Gonet: l'actualité des marchés au 2 juin

Jean Frédéric Nussbaumer, Gonet & Cie

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Dow +0,09%, S&P 500 +0,26%, Nasdaq +0,42%, Russell -0,47%, SOX +1,06%, Eurostoxx -0,26%, SMI -1,75%.

 

Wall Street est arrivée au pays des merveilles.

L’indice S&P500 (SPX) réalise sa huitième séance consécutive de hausse, il égale son record d’avril 2025 post liberation day, atteint sans surprise un nouveau plus haut de tous les temps, s’enfonce dans un territoire suracheté lointain sans que personne ou presque ne s’en inquiète. La volatilité du SPX et du Nasdaq100 (NDX) récupère 4% hier, elle reste ceci dit à des niveaux extrêmement faibles. Le NDX fait tout comme son grand frère, les volumes d’échanges accélèrent encore, le train fou de la fièvre acheteuse est en train de s’emballer au sud de Manhattan, on est à deux doigts d’appeler Keanu Reeves à la rescousse. Le narratif du moment n’évolue pas, on ignore superbement le conflit entre les Etats-Unis et l’Iran au prétexte d’une conviction croissante qu’il va bientôt être réglé. En parallèle on se rue sans vergogne sur tout ce qui a trait de près ou de loin à l’intelligence artificielle, cette nuit c’est au tour de la bonne vieille Hewlett Packard (HPE +28% après clôture), après que la firme de Spring Texas a fortement relevé ses prévisions annuelles suite à un deuxième trimestre nettement supérieur aux attentes, porté par la croissance du cloud, de l’IA et du réseau, ainsi que par les synergies liées à Juniper et Catalyst. Et voilà, ils ont mentionné l’acronyme magique, ça marche à tous les coups, pour l’instant.

Nul besoin de chercher longtemps pour réaliser que ce rallye ne repose pas sur grand-chose. Seuls deux des 11 sous-secteurs du SPX gardent la tête hors de l’eau hier, la tech (+2,5%) et l’énergie (+1,85%), ensuite c’est le vide le plus total. Les sept géants sont partagés, on relèvera le bond en avant de Nvidia et Micron Tech qui progressent toutes deux de plus de 6%, la seconde nommée a gagné 151% depuis le 1er mars, est surachetée comme rarement et présente une volatilité implicite de plus de 100. En résumé, Micron est devenue une sorte de bombe nucléaire financière qui aspire le momentum acheteur comme rarement, à méditer.

Le marché obligataire garde la tête froide pour sa part, le rendement du 10 ans US évolue ce matin à 4,43%, sa 50 jours guette à 4,39%. Cela s’est notablement détendu sur cette partie depuis quelques temps, on espère dans les salles de marchés que le conflit au Moyen-Orient se réglera bientôt, mais aussi que dame inflation ne fera pas de vieux os parmi nous ce qui, osons le dire, est une toute autre affaire mais ça c’est une autre histoire, que le marché écoutera quand il le voudra bien. Le dollar et l’euro sont stables, la paire cote 1,1648, l’euro semble capé par ses trois principales moyennes mobiles qui évoluent toutes un peu au-dessus du cours actuel. Pour sa part, l’or remonte à 4531 dollars l’once, sa 200 jours se situe actuellement à 4412 dollars.

Le marché poursuit sa hausse, mais il devient plus difficile de renforcer les thèmes déjà très prisés, surtout l’IA, compte tenu des valorisations élevées et du risque de bulle. Le repositionnement vers le risque a été rapide et très concentré sur la tech, ce qui accroît la vulnérabilité à une correction, même si les investisseurs continuent d’acheter les replis et que les couvertures restent peu coûteuses. Une rotation apparaît toutefois au sein de la technologie, avec un retour des logiciels face aux semi-conducteurs. Pour la suite, le marché aura sans doute besoin de relais plus larges, avec une progression probablement plus lente, plus irrégulière et davantage de rotations vers les secteurs en retard.

