Gonet: l'actualité des marchés au 26 juin

Jean Frédéric Nussbaumer, Gonet & Cie

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Dow +0,14%, S&P 500 -0,01%, Nasdaq -0,46%, Russell +0,71%, SOX +3,59%, Eurostoxx +0,85%, SMI +0,81%.

 

Apple fait une annonce hier qui met la puce à l’oreille du marché.

Le début de séance de ce jeudi est léger, voire joyeux. Sur les parquets de trading on se réjouit des annonces extrêmement optimistes de Micron Tech, qui ragaillardissent le sentiment autour des semi-conducteurs et propulsent l’action de la firme de Boise Idaho en hausse de 15,74%. Cerise sur le gâteau, en début d’après-midi l’indice PCE (Personal Consumption Expenditure) du mois de mai ressort très légèrement en-dessous des attentes sur la partie nominale, le marché évite soigneusement de prêter attention au chiffre «cœur», qui est lui en ligne et surtout révisé à la hausse pour avril. On se tourne alors vers le marché obligataire, qui ne semble pas en prendre ombrage, dossier à revoir plus tard et ouverture en bonne hausse pour les indices d’actions US, jusqu’à ce qu’Apple effectue une annonce dont les taureaux se seraient bien passés.

La firme de Tim Cook va procéder à une hausse mondiale des prix sur une grande partie de sa gamme (Mac, iPad, Apple TV et Vision Pro) afin de compenser l’envolée des coûts de mémoire et de stockage provoquée par la demande massive des centres de données liés à l’IA. Les iPhone, Apple Watch et AirPods ne sont pas encore concernés, mais Apple laisse entendre que d’autres ajustements pourraient suivre, notamment sur les futurs iPhone. La hausse de 20% en moyenne est large et inhabituelle dans l’histoire récente du groupe: plusieurs MacBook, iPad et produits domestiques augmentent fortement, parfois de plusieurs centaines de dollars. Apple explique avoir longtemps absorbé ces surcoûts pour protéger ses clients, mais ne plus pouvoir le faire face à une hausse des composants jugée exceptionnelle. Tim Cook avait déjà prévenu que les pénuries de mémoire allaient durer plusieurs mois et peser sur les livraisons de Mac. En clair, le boom de l’IA ne se contente plus de doper les revenus des fabricants de mémoire: il commence aussi à renchérir les produits grand public et à mettre sous pression les marges, les prix et potentiellement la demande chez Apple.

Un angle inflationniste passe…

Que le prix des puces mémoire augmente, cela peut encore passer dans la psyché collective, en revanche un produit emblématique tel qu’un iPad dont le coût grimpe de plusieurs centaines de dollars d’un coup, non seulement cela se voit, mais imaginez un peu l’effet sur les esprits consuméristes aux Etats-Unis, qui ne manqueront pas d’extrapoler l’idée à toute la chaine de consommation. Il n’en faut pas plus au marché pour réaliser que de nombreuses firmes de la tech risquent de voir soit leurs marges considérablement refluer, soit la demande pour leurs produits faire de même, et paf -6% pour l’action Apple et un Nasdaq100 (NDX) qui semble moins en jambes. Dans la foulée de la firme à la pomme, Microsoft annonce une hausse du prix de ses consoles Xbox pour les mêmes raisons et ce matin on observe que la bourse de Séoul est secouée comme rarement, elle qui est truffée d’actions de sociétés semi-conducteurs. Il semble qu’une sorte de «fantôme deepseek» plane sur le marché, j’y reviens, en parallèle un article publié par le NY times qui indique qu’Open AI devrait repousser son IPO à 2027 ne fait guère de bien au sentiment général.

Trois menaces pourraient fragiliser le momentum du marché : d’abord, un progrès logiciel capable de réduire fortement les besoins en mémoire, à la manière d’un «moment DeepSeek». Ensuite, un ralentissement coordonné des dépenses de Microsoft, Amazon, Google, Meta ou Oracle si les investisseurs commencent à douter du retour sur investissement des data centers. Enfin la montée en puissance des acteurs chinois comme CXMT et YMTC, qui pourraient offrir des alternatives moins chères et affaiblir le pouvoir de fixation des prix des leaders. En clair, le marché adore l’IA quand elle fait exploser la demande de mémoire, mais il doit aussi surveiller ce qui pourrait rendre cette mémoire moins rare, moins indispensable ou moins chère, tout en faisant face à de l’inflation importée par les puces elles-mêmes. On le constate déjà à Séoul, des firmes comme SK Hynix ou Samsung perdent 9% respectivement 8% ce matin.

