Gonet: l'actualité des marchés au 1er juin

Jean Frédéric Nussbaumer, Gonet & Cie

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Dow +0,72%, S&P 500 +0,22%, Nasdaq +0,20%, Russell -0,59%, SOX inchangé, Eurostoxx -0,08%, SMI +0,28%.

 

Les jardins potagers revivent, les barbecues sont de retour, l’humain blafard a mis le nez à la fenêtre, salué le soleil, s’est installé en terrasse l’humeur singulièrement ragaillardie. À Wall Street la luminothérapie à la sauce IA fonctionne également très bien, plongeon dans le monde du joyeux royaume qui a rarement autant mérité son qualificatif.

Le joli mois de mai nous a réservé une performance boursière de derrière les fagots, menée d’une main de maître par les semi-conducteurs. Grâce notamment à ce secteur, avril et mai ont permis au S&P500 (SPX) de gagner 16%, or une telle performance ne s’est produite qu’à quatre autres occasions depuis 1950, ça pose le cadre. La semaine écoulée ne fait pas exception, qui consacre une forme de détente générale sur les taux, les matières premières mais aussi le sentiment du marché, ouvrant une voie royale à une poursuite de la hausse des actions. Le dossier Iran / Etats-Unis semble patiner, le marché en tient de moins en moins compte, misant manifestement sur une résolution imminente du conflit. En parallèle la frénésie autour de l’intelligence artificielle ne faiblit pas, bien au contraire. Rien qu’en mai les semi-conducteurs (SOX) gagnent 21%, les logiciels 17% et les sept magnifiques d’environ 8%. Mai est un mois sans appel que les ours vont tenter d’oublier au plus vite, l’indice MSCI World (MXWO) gagne 4,3% sur la période, tout est dit.

Ce qui est en train de se produire sous nos yeux m’évoque de plus en plus ces événements de soldes dont l’illustration iconique est le Black Friday. Ces images de clients rampant sous le rideau métallique dès son ouverture pour se jeter sur la première promotion venue, qu’ils en aient besoin ou pas, en venant parfois aux mains, correspondent en tous points à l’extrêmement puissant FOMO (Fear Of Missing Out) qui agite la quasi-totalité des intervenants cette année. Je n’exagère en rien, les volumes de trading décollent de près de 80% vendredi Downtown Manhattan, ce matin en Corée du Sud LG Electronics s’envole de 30%. La raison? Son CEO va rencontrer Jensen Huang. 

Les marchés restent manifestement portés par un fort optimisme autour de l’intelligence artificielle et des semi-conducteurs. Ce phénomène de FOMO entretient la progression des grands indices, malgré un contexte géopolitique et économique fragile. La hausse se concentre surtout sur quelques grandes valeurs technologiques, comme Nvidia, AMD, Micron, Microsoft, Oracle ou Intel. Leurs performances boursières spectaculaires reposent sur des bénéfices élevés et sur l’idée que l’IA transformera durablement l’économie. Mais cette concentration rend aussi le marché plus vulnérable: une déception sur les résultats ou sur la demande pourrait provoquer une correction brutale. Les tensions au Moyen-Orient, la hausse du pétrole et une inflation américaine encore élevée ne suffisent pas, pour l’instant, à freiner les investisseurs. Ceux-ci misent sur une normalisation rapide de la situation et sur la capacité des entreprises à préserver leurs marges. Les prévisions de bénéfices restent favorables, surtout aux États-Unis, même si certains signaux, comme la baisse de la confiance des consommateurs, appellent à la prudence.

La Fed devrait d’ailleurs maintenir une politique monétaire restrictive en 2026, avec des taux élevés plus longtemps et peut-être même une hausse de 0,25%. En résumé, les marchés continuent de monter grâce à l’enthousiasme autour de l’IA, mais cette hausse repose sur des valorisations exigeantes, une forte concentration sectorielle et une confiance qui pourrait rapidement être testée. Absolument, rapidement car si l’on jette un œil aux VIX, on constate que l’indice de la peur du SPX a fondu à quasiment 15 points. À ce niveau on ne parle plus de baisser la garde mais carrément de prêter le flanc. Le VXN (son alter ego du NDX) a lui aussi beaucoup reculé, il vient de se poser sur sa moyenne mobile à 200 jours, à suivre de près. 

Notons que tous les principaux indices US d’actions atteignent de nouveaux records historiques à la cloche de vendredi et traitent tous en territoire suracheté à l’exception du vénérable Dow Jones. Or, un SPX qui poste un nouveau plus haut de tous les temps tout en voyant 9 de ses 11 secteurs reculer laisse songeur, c’est bien évidemment la tech qui tient la baraque vendredi, vaguement épaulée par les materials, tout le reste recule. 

