Plutôt l’Asie que des espoirs excessifs dans la Tech américaine

Emmanuel Garessus

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L’allocation asiatique devrait être accrue dans les portefeuilles, et cela ailleurs que dans l’IA, selon Carsten Roemheld, de Fidelity. Les thèmes de 2026 s’écarteront de ceux de 2025.


Après un mois de septembre très favorable aux marchés financiers, soutenus par les promesses de baisses de taux de la Fed et une conjoncture globale résiliente, l’incertitude gagne l’investisseur. Le ralentissement américain sera-t-il plus prononcé? Un accord surviendra-t-i entre les Etats-Unis et la Chine? Dans cet environnement, Carsten Roemheld, stratégiste auprès de Fidelity International, répond aux questions d’Allnews:

Les bénéfices trimestriels sont au centre des débats actuellement. Comment vous situez-vous à ce sujet?

Je peine à partager l’optimisme actuel des investisseurs tel que je l’observe à travers les attentes de croissance bénéficiaire aux Etats-Unis pour 2026. Elles prévoient une augmentation de 12 à 13%, surtout grâce à la technologie. Est-ce bien réaliste dans le contexte des droits de douane et d’une réduction des importations américaines? De nouvelles hausses de tarifs viennent de s’ajouter sur les médicaments et les camions. Les groupes technologiques américains ont négocié des accords avec le gouvernement, mais ils dépendent de produits en amont. Un doute s’installe donc sur les perspectives pour l’année prochaine. La croissance américaine est d’ailleurs en train de faiblir, avec une hausse modérée du PIB de 1,5% en 2025 et en 2026. Tous les espoirs se concentrent sur l’intelligence artificielle (IA). Des montants considérables y sont investis et le seront à l’avenir sans que le marché ne semble craindre une réduction des perspectives de rendement.

«Le marché n’obtiendra les baisses de taux qu’il souhaite qu’à la condition d’une récession.»

Êtes-vous plus optimistes sur l’Europe et l’Asie?

La hausse de l’euro face au dollar pénalise les entreprises européennes exportatrices. La croissance économique est tout de même significative, notamment dans le Sud de l’Europe. L’Allemagne devrait profiter l’an prochain de ses plans de relance en matière d’infrastructure et d’innovation.  

Mais c’est pour l’Asie que je suis le plus optimiste. Les banques centrales y devraient réduire leurs taux, d’autant que l’inflation n’est pas préoccupante. Non seulement en Chine, mais en Asie du Sud-Est, les perspectives de croissance sont favorables. 

L’allocation asiatique devrait être accrue dans les portefeuilles. En termes de placements, nos attentes de rendement les plus favorables portent sur les pays émergents d’Asie.

Qu’adviendra-t-il de l’allocation américaine?

La dépréciation du dollar est problématique, si bien que l’allocation en actions américaines ne devrait plus atteindre 70% mais plutôt 50 ou 55%.

Une telle baisse suppose-t-elle une récession ou une crise immobilière aux Etats-Unis?

Les Etats-Unis avancent sur un chemin très étroit. L’économie profitera de baisses des taux d’intérêt, mais l’optimisme me paraît trop appuyé. Le marché n’obtiendra les baisses de taux qu’il souhaite qu’à la condition d’une récession. 

Et même si l’économie américaine réussissait son atterrissage en douceur, le dollar demeurerait un obstacle à l’intérêt des investisseurs. C’est pourquoi une réduction de l’allocation me paraît sensée. 

En tant qu’Européen, la baisse du billet a largement grignoté les gains boursiers en 2025. Tandis que les pressions se poursuivent sur la Fed pour baisser ses taux directeurs, la confiance envers la monnaie américaine diminuera encore. 

Je suis donc prudent sur le marché américain. Certes, je ne prévois pas de krach sur le secteur de l’IA, mais une normalisation des cours ne m’étonnerait pas.

«La dépréciation du dollar est problématique, si bien que l’allocation en actions américaines ne devrait plus atteindre 70% mais plutôt 50 ou 55%.»

Le gouvernement américain fera tout pour obtenir un bon résultat aux »Mid Terms». Une surchauffe n’est-elle pas le scénario le plus probable aux Etats-Unis?

Le gouvernement fera sans doute tout son possible pour que l’économie soit en forme. Il augmente les recettes fiscales à l’aide des droits de douane sur les importations et en même temps il tente de financer une réforme fiscale afin de réduire les impôts. 

La classe moyenne qui a élu Donald Trump dans l’espoir d’une limitation de la hausse des prix risque d’être déçue d’ici aux «Mid Terms». Jerome Powell quittera ses fonctions en mai, si bien qu’il restera peu de temps pour répondre aux voeux des électeurs.