On le sait, Wall Street est la cousine germaine de Dori, une amnésique professionnelle comme on en croise rarement. Hier soir elle monte voir au galetas ce qu’elle y trouve et déniche des vieilleries comme Caterpillar, Merck ou encore 3M. Au passage les intervenants se souviennent qu’il y a une vie boursière après la tech et c’est parti pour une rotation sectorielle bienvenue. Le podium du jour du S&P500 (SPX) se compose des industrielles, de la santé et des materials, en parallèle les 7 magnifiques souffrent considérablement, dans des volumes d’échanges faibles. Le breadth est positif sur le SPX et négatif sur le NDX, cela est confirmé par l’indice S&P500 équipondéré (SPW) qui gagne 0,67% pendant que le SPX fait du surplace, lesté en mastodontes de la tech.

Le SPX clôture pile sur sa moyenne mobile à 50 jours, à 7357 points, c’est à suivre. Le NDX progresse sur la journée grâce à Micron, à noter qu’il vient tester le niveau de 29'000 points en séance et rebondit de là. La demande en petites capitalisations reste soutenue, le Russell2000 (RTY) réalise un nouveau record historique à la cloche, en toute discrétion et en s’offrant le niveau de 3000 points pour l’occasion, excusez du peu. La volatilité des indices est plutôt stable, celle des actions individuelles en revanche est très élevées, les structureurs sont de bonne humeur cette semaine. On jette un œil au ratio put / call des actions US, qui se situe actuellement à 0,67. Cela signifie qu’actuellement il y a 67 puts achetés/échangés pour 100 calls. Ça indique un sentiment plutôt haussier sur les actions individuelles, un contexte favorable tant que la tendance tient, mais cela montre aussi que le marché n’est pas vraiment couvert en cas de choc.

Côté monnaies le dollar rend un chouia de terrain contre l’euro, peut-être suite au PCE, la paire EUR/USD traite ce matin à 1,1377. Le marché obligataire semble relativement détendu, le 2 ans évolue à 4,09%, tandis que le pétrole se stabilise autour des 70 dollars le baril de WTI Light Crude.

L’or est chaque jour est un peu moins près des étoiles. L’once recule brièvement à 3983 dollars hier, repassant sous le seuil psychologique important des 4000 dollars, pour rebondir à 4027 dollars ce matin. Le métal jaune se dirige néanmoins vers une quatrième baisse hebdomadaire consécutive, pénalisé par la chute des actions asiatiques, notamment dans la tech, qui pousse certains investisseurs à vendre de l’or pour couvrir leurs pertes ailleurs. Le mouvement est classique: lorsque les positions très chargées sur les valeurs de croissance se dégonflent, l’or sert davantage de source de liquidités que de valeur refuge. En toile de fond, les rendements américains élevés et le dollar plus ferme restent aussi des freins importants pour le métal précieux.

Austan Goolsbee estime que le dernier rapport sur l’inflation contient des signes encourageants, mais il reste prudent car les pressions sur les prix demeurent encore trop élevées. De son côté, John Williams juge que le niveau actuel des taux d’intérêt est bien calibré pour permettre à l’inflation de revenir progressivement vers l’objectif de 2% de la Fed. En résumé, le message des responsables de la Fed reste prudent : l’inflation va dans la bonne direction, mais pas encore assez pour relâcher clairement la vigilance monétaire.

Deux indicateurs macroéconomiques sont à surveiller aujourd’hui: à 08h45, le climat des affaires en France pour juin 2026, qui donnera une indication sur le moral des entreprises et l’état de l’activité dans l’économie française; puis à 16h00, l’estimation finale de la confiance des consommateurs de l’Université du Michigan aux États-Unis, également pour juin 2026, un indicateur important pour mesurer l’état d’esprit des ménages américains, leurs anticipations d’inflation et leur propension à consommer.

Le ministère public demande la réalisation d’expertises après les dépôts illégaux attribués à Nestlé. Moody’s améliore la notation de Munich Re. Bayer obtient une décision favorable de la Cour suprême américaine dans le dossier des litiges liés au Roundup. ON Semiconductor prévoit d’acquérir Synaptics pour 7 milliards de dollars. Le conseil d’administration de JPMorgan souhaite voir Jamie Dimon prolonger son mandat de CEO pendant encore quelques années. Robinhood boucle une émission d’obligations convertibles de 2,2 milliards de dollars. TSMC assure que l’ensemble de ses sites de production fonctionne normalement malgré les fortes pluies à Taïwan. Samsung prépare de son côté un plan d’investissement de 648 milliards de dollars dans les semi-conducteurs, porté par l’essor de l’intelligence artificielle.

Cette nuit et ce matin en Asie, les indices semblent déprimés par Apple, Microsoft et leurs annonces inflationnistes. Tokyo chute de 4,15% à la cloche, Hong Kong perd 1,83%, Shanghai recule de 1,89%, Séoul plonge de 5,81% et le Nifty50 est fermé. Le future SPX égare 0,2%, son alter ego du NDX 0,6% et l’Europe ouvre en baisse de 0,4%.

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