Wall Street ne sera pas restée bien longtemps sur Mars, la planète rouge n’était manifestement qu’un camp de base. Décollage en grande pompe pour Xandar hier dans une joie et une bonne humeur contagieuses, le marché dans son ensemble semble du voyage, mars 2000 si tu nous regardes…
Les indices étaient déjà en mode records historiques, hier une simple annonce suffit à les rendre complètement dingues, un accord entre les Etats-Unis et l’Iran semble sur le point d’être conclu, les belligérants n’auraient jamais été aussi proches de s’entendre, il n’en faut pas plus au baril de pétrole WTI, qui évoluait en mode WTF, pour nous réaliser une superbe Jacques Mayol. Le cours de l’or noir dégringole, le WTI passe de 107,46 dollars le baril à un bas de 88,66 dollars, pour se stabiliser par la suite à 94,61 dollars. La suite était prévisible, détente générale sur les parquets de trading, à tous les niveaux, le FOMO (Fear Of Missing Out) monte encore d’un cran (était-ce possible?), l’engouement autour de l’IA semble hors de contrôle, en parallèle la saison des résultats de sociétés au premier trimestre se passe vraiment bien dans son ensemble, le train des taureaux est lancé à mille à l’heure, plongeon dans la séance de trading de ce mercredi.
En parlant d’un marché complètement dingue, je ne grossis pas le trait. Une fois n’est pas coutume commençons par l’indice SOX des semi-conducteurs, qui s’envole hier de 4,48% supplémentaires et a désormais progressé de 61% depuis le 30 mars. Le SOX évolue en territoire nettement suracheté depuis le 10 avril soit près d’un mois, dans l’indifférence générale. En regardant cela de plus près, on constate que certains de ses membres se sont quelque peu «emballés» depuis le 30 mars, Intel par exemple qui progresse de 174% sur la période et traite désormais à un price/earnings ratio de 103 à l’horizon décembre 2026. Advanced Micro (AMD) gagne plus de 100% pour sa part, hier elle décolle de 18,6% après ses trimestriels. La pire performance de tous les membres du SOX sur cette période est réalisée par la société Coherent Corp, qui progresse d’un misérable 41%, on croit rêver…
Ce phénomène n’échappe pas à Barron’s, qui estime que l’euphorie actuelle autour des semi-conducteurs et de l’intelligence artificielle commence à rappeler les excès de la bulle technologique de 2000. L’indice SOX vient d’enregistrer sa meilleure performance sur 25 séances depuis cette époque, portée par les investissements massifs des hyperscalers et des centres de données dans l’IA. Au-delà de Nvidia, des sociétés comme Micron, Marvell, Astera Labs ou Credo Technology flambent également, certaines actions ayant quasiment doublé en quelques semaines. Le magazine souligne toutefois que les valorisations deviennent très élevées et intègrent un scénario presque parfait de croissance continue. Même si la demande liée à l’IA paraît aujourd’hui bien plus tangible qu’en 2000, Barron’s avertit que le moindre ralentissement des dépenses ou la moindre déception sur les résultats pourrait provoquer des corrections brutales.
L’indice S&P500 (SPX) réalise un énième plus haut de tous les temps à la cloche, il évolue en territoire suracheté, tout le monde s’en fiche, en revanche bonne nouvelle technique, une golden cross est en vue. Le Nasdaq100 (NDX) est aussi au firmament de sa vie, très nettement en territoire de surchauffe, là encore la caravane passe… Le podium du jour du SPX se compose des industrielles, de la tech et des services de communication. Seul secteur à reculer hier, l’énergie qui chute sans surprise de 4%. On notera que le SPW (S&P500 équipondéré) progresse de 0,83% contre +1,46% au SPX, les géants de la tech sont manifestement à nouveau aux manettes, le reste tente de suivre le rythme tant bien que mal.
Tiens! Le VIX ne baisse pas hier, c’est à noter et cela nous indique que tout le monde n’a pas baissé sa garde, on commence à acheter de la protection, en revanche sur la tech c’est une ruée générale qui se produit, les volumes d’échanges sur ce secteur d’hier sont 40% au-dessus de la moyenne. Les investisseurs se ruent agressivement sur les valeurs technologiques liées aux semi-conducteurs, aussi bien du côté des fonds traditionnels que des hedge funds, même si ces achats sont financés par des ventes dans d’autres segments technologiques comme les logiciels, internet ou les télécoms. Les fonds traditionnels achètent actuellement beaucoup plus que les hedge funds, dans des proportions rarement observées ces dernières semaines, les gérants étant contraints de se repositionner rapidement pour ne pas manquer le mouvement.
Barron’s explique que les prix du pétrole chutent brutalement après des déclarations de Donald Trump laissant espérer un accord imminent entre les États-Unis et l’Iran pour mettre fin aux tensions autour du détroit d’Ormuz. Les marchés espèrent qu’une désescalade permettrait progressivement de rétablir les flux pétroliers dans la région. Trump affirme que les discussions des dernières 48 heures sont constructives et évoque même une possible réouverture du détroit «à tous» si Téhéran accepte les conditions américaines. Les esprits taquins feront remarquer que, malgré cette forte baisse, le marché pétrolier reste extrêmement tendu: les infrastructures énergétiques ont été endommagées, les stocks mondiaux se sont réduits et le trafic maritime dans la région demeure perturbé. Plusieurs analystes estiment ainsi que même en cas d’accord, le pétrole pourrait rester durablement au-dessus de 100 dollars le baril car il faudra des mois pour normaliser complètement les exportations et la logistique énergétique au Moyen-Orient.