On se penche sur les indicateurs internes de marché avec Sentimentrader qui constate que les investisseurs réduisent fortement leurs couvertures contre une baisse des actions. Leur indicateur d’hedging tombe sous 25%, au plus bas depuis février 2026, ce qui traduit un net retour de l’appétit pour le risque. Historiquement, ce signal est plutôt positif à court terme: lorsque l’indicateur tombe aussi bas, le SPX via le SPY progresse souvent dans le mois suivant. Mais il y a une nuance: certains investisseurs achètent quand même des produits baissiers ou à effet de levier inverse chez Rydex. Conclusion: le momentum reste favorable, mais il faut éviter l’excès de confiance et garder des protections ou des stops serrés.

Prenons maintenant un peu de hauteur avec les valeurs liées à l’espace qui corrigent après une envolée rapide, portée ces dernières semaines par les spéculations autour d’une éventuelle introduction en Bourse de SpaceX. Redwire est au centre du mouvement, après une dégradation de Jefferies, qui estime que le titre a déjà beaucoup progressé et que son potentiel à court terme est désormais limité. La prudence touche aussi Rocket Lab, Firefly Aerospace, Intuitive Machines et AST SpaceMobile, qui avaient toutes profité de l’engouement pour la nouvelle conquête spatiale. Le secteur reste porteur à long terme, mais les valorisations sont devenues très exigeantes, ce qui signifie que beaucoup de bonnes nouvelles sont déjà intégrées dans les cours. En clair, l’histoire reste séduisante, mais le marché rappelle qu’elle ne justifie pas n’importe quel prix.

Les dernières données macro américaines ressortent plutôt meilleures que prévu, mais le message reste mitigé. L’ISM manufacturier de mai dépasse les attentes et atteint son plus haut depuis mai 2022, tandis que les dépenses de construction surprennent positivement malgré une révision en baisse du mois précédent. Le PMI manufacturier final de S&P Global reste solide, avec une production au plus haut depuis avril 2022, mais les pressions sur les prix demeurent élevées, ce qui entretient les craintes d’inflation.

La séance macro de ce mardi sera surtout animée par trois rendez-vous à 11h00, l’estimation flash de l’inflation annuelle en zone euro donnera une indication importante sur la pression des prix et les prochaines décisions de la BCE; à 14h30, le discours de Beth Hammack de la Fed pourra éclairer la trajectoire des taux américains ; enfin, à 16h00, les offres d’emploi JOLTs permettront de mesurer la solidité du marché du travail aux États-Unis, un élément clé pour la politique monétaire de la Fed.

ABB renforce encore sa collaboration avec Nvidia, tandis que Barry Callebaut présente une nouvelle feuille de route à moyen terme destinée à redresser ses résultats. De son côté, le patron de Nvidia se veut rassurant et affirme que le groupe possède les moyens nécessaires pour accompagner la forte expansion de l’intelligence artificielle, malgré les tensions sur les capacités de production. Alphabet envisage pour sa part une levée de fonds massive de 80 milliards de dollars afin de financer ses ambitions dans l’IA, avec une participation annoncée de Berkshire Hathaway à hauteur de 10 milliards. En Australie, le régulateur demande à Amazon et à d’autres plateformes de retirer de la vente des jouets magnétiques interdits. GE Vernova subit un nouveau revers judiciaire dans sa tentative de bloquer un projet de parc éolien en Nouvelle Angleterre. Samsung Electronics se rapproche d’une valorisation boursière de 1’500 milliards de dollars, tandis que Tencent progresse de 7% après des rumeurs autour du lancement d’un agent d’intelligence artificielle intégré à WeChat.

Cette nuit et ce matin en Asie, les indices traitent en hausse à part Tokyo qui perd 0,3% à la cloche. Hong Kong progresse de 2,35%, Shanghai avance de 0,43%, Séoul grappille 0,15% et le Nifty50 prend 0,27%. Le future SPX égare 0,1% pendant que l’Europe progresse d’un peu plus de 1% dans les premiers échanges.

À Londres on n’a pas le G7 mais on a des idées: les conducteurs du métro londonien sont en grève aujourd’hui. Aucun service n’est attendu sur de nombreuses lignes importantes, notamment les lignes Circle, Piccadilly et Waterloo & City.

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