Escalade des conflits en 2026 avec la Russie et la Chine

Emmanuel Garessus

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La surperformance européenne se poursuivra ces 3 à 5 prochaines années pour des raisons géopolitiques, économiques et financières, selon Beat Wittmann, de Porta Advisors.

Beat Wittmann, président et cofondateur de Porta Advisors, avait correctement prévu une surperformance des actions européennes cette année, par rapport aux titres américains. Et notamment des valeurs de défense. En cette fin d’année, il accorder une interview à Allnews et présente ses perspectives de marché pour 2026:

Prévoyez-vous une prolongation des tendances boursières actuelles en 2026?

Les marchés financiers sont sensibles non seulement aux attentes concernant l’économie et les bénéfices mais aussi aux liquidités, au sentiment des investisseurs ainsi qu’aux facteurs géopolitiques. Sur ce dernier point, la politique menée par Donald Trump correspond aux attentes dans la mesure où le président américain est aussi imprévisible que prévu. Je ne prends pas beaucoup de temps à réfléchir à sa politique nationaliste et protectionniste. L’ordre économique qu’il privilégie est basé sur la force et sur des «deals». Il ne changera pas en 2026. Les cycles géopolitiques, économiques et financiers devraient se prolonger.

L’année prochaine, la hausse des marchés sera portée sur la technologie et la finance. Comme la performance est très concentrée, il en résultera davantage de disruptions et de volatilité.

Aux Etats-Unis, les marchés seront soutenus par une politique budgétaire et monétaire encore expansive. La Fed dispose d’une marge de manoeuvre importante pour baisser les taux ou pour réagir à une crise. Enfin, les Etats-Unis sont déterminés à déréguler davantage le secteur bancaire et financier.

Existe-t-il un risque de baisse de 50% en lien avec la valorisation de la technologie?

Non, je ne m’attends pas une chute des cours de 50%. Les gains boursiers américains sont assez largement répartis et la hausse des bénéfices est très forte dans la technologie. L’emploi est en train de ralentir, mais il est assez stable, notamment à la suite d’une émigration nette. Cette politique conduit à une stabilisation du marché de l’emploi américain, mais ses effets seront désastreux à long terme. Si une crise survenait, la Fed serait capable d’intervenir et de baisser les taux.

«L’année prochaine, la hausse des marchés sera portée sur la technologie et la finance.»

Nous entrons dans une nouvelle phase du cycle boursier qui évoque le livre de Charles Kindleberger «Manias, Panics and Crashes» (1978). Dans ce cadre, les Etats-Unis restent le marché dominant. Ils sont dirigés par un président nationaliste qui ne respecte pas les règles ou les change à sa guise. Seule la Chine est capable de faire pression sur le Etats-Unis.

Que proposez-vous à l’investisseur qui suit l’indice MSCI monde, avec sa pondération de 69% en titres américains?

C’est une question centrale pour l’investisseur privé et institutionnel. Depuis la sortie de la crise financière de 2008, le marché américain surperforme le reste du monde pour d’excellentes raisons. Avec Donald Trump, les Etats-Unis entrent dans une nouvelle phase marquée par une moindre coopération internationale et un état de droit affaibli. La fragmentation en trois zones (Amérique, Europe, Asie) se poursuivra ces 3 à 5 prochaines années et elle modifiera profondément les chaînes d’approvisionnement, les échanges commerciaux et les marchés des capitaux.

La surperformance européenne se poursuivra ces 3 à 5 prochaines années pour des raisons géopolitiques, économiques et financières. Au début de cette année, j’étais l’un des rares à prévoir une surperformance européenne par rapport aux Etats-Unis. Même le rendement du marché allemand surperforme en euros. La Pologne, d’où je reviens, a gagné 50%, soit très loin devant les 15% de l’indice S&P 500.

Au début de l’année, la grande majorité des stratégistes pensait que l’exceptionnalisme américain se traduirait par une meilleure performance des Etats-Unis sous l’effet de Trump.

En tant qu’investisseur suisse ou européen, investissez en Europe et vous continuerez de surperformer le marché américain pour des raisons fondamentales.

La valorisation des actions européennes est avantageuse et offre une très bonne marge de sécurité. Pourtant les flux de capitaux n’ont guère changé. En 2025, les investisseurs ont commencé à se couvrir contre un risque de baisse du dollar mais ils ne sont pas vraiment sortir des actifs américains.

Assistera-t-on à un découplage de l’Europe?

Oui, le découplage de l’Europe a déjà été observé cette année sous l’effet du programme d’investissement en défense et en infrastructures dans le but d’une stratégie plus autonome et il se poursuivra. Ses effets économiques sont positifs puisque les investissements en infrastructures présentent des effets positifs pour les entreprises, l’emploi et le développement technologique.

Qu’attendez-vous de la géopolitique, en particulier à l’égard de l’Ukraine?

Sur le plan géopolitique, en particulier à l’égard de l’Ukraine, chacun s’aperçoit que les Etats-Unis ne financent pas la défense de l’Ukraine. Ce sont les Européens qui paient et achètent les armes américaines qui sont fournies à l’Ukraine. Dorénavant, les Allemands, Français, Italiens, Polonais devraient acheter des produits de défense de leur propre pays pour les envoyer en Ukraine. Les montants qui seront investis seront énormes et profiteront à l’industrie européenne.

