Gonet: l'actualité des marchés au 20 mai

Jean Frédéric Nussbaumer, Gonet & Cie

4 minutes de lecture

Dow -0,65%, S&P 500 -0,67%, Nasdaq -0,84%, Russell -1,01%, SOX +0,03%, Eurostoxx +0,04%, SMI +0,94%.

 

Le Gonet Geneva Open semble corrélé au marché comme rarement, l’acronyme STAN reste sous les feux de la rampe. Ce matin STAN signifie «Sorry Treasuries Are Nervous». On se retrouve à 18 heures pour en rediscuter, ce d’autant que notre Stan national joue un Américain, un signe?

Tout est dit dans l’acronyme STAN. À ma gauche un marché des actions de moins en moins serein, à ma droite un marché obligataire agacé comme rarement, qui reprend les commandes du narratif depuis trois séances, remettant l’église financière au milieu du village et assénant de gros coups de semonce afin de ramener tout ce beau monde sur terre.

En clair, depuis quelques séances les investisseurs vendent massivement les obligations d’Etat US, ce qui fait grimper leurs rendements. Le principal déclencheur de ce phénomène a été la guerre entre les Etats-Unis et l’Iran, qui perturbe fortement le trafic pétrolier via le détroit d’Ormuz. Le pétrole s’envole depuis lors, ce qui ravive les craintes d’inflation partout dans le monde. Résultat: les marchés pensent désormais que les banques centrales, notamment la Fed, pourraient devoir remonter leurs taux plutôt que les baisser comme espéré auparavant. «Cerise sur le gâteau», les investisseurs commencent à s’inquiéter du niveau colossal des dettes publiques dans plusieurs grands pays, notamment les Etats-Unis, le Japon et le Royaume-Uni. Les gouvernements continuent d’emprunter massivement alors même que les coûts de financement augmentent. Cela pourrait engendrer une pression durable sur les marchés obligataires mondiaux. Pourquoi est-ce important pour les actions? Des taux longs plus élevés rendent le crédit plus cher pour tout le monde: Etats, entreprises et ménages. Cela pèse sur l’immobilier, les investissements et surtout sur les valorisations boursières, en particulier les valeurs technologiques actuellement chères. Et ne comptons pas sur les statistiques macro récentes qui ont toutes montré un retour en force de dame inflation (CPI, PPI, production industrielle notamment).

Le président de la Fed de Philadelphie Patrick Harker rappelle (à l’attention de ceux qui n’auraient pas encore compris) que la politique monétaire de la Fed reste «légèrement restrictive» et que toute baisse de taux nécessitera des progrès durables sur l’inflation. Le futur président de la Fed, Kevin Warsh, subit déjà une forte pression à la fois de la Maison-Blanche et du marché obligataire avant même sa prise de fonction.

Résumons: le marché des actions se voit forcé d’écourter ses vacances sur l’île enchantée, les obligations fulminent, le dollar applaudit, l’or fond comme neige au soleil, l’argent lui emboîte le pas alors que globalement les matières premières de tous bords ont fortement progressé depuis le 28 février. Quant au pétrole, chaque jour passé au-dessus de 100 dollars augmente un peu plus les probabilités d’un retour durable de l’inflation.

Cela fait trois séances que les principaux indices d’actions reculent aux Etats-Unis. Avant de considérer la session de ce mardi, observons que le Nasdaq100 (NDX) recule de 2,55% sur ces trois jours, que le SPX fait un peu mieux avec -1,94%, que les petites capitalisations (Russell2000  - RTY) glissent de 4% (les PME sont très sensibles aux augmentations du coût de la dette), que les semi-conducteurs (SOX) chutent de 6,3% (prises de profits bien compréhensibles, l’indice reste en hausse de 60% depuis le premier janvier) et surtout que les logiciels progressent de 1,5%, ça c’est intéressant, j’y reviens.

Le SPX semble cappé par le bas de son canal baissier entamé en octobre 2023, son podium du jour se compose de la santé, de l’énergie et des utilities, les volumes d’échanges du jour sont stables, le breadth déplorable, sous la surface ce marché semble de plus fragilisé. La volatilité reste faible, le VIX évolue à 18, il n’y a pas grand-chose à dire sur cette séance de prise de conscience au ralenti, l’opportunité de nous pencher sur le secteur des logiciels, qui remonte le courant d’un marché manifestement fatigué.

