4% le niveau d’équilibre sur le 10 ans américain

Jacques Henry, SILEX

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Taux court terme, indicateurs économiques avancés et anticipations d’inflation pour prévoir les taux 10 ans.

 

La règle empirique communément admise est d’avoir des taux à 10 ans de la dette gouvernementale américaine proches de la croissance nominale du PIB américain. Cette relation empirique est visible depuis les années 1950, surtout en lissant la croissance nominale sur les 5 dernières années afin de gommer les effets de cycle. Néanmoins, la crise COVID et la résurgence d’inflation qui a suivi a eu tendance à amoindrir la pertinence de cette relation.

Une autre façon d’aborder le problème consiste à décomposer le taux 10 ans entre le taux réel, mesuré par les TIPS (i.e. les obligations indexées sur l’inflation), et le point mort d’inflation. Il existe alors une relation qui a été extrêmement stable sur la durée qui montre que le point mort d’inflation suit presque parfaitement les anticipations d’inflation à 5 ans dans 5 ans. Ainsi prévoir les taux à 10 ans revient à transposer le problème pour prévoir les taux réels. La croissance réelle du PIB semble être un bon candidat. Elle est très proche des taux réels depuis 2023 et une relation similaire prévalait avant la grande crise financière de 2008. Tout cela suggère que la politique monétaire de «taux zéro» au sortir de la Grande récession a pu engendrer ce changement de régime entre le taux réel et la croissance réelle du PIB.

Le principal facteur qui explique pourquoi les taux sont restés au-dessus de leur cible sur l’essentiel de 2025 se retrouve dans la prime de terme. 

Ainsi un bon compromis pour trouver la valeur d’équilibre des taux est alors de raisonner sur trois facteurs: les taux à deux ans, très impactés par la politique monétaire, les données d’ISM, qui viendront jouer les accélérations et décélérations de la croissance, et enfin le point mort d’inflation. Un tel modèle simple fournit des résultats plus qu’honorables et fonctionne bien sur les vingt dernières années. Il a en outre l’avantage de fonctionner également sur le marché européen. Ainsi, aujourd’hui la valeur d’équilibre des taux d’état à 10 ans se situe autour de 4% sur le marché américain et de 2,6% pour son homologue allemand, c’est-à-dire les taux à du mardi 14 octobre.

Tout ceci donne une impression de grande simplicité mais a tendance à faire oublier que depuis le début de l’année, le 10 ans américain a évolué entre 4% et 4,8%, avec une valeur moyenne de 4,3%. La volatilité et la prime de terme sont deux autres facteurs qu’il faut considérer pour prévoir les taux. En termes de volatilité, la volatilité implicite sur les obligations a considérablement baissé au cours du mois de septembre avant de rebondir en octobre et les nouvelles tensions commerciales. La volatilité suit avec retard l’inflation et a bénéficié de la chute des prix du pétrole brut en 2025. Néanmoins l’inflation sous-jacente, hors alimentaire et énergie, a plus de mal à baisser, ce qui ne devrait pas permettre à la volatilité taux de revenir durablement sur le régime avant COVID. A plus court terme, le «shutdown» américain ne permet pas non plus au marché d’avoir des statistiques qui font d’ordinaire bouger les taux.

Le principal facteur qui explique pourquoi les taux sont restés au-dessus de leur cible sur l’essentiel de 2025 se retrouve dans la prime de terme. Celle-ci a eu tendance à fortement remonter en 2025 ce qui s’explique surtout par la persistance d’un déficit budgétaire très élevé aux Etats-Unis. Pour l’instant et en l’absence de progrès notable sur ce terrain, les pressions haussières sur les taux n’ont pas totalement disparu. Ainsi on ne devrait pas rester durablement à la valeur d’équilibre de 4% sur les taux longs américains, ce niveau étant plutôt le niveau bas de son intervalle de variation.

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