Le premier semestre s'est achevé sur une note largement positive pour les marchés actions. Malgré les tensions géopolitiques, notamment le conflit entre Israël et l'Iran, les principaux indices ont poursuivi leur progression: le SMI gagne près de 7% depuis le début de l'année, tandis que le S&P500 affiche une hausse de plus de 9%. Derrière cette apparente sérénité se cache pourtant une réalité bien plus contrastée. Jamais, ou presque, l'écart entre les gagnants actuels du boom de l’intelligence artificiel et les autres n'a été aussi marqué.
La semaine du 20 au 27 juillet en a offert une parfaite illustration. Après la clôture des marchés mercredi, Alphabet, maison mère de Google, et Tesla ont publié des résultats jugés décevants par les investisseurs. La sanction a été immédiate: dès jeudi, Alphabet perdait près de 7% et Tesla plus de 14%. Dans leur sillage, une grande partie des valeurs technologiques liées à l'intelligence artificielle a fortement corrigé. Et pourtant, le S&P500 n'a reculé que d'environ 1,2% sur la séance. Pourquoi? Parce qu'au même moment, de nombreux secteurs plus traditionnels évoluaient dans la direction opposée. Les valeurs de la santé, de l'industrie ou encore de l'énergie terminaient la journée en hausse, compensant une partie des pertes de la technologie.
Les valeurs technologiques peuvent connaître des mouvements spectaculaires sans entraîner automatiquement l'ensemble du marché dans leur sillage.
Cette divergence illustre une économie qui avance aujourd'hui à deux vitesses. D'un côté, les géants de l'intelligence artificielle tels que Nvidia, Alphabet ou encore Micron, bénéficient d'une vague d'investissements sans précédent alimentée par la révolution de l'IA. De l'autre, la majorité des entreprises «traditionnelles» continue d'évoluer dans un environnement économique beaucoup plus classique, où les bénéfices progressent à un rythme nettement plus modéré.
Cette situation crée un phénomène relativement rare: les différents secteurs de la bourse évoluent de plus en plus indépendamment les uns des autres. Les valeurs technologiques peuvent connaître des mouvements spectaculaires sans entraîner automatiquement l'ensemble du marché dans leur sillage. Cette faible corrélation a également un effet inattendu sur la volatilité des indices. Le VIX, souvent qualifié de «baromètre de la peur» à Wall Street, évolue aujourd'hui sous les 20%, un niveau proche de sa moyenne historique. Pourtant, les plus grandes capitalisations technologiques affichent des volatilités individuelles de 50 à 60%, leurs cours variant quotidiennement deux à trois fois plus que l'indice lui-même. Le paradoxe s'explique simplement: le S&P500 ne mesure pas uniquement les variations des géants de la technologie, mais celles des 500 plus grandes entreprises américaines. Lorsque les valeurs technologiques chutent tandis que les secteurs de la santé, de l'industrie ou de l'énergie progressent, ces mouvements se compensent partiellement. Résultat: l'indice dans son ensemble apparaît relativement stable, même si certains de ses principaux composants connaissent des fluctuations extrêmes.
Un tel environnement reste inhabituel. Historiquement, voir les dix plus grandes capitalisations américaines afficher des niveaux de volatilité supérieurs à 50% est généralement le signe d'une crise majeure, comme lors de la crise financière de 2008 ou de la pandémie de Covid-19 en 2020. Aujourd'hui, cette volatilité ne traduit pas une récession imminente, mais l’incertitude qui entoure la révolution de l'intelligence artificielle.
Les investissements dans l'IA se chiffrent désormais en centaines de milliards de dollars, mais personne ne sait encore précisément quelles entreprises en seront les véritables gagnantes, à quelle vitesse ces investissements deviendront rentables, ni jusqu'où cette transformation bouleversera les modèles économiques existants. Chaque publication de résultats devient ainsi un véritable test pour les investisseurs, expliquant des réactions boursières parfois spectaculaires. Au-delà des performances globales des indices, c'est probablement cette fracture grandissante entre les valeurs liées à l'intelligence artificielle et le reste de la cote qui constitue aujourd'hui l'une des caractéristiques les plus marquantes des marchés financiers.