Les investisseurs reviennent dans dans les valeurs «software» depuis trois séances, ils commencent à revoir leur perception de l’intelligence artificielle et de son impact sur les éditeurs de logiciels SaaS («Software as a Service»), un modèle basé sur des abonnements cloud récurrents permettant aux entreprises d’utiliser leurs logiciels via internet. Jusqu’ici, beaucoup craignaient que les agents IA remplacent une partie de ces applications traditionnelles, mais plusieurs analystes estiment désormais que des sociétés comme ServiceNow pourraient au contraire devenir des plateformes centrales permettant d’orchestrer et d’intégrer ces agents IA dans les entreprises. Ce changement de narratif provoque un fort rebond du secteur, avec des hausses marquées sur ServiceNow, Salesforce, Workday, Datadog ou CrowdStrike. Le mouvement est aussi alimenté par une rotation sectorielle : après des mois d’euphorie sur les semi-conducteurs et les infrastructures IA, certains investisseurs prennent leurs bénéfices sur les fabricants de puces pour revenir vers des logiciels dont les valorisations se sont fortement détendues cette année. Les marchés réalisent également que même avec l’IA, les entreprises auront toujours besoin de logiciels complexes pour gérer la sécurité, la conformité, les workflows et l’intégration des données, ce qui redonne de la visibilité au secteur, en particulier dans la cybersécurité considérée comme relativement défensive dans le contexte géopolitique actuel.

Le dollar poursuit son redressement, la paire EUR/USD traite ce matin à 1,1598, elle a cassé sa moyenne mobile à 50 jours, un tapis rouge technique est en train d’être installé pour lui ouvrir la voie vers la zone 1,1411 – 1,1400. Côté Fed Funds, on prédit désormais 80% de probabilités que la Fed remonte son taux directeur au moins une fois de 0,25% cette année encore. L’or fond comme neige au soleil, momentanément vaincu par force du billet vert et le rebond des rendements obligataires, l’once recule à 4480 dollars, sa 200 jours l’attend à 4359 dollars.

Le rendement du 10 ans US traite à 4,65%, il a cassé sa tendance baissière entamée en octobre 2023 et regarde désormais 5%. Le 2 ans est à 4,11%, il s’attaque au bas de son propre canal baissier, si cela casse, ensuite 5% deviendra théoriquement possible. Sur le 30 ans, actuellement à 5,17%, on est déjà au top d’octobre 2023, prochaine résistance 5,74%.

Au menu macroéconomique de ce mercredi, les investisseurs suivront à 16h15 le discours de Michael Barr afin d’évaluer le ton de la Fed face à la remontée des taux et aux craintes persistantes d’inflation, avant la publication à 16h30 des stocks hebdomadaires de pétrole brut de l’EIA, particulièrement surveillés dans le contexte des tensions géopolitiques autour de l’Iran et du détroit d’Ormuz. La séance se conclura à 20h00 avec les minutes de la dernière réunion du FOMC, que les marchés analyseront minutieusement à la recherche d’éventuels signaux plus restrictifs de la banque centrale américaine.

Du côté européen, Nestlé se retrouve sous pression après des inspections surprises menées en France chez sa filiale Nestlé Waters, tandis que le groupe est également visé par de nouvelles accusations médiatiques concernant la gestion du rappel de lait infantile contaminé. Ryanair avertit de son côté qu’un nouveau choc énergétique pourrait fragiliser plusieurs compagnies aériennes européennes. Enel lance un emprunt obligataire de 2,5 milliards d’euros, alors que le groupe franco allemand KNDS envisagerait de céder une partie de sa participation dans Renk selon Bloomberg. Parmi les principales publications attendues figurent Experian, Roivant Sciences, CSG N.V., Elia Group et Orkla. Aux Etats-Unis, Google dévoile ses nouvelles lunettes connectées attendues cet automne ainsi que son agent IA Spark, tandis que Meta Platforms ouvre WhatsApp aux chatbots IA concurrents en Europe. Northrop Grumman décroche un contrat de maintenance radar de 697 millions de dollars auprès du corps des Marines américains. Les marchés attendent surtout les résultats de Nvidia, Analog Devices, The TJX Companies, Lowe's, Progressive, Intuit et Target. En Asie enfin, les négociations salariales échouent une nouvelle fois chez Samsung Electronics, ravivant le risque de grève, tandis que KKR cède sa participation dans le fournisseur japonais d’équipements pour semi conducteurs Kokusai Electric.

Cette nuit et ce matin en Asie, les indices traitent en baisse. Tokyo recule de 1,23% à la cloche, Hong Kong perd 0,64%, Shanghai 0,18% et Séoul 0,86%. Le Nifty50 égare 0,1%, le future SPX grappille 0,1% et l’Europe traite en léger repli dans les premiers échanges.

Tout le monde sur le pont à 22h20 pour le bouquet final de la saison 1 des résultats trimestriels d’entreprise, Nvidia nous dit tout à ce moment-là.

Mais avant tout, GO Stan!

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