L’Inde: une conviction d’investissement à long terme

Jacques Henry, SILEX

2 minutes de lecture

Le pays le plus peuplé du monde reste une histoire de croissance endogène, favorable à son marché actions, qui reste très largement domestique.

 

Pourquoi le marché actions indien a-t-il déçu ces derniers mois?

Si les marchés actions émergents se traitent avec une décote de valorisation par rapport aux marchés développés, ce n’est pas le cas de l’Inde. L’Inde est richement valorisée avec un ratio cours sur bénéfice attendu pour les 12 prochains mois aux environs de 21 fois, un niveau même légèrement supérieur à celui du S&P 500, indice phare du marché américain. Cette valorisation élevée s’est construite sur les trois dernières années alors que les investisseurs se réfugiaient sur le marché indien en raison de doutes sur l’économie et les actions chinoises. Cette logique de flux favorable à l’Inde s’est inversée au dernier trimestre 2024 avec l’annonce d’un plan de relance chinois aboutissant à un exode des investisseurs étrangers au profit de la Chine. En plus de la logique de flux, il faut reconnaitre que, tout au long de l’année 2024, les révisions de bénéfices pour l’exercice 2025 ont été défavorables. C’est seulement depuis le début de l’année que les attentes de profits se sont révélées plus résistantes.

Si l’histoire économique est alléchante, il faut toujours s’assurer que les marchés financiers et en particulier actions peuvent en bénéficier.

La devise a été un autre facteur défavorable. Comme la plupart des monnaies émergentes, la roupie indienne affiche une tendance à la dépréciation. En fin d’année dernière, la banque centrale indienne a même dû puiser dans ses réserves de changes en dollar pour la défendre. Beaucoup plus récemment ce sont les droits de douane qui ont inquiété. En effet, l’Inde présente un excédent commercial assez large vis-à-vis des Etats-Unis, de l’ordre de 45 milliards de dollars, en faisant une cible potentielle pour l‘administration Trump. D’autant que l’Inde protège son marché intérieur avec des droits de douane d’en moyenne 22%, un niveau bien supérieur à celui de la Chine.

Pourquoi le potentiel d’appréciation à long terme des actions indiennes reste-t-il intact?

L’Inde est désormais le pays le plus peuplé au monde devant la Chine avec plus de 1,4 milliard d’habitants. Ce pays réussit l’exploit d’être une grande démocratie. Si Narendra Modi est premier ministre depuis 2014, il a récemment perdu la majorité absolue et doit composer avec d’autres partis régionaux pour poursuivre ses réformes. L’Inde affiche l’une des croissances économiques les plus fortes au monde, avec des prévisions du FMI supérieures à 6,5%, un niveau remarquable pour un pays de cette envergure. Autre élément économique favorable: l’inflation est sous contrôle. Economie encore en cours d’industrialisation, le cœur de l’inflation indienne reste lié aux besoins de base, en particulier l’alimentation. La contribution à l’inflation des denrées alimentaires est redevenue négative en glissement mensuel ce qui laisse présager que l’inflation, qui est passée de 6% à 4%, pourrait poursuivre sa décrue et ainsi permettre un assouplissement de la politique monétaire de la banque centrale. Des taux plus bas devraient soutenir les secteurs de la construction et des infrastructures alors que les besoins du pays restent encore immenses. Concernant les devises la relative faiblesse du dollar depuis le début de l’année est un facteur favorable pour les actifs émergents en général et l’Inde en particulier.

Si l’histoire économique est alléchante, il faut toujours s’assurer que les marchés financiers et en particulier actions peuvent en bénéficier. Un élément particulièrement important pour le marché actions indien tient à ce que les ¾ des chiffres d’affaires des entreprises sont réalisés sur le marché domestique. Cela suggère que les chiffres d’affaires et donc les profits devraient continuer à croître en tendance. Un autre facteur positif provient du système de retraite. Certes, ce système ne couvre pas encore toute la population, mais il est dans l’esprit assez similaire au système suisse avec trois piliers: répartition, prévoyance collective en lien avec l’employeur et prévoyance individuelle. Ce mécanisme crée un flux naturel d’investissement vers les marchés financiers et en particulier actions indiennes. Ainsi, les sorties des investisseurs étrangers ont été largement compensées par le flux domestique et la montée en puissance des fonds de pension indiens devrait se poursuivre.

Un investisseur à long terme sur les actions émergentes ne devrait pas faire l’impasse sur l’Inde.

A lire aussi...