Apple retrouve ses sommets historiques en bourse après plusieurs mois difficiles, l’action ayant signé son premier record de clôture depuis décembre 2025 grâce à des résultats meilleurs que prévu et des perspectives rassurantes. Les investisseurs accueillent aussi favorablement la future transition entre Tim Cook et John Ternus, perçu comme un successeur crédible. Mais selon Barron’s, le véritable test arrive en juin lors de la WWDC, où Apple devra convaincre Wall Street qu’il peut réellement revenir dans la course à l’intelligence artificielle. Deux ans après la présentation d’Apple Intelligence, le marché attend toujours un Siri dopé à l’IA et des fonctionnalités capables de rivaliser avec la concurrence.
La saison des résultats trimestriels continue de soutenir Wall Street avec une nouvelle vague de publications globalement très solides. Parmi les sociétés bien accueillies figurent notamment AMD, Disney, Uber, CVS Health ou encore Super Micro Computer, tandis que des titres comme Arista Networks, Corpay, Astera Labs ou Skyworks Solutions sont sanctionnés. Globalement, la saison reste impressionnante: près de 80% des sociétés du S&P500 ont publié leurs chiffres, avec une croissance bénéficiaire agrégée proche de 26%. Environ 85% des entreprises battent les attentes des analystes et les bénéfices dépassent les estimations d’environ 19.5% en moyenne, ce qui montre que les anticipations du marché étaient encore trop prudentes. En parallèle, le thème de l’intelligence artificielle continue de dominer le narratif technologique: selon The Information, Anthropic s’engage à dépenser 200 milliards de dollars sur cinq ans dans le cloud de Google Cloud, tout en réservant également environ 300 mégawatts de puissance informatique dans un centre de données lié à SpaceX au Tennessee. Le Financial Times indique aussi que Meta prépare un assistant IA avancé destiné au grand public. Enfin, Corning bondit en bourse après l’annonce d’un partenariat avec NVIDIA, preuve supplémentaire que tout l’écosystème lié aux infrastructures IA reste au centre de l’attention des investisseurs.
Les statistiques macroéconomiques américaines publiées hier montrent une économie qui ralentit progressivement mais reste encore relativement solide. Le rapport ADP sur l’emploi privé ressort à 109’000 créations de postes en avril, légèrement au-dessus des attentes du marché (99’000) et au plus haut niveau depuis janvier, ce qui suggère que le marché du travail tient encore malgré le ralentissement économique. La croissance des salaires des employés qui restent dans leur entreprise ralentit toutefois à 4,4% sur un an, signe que les tensions salariales se détendent un peu, tandis que les personnes changeant d’emploi continuent d’obtenir des hausses importantes (+6,6%). Plusieurs responsables de la Fed restent prudents: Musalem estime que la politique monétaire est encore légèrement accommodante et pourrait devoir rester restrictive pendant un certain temps, tandis que Goolsbee avertit qu’une hausse des revenus et de la productivité pourrait relancer la consommation et donc l’inflation.
La séance macro de ce jeudi sera principalement rythmée par plusieurs indicateurs économiques et interventions de banquiers centraux. En Europe, les investisseurs surveilleront d’abord le taux de chômage en Suisse à 09h00, puis les ventes au détail de la Zone Euro à 11h00, un indicateur important pour évaluer la solidité de la consommation des ménages européens. Aux États-Unis, l’attention se portera à 14h30 sur les inscriptions hebdomadaires au chômage, qui permettent de prendre le pouls du marché du travail américain et d’anticiper les prochaines décisions de la Fed. En soirée, les marchés écouteront également les discours de deux responsables de la Réserve fédérale, Hammack à 20h05 puis Williams à 21h30, afin de détecter d’éventuels indices sur l’évolution future des taux d’intérêt américains.
L’actualité des entreprises reste dominée par les thèmes de la défense, de la santé et de l’intelligence artificielle. Rheinmetall envisagerait une offre de 12 milliards d’euros pour reprendre le programme allemand de frégates, illustrant la montée en puissance du secteur de la défense en Europe. Dans la santé, Roche poursuit son développement dans l’intelligence artificielle appliquée au diagnostic médical avec le rachat de l’américain PathAI pour un montant pouvant atteindre 1 milliard de dollars. Aux États-Unis, le traitement contre le diabète Mounjaro d’Eli Lilly devient le médicament le plus vendu au monde, dépassant le célèbre Keytruda de Merck, ce qui confirme l’explosion du marché des traitements liés à l’obésité et au diabète. Enfin, au Japon, SoftBank bondit de 18% en bourse et entraîne dans son sillage l’ensemble des valeurs liées à l’IA, les investisseurs continuant de parier massivement sur ce thème.
Cette nuit et ce matin en Asie, les indices traitent en nette hausse. Tokyo progresse de 5,58% à la cloche, Hong Kong gagne 1,58%, Shanghai 0,39%, Séoul avance de 1,43% et le Nifty50 grappille 0,12%. Le future SPX évolue en très légère hausse, le rendement du 10 ans US s’est détendu à 4,33%, la paire EUR/USD cote 1,1746 et l’or remonte à 4736 dollars l’once (#VIX).
Houston, tout va bien?