, ce qui évoque davantage une rotation qu’un véritable signal baissier. La principale source de prudence vient de la volatilité: VIX encore bas, volatilité des actions individuelles plus élevée, CDX récemment remonté et SentimenTrader qui indique 76% de probabilité historique d’une hausse d’au moins 35% du VIX dans les 51 séances suivantes. À l’inverse, plusieurs signaux restent favorables à moyen terme, notamment le ratio cuivre/or, les attentes de soutien monétaire et le cycle JK qui devient favorable fin octobre. En résumé, pas de signal de sortie majeure, mais une période août-octobre plus risquée, où une correction modérée accompagnée d’une hausse du VIX serait cohérente avec les indicateurs actuels.

C’est un menu macro-économique plutôt frugal qui nous sera servi aujourd’hui, nous nous contenterons de l’indice Empire Manufacturing (14h30 CET) et NAHB Housing Market Index à 16h.

Nvidia dévoile d’importantes participations, notamment 30 milliards de dollars dans Intel, 21 milliards dans SpaceX et 2,2 milliards dans Nokia. Le chiffre d’affaires trimestriel d’Anthropic est multiplié par 14 sur un an, à plus de 11,5 milliards de dollars. PayPal progresse après l’annonce d’une offre de Stripe et Advent à 60,50 dollars par action en juillet. AstraZeneca publie des résultats positifs de phase III pour une combinaison contre certains cancers du poumon, tandis que Sandoz conclut une collaboration stratégique avec Shanghai Fosun Pharma. Enfin, Glencore obtient un prêt de 1 milliard de dollars de la banque coréenne Eximbank afin de sécuriser l’approvisionnement en cuivre.

Cette nuit et ce matin en Asie, les indices traitent en hausse hormis le Nifty50 qui égare 0,15%. Tokyo progresse de 0,74% à la cloche, Hong Kong avance de 1,56%, Shanghai monte de 1,41% et Séoul est fermée. Le future SPX grappille 0,1% son alter ego du NDX prend 0,5% et l’Europe traite en hausse de 0,3% dans les premiers échanges.

L’once d’or évolue à 4409 dollars. La relique barbare est clairement revenue dans son canal haussier entamé début 2024, a cassé sa 50 jours à la hausse et regarde désormais sa 200 jours (@4505 dollars). Les vents porteurs que sont un billet vert faible et des rendements obligataires en retrait sont accompagnés par des achats de banques centrales, le métal jaune n’est pas suracheté, à suivre de près.

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