Le pétrole rebondit de 3%, il suit l’actualité autour d’Ormuz, le baril de WTI Light Crude revient autour de 90 dollars. L’or a parfaitement rebondi sur sa moyenne mobile à 200 jours, qui évolue actuellement à 4406 dollars l’once, cours de ce matin 4508 dollars. Le repli des rendements obligataires l’a probablement quelque peu aidé, le rendement du 10 ans US est de retour à 4,46%, le 30 ans à 4,99%. La paire EUR/USD remonte légèrement, à 1,1658 mais l’euro semble désormais cappé par ses trois moyennes mobiles, qui l’attendent légèrement plus haut.

Le rebond de l’or noir intervient dans un contexte d'incertitude quant aux perspectives d'un accord de paix entre les États-Unis et l'Iran. Washington et Téhéran cherchent tous deux à modifier un projet d'accord qui prolongerait la trêve et rouvrirait le détroit d'Ormuz. Les États-Unis indiquent avoir frappé des sites de commandement de drones en Iran en réponse à des actes d'agression. Le Koweït confirme pour sa part que ses systèmes de défense antiaérienne ont intercepté des cibles hostiles.

Plusieurs responsables de la Fed prennent la parole vendredi. Schmid (Kansas City) insiste sur la nécessité pour la Fed de continuer à afficher son engagement contre l'inflation. La gouverneure Bowman se prononce en faveur du maintien d'un biais accommodant dans le discours de la Fed, notant que l'emploi reste stable mais montre des signes de fragilité. Paulson (Philadelphie) estime que la politique actuelle aide à contenir une inflation encore élevée, les anticipations d'inflation à long terme restant saines. Daly rappelle pour sa part que la Fed doit ramener la stabilité des prix, tout en évitant de nuire à l'économie. Du côté des données, l'indice PMI de Chicago pour mai surprend positivement, bondissant à son plus haut niveau depuis janvier 2022.

La séance macro de ce lundi sera surtout rythmée par les indicateurs d’activité manufacturière, avec une première salve en Europe dans la matinée: France à 9h50, Allemagne à 9h55, zone euro à 10h00, puis Royaume-Uni à 10h30. L’attention se déplacera ensuite vers les États-Unis l’après-midi, avec le PMI manufacturier à 15h45 puis l’indice ISM manufacturier à 16h00, qui sera probablement le chiffre le plus suivi pour évaluer la santé de l’industrie américaine et son impact potentiel sur les marchés.

Universal Music Group rejette l’offre non sollicitée de Pershing Square, le fonds de Bill Ackman, qui valorise le groupe à 65 milliards de dollars, tandis que Castlelake réfléchit encore à une éventuelle offre sur easyJet. HSBC veut relancer sa banque d’investissement à Hong Kong. Dans la santé, Novartis publie des données encourageantes pour Pluvicto et pour un traitement radiopharmaceutique expérimental contre le cancer de la prostate. Swiss Life termine son programme de rachat d’actions de 750 millions de francs et Moody’s relève la note de solidité financière de Generali de A2 à A1. Côté technologie, les premiers PC Windows équipés de puces Nvidia devraient arriver d’ici la fin de l’année pour concurrencer AMD et Intel, tandis que Meta miserait sur un pendentif dopé à l’IA et des vêtements connectés pour relancer ses ambitions dans le hardware. Berkshire Hathaway rachète Taylor Morrison pour 6,8 milliards de dollars en numéraire. Michael Dell annonce avoir reçu le premier système Dell Technologies équipé de la puce Nvidia Vera Rubin NVL72. 

Cette nuit et ce matin en Asie, les indices traitent en ordre dispersé. Tokyo gagne 0,91% à la cloche, Hong Kong avance de 1,03%, Shanghai recule de 0,27%, Séoul bondit de 3,68% et le Nifty50 égare 0,13%. Le future SPX indique une ouverture en hausse de 0,3%, son compère du NDX fait deux fois mieux tandis que la vieille Europe, en valeurs technologiques que les Etats-Unis nettement moins pourvue, se lamente à -0,2% dans les premiers échanges.

Signe des temps, Softbank s’envole de 14% à la bourse de Tokyo, la firme nipponne va ouvrir un centre de données en France pour 52 milliards de dollars et détrône Toyota en devenant la plus importante capitalisation boursière japonaise. 

Joyeux Black Monday, Tuesday, Wednesday, Thursday et Friday à toutes et tous.

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