La Commission européenne a réduit sa prévision de croissance pour la zone euro à 1,2% en 2026 et, chaque jour, les nouvelles concernant les grands groupes allemands, de l’automobile à la chimie, ne sont-elles pas mauvaises?

Je préfère acheter lorsque les nouvelles sont mauvaises. Si mes amis allemands devenaient «bullish», je commencerais à vendre.

Pourquoi les produits allemands pourraient-ils devenir compétitifs face aux produits chinois?

Premièrement, ce type de comparaison est déjà dans les cours. Deuxièmement, l’Europe a deux problèmes à résoudre. Elle doit d’abord comprendre que les Etats-Unis ne sont plus fiables, en tout cas à l’ère de Trump. L’Europe doit donc investir dans sa défense, son industrie, son énergie, ses infrastructures, son espace et devenir indépendante des Etats-Unis. L’effort prendra des années. Ensuite, l’Europe subit un déficit commercial de 300 milliards d’euros avec la Chine. Cette situation est inacceptable, d’autant plus que la Chine soutient la Russie dans sa guerre en Ukraine. Je suis convaincu que l’UE prendra des mesures ces prochaines années pour réduire ce déficit.

«En Ukraine, l’escalade qui devait intervenir ces 6 à 9 prochains mois précédera un cessez-le-feu à la fin de l’année prochaine ou en 2027.»

Pour l’instant, la Chine peut continuer d’exporter en Europe et de soutenir la Russie, mais à un rythme moins soutenu qu’auparavant, au moment où elle transforme son économie au profit de la consommation et au détriment de l’investissement.

Quel est votre scénario avec la Russie ces prochains mois?

En 2026, je m’attends à une escalade des conflits géopolitiques tant avec la Chine qu’avec les Etats-Unis et en particulier à une escalade dans le conflit contre la Russie. En Ukraine, l’escalade qui devait intervenir ces 6 à 9 prochains mois précédera un cessez-le-feu à la fin de l’année prochaine ou en 2027. La seule solution pour l’Ukraine consiste à lancer des attaques de missiles contre les infrastructures critiques russes jusqu’à 1000 km à l’intérieur du pays. L’impact sera majeur sur la population russe et ses infrastructures énergétiques et militaires.

Il est aussi possible que la Russie teste l’article 5 de l’OTAN. Elle le fait aujourd’hui avec des drones et des incursions aériennes. Elle pourrait viser d’autres cibles dans les pays baltes.

Pourquoi les actions pourraient-elles continuer de monter malgré une escalade avec la Russie?

Je suis convaincu que les marchés monteraient en cas d’escalade avec la Russie en Europe parce que, du point de vue militaire, la Russie n’aurait aucune chance de s’imposer. Une escalade accélèrerait la fin des hostilités. N’oublions pas que le PIB russe n’est que le double de celui de la Suisse. Le seul problème de l’Europe tient à sa volonté politique.

La Russie ne serait par exemple pas capable de s’imposer si elle lançait une offensive contre la Pologne.

Est-ce que la Commission européenne mettra enfin en oeuvre le plan Draghi?

La Commission européenne n’a pas mis en oeuvre des points clés du rapport Draghi. Elle n’aurait implémenté que 10% des mesures. C’est une vraie déception. Elle devrait être à 30%. La première décision devrait consister à créer un marché unique des capitaux. Malheureusement, le protectionnisme national est immense et la pression n’est sans doute pas assez forte. Malgré ses lenteurs, le processus est en marche.

La bonne performance des bancaires européennes en 2025 traduit ces perspectives favorables, notamment l’effet de la normalisation des taux d’intérêt, des programmes d’investissement à venir et des perspectives de consolidation du marché bancaire.

Est-ce que l’UE va ériger des droits de douane contre les produits chinois?

L’année prochaine, je m’attends à une réduction naturelle de l’excédent commercial chinois par rapport à l’UE. Il ne faut pas nécessairement introduire des droits de douane supplémentaires. Des mesures non-tarifaires, par exemple des standards techniques, peuvent modifier les échanges bilatéraux et ont l’avantage d’être plus élégants que les droits de douane.

Il est inacceptable que la Chine finance la Russie.

Est-ce que les investissements dans les actions européennes de défense continueront de surperformer?

Oui. L’OTAN a annoncé que 5% du PIB sera investi dans la défense et les infrastructures militaires en 2035, dont 3,5% dans le militaire. L’Allemagne atteindra l’objectif des 3,5% en dépenses militaires par rapport au PIB dès 2029, soit six ans avant les autres. Au vu de ces montants, il faut s’attendre à ce que ces dépenses allemandes conduisent à des achats de produits locaux plutôt que français ou autres.

Rheinmetall, qui atteint déjà la taille de Lockheed Martin, investit par exemple dans des acquisitions navales et spatiales. D’ici 3 à 5 ans, ce champion de la défense allemande sera probablement deux fois plus grand qu’aujourd’hui. L’Europe comptera 4 à 5 grands groupes de défense d’un niveau semblable aux géants américains dans cinq ans. Après une forte hausse des sociétés cotées, la croissance viendra également dans les marchés privés.

A l’égard de quel secteur êtes-vous prudent?

La prudence s’impose à l’égard des marchés de crédit. Le levier est très élevé aux Etats-Unis dans la dette privée. Le taux de défaut devrait augmenter.

Mais je ne crois pas à une rotation sectorielle au profit de secteurs tels que l’énergie.

Les actions resteront la classe d’actifs préférée. Dans un contexte de perte de valeur du dollar, l’or reste aussi attractive.

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