Vous recommandez les marchés émergents d’Asie. Mais comment y investir sachant que là aussi c’est la tech qui pousse les indices à la hausse, tant à Hong Kong qu’à Taïwan ou en Corée?

Le thème de l’IA va certes persister, mais l’investisseur devrait se concentrer sur d’autres segments. En Corée du Sud, l’investisseur devrait profiter de réformes structurelles permettant d’accroître la rentabilité des entreprises, un peu comme au Japon. 

Des secteurs tels que les matériaux et les matières premières sont très intéressants dans les pays émergents. Ils sont particulièrement négligés par les investisseurs. Les investissements dans l’IA ont aussi besoin de matières premières, d’ailleurs comme l’industrie de la défense. Je pense aussi à l’énergie et aux infrastructures en passant par les terres rares et les métaux. 

La consommation n’est guère recherchée en Chine en ce moment en raison de la crise immobilière et du haut niveau d’épargne, mais ce thème redeviendra porteur ces prochaines années. Il reste à espérer que le gouvernement prenne des mesures de soutien. Pour l’instant, la croissance économique chinoise résulte avant tout des exportations. La consommation prendra le relais quand la confiance des ménages sera restaurée. Pour l’instant, l’effet de richesse est négatif en Chine. 

Si la Chine et les Etats-Unis aboutissent à un accord ces prochaines semaines, la confiance pourrait effectivement rebondir et les actions domestiques chinoises également. Il ne faut donc pas se limiter à l’IA.

La concurrence est si forte que 30 groupes se battent pour exporter des véhicules électriques et que le gouvernement intervient pour empêcher des baisses de prix. Comment sélectionner les opportunités?

Il est très difficile pour l’investisseur de sélectionner les perles en Chine. La concurrence est effectivement forte dans de nombreuses branches. Mais l’indice CSI 300, qui se concentre sur le marché domestique, est une piste intéressante pour investir dans des secteurs demeurés en retard. Ce sont eux qui profiteront des mesures attendues de la part du gouvernement.

Dans les matières premières, pensez-vous aux grands groupes comme Rio Tinto ou aux groupes pétroliers après la baisse du cours du brut?

Les énergies fossiles continueront de jouer un rôle majeur à l’avenir. La demande d’énergie sera considérable ces prochaines années pour répondre aux besoins de l’IA et aux projets d’infrastructures. La Chine n’a pas attendu. Elle a beaucoup investi dans l’énergie ces dernières années, à l’inverse des Etats-Unis et de l’Europe. Toutes les formes d’énergie seront nécessaires, y compris fossiles. Je pense aussi au cuivre, un métal absolument essentiel pour les infrastructures, ainsi que les terres rares. 

Concernant les grands groupes de matières premières, comme Rio Tinto ou BHP, je m’attends à la poursuite de la consolidation. 

Ces secteurs offrent aussi une bonne protection contre une hausse de l’inflation et ils sont sous-représentés dans les portefeuilles.

« Si la Chine et les Etats-Unis aboutissent à un accord ces prochaines semaines, la confiance pourrait effectivement rebondir et les actions domestiques chinoises également.»

Les thèmes d’investissement en 2026 seront-ils très différents de ceux de 2025?

Oui. Je peux très bien m’imaginer qu’une forme de désillusion s’installe à l’égard des hautes technologies et de l’IA, surtout si les prévisions bénéficiaires ne devaient pas se matérialiser. L’IA est nécessaire et conserve un bel avenir, mais les attentes de rendement seront-elles toujours satisfaites? Une accalmie me paraître sensée. 

Parmi les autres secteurs, en raison de la situation géopolitique des prochaines années, la défense et les infrastructures sont à privilégier.  

En Europe, non seulement la défense mais aussi les bancaires sont recherchées. Quelles en sont les perspectives?

Les bancaires profiteront d’une consolidation du marché en Europe et de la recherche de coopérations. La courbe de taux d’intérêt devrait être également un soutien. La BCE ne devrait pas diminuer ses taux d’intérêt ces 12 prochains mois. 

L’investisseur s’est souvent brûlé les doigts avec les bancaires, un secteur très cyclique. Mais la consolidation devrait lui permettre d’encore progresser.

L’or va-t-il grimper à 5000 dollars?

J’aime beaucoup l’or, mais il faut prendre en compte le chemin déjà parcouru. Les coûts de production se situent vers 1500 dollars l’once. L’écart est énorme avec le niveau du métal jaune. Je suppose que les capacités de production augmenteront à l’avenir. 

La hausse de l’or ne sera pas éternelle mais la demande est structurellement très forte et elle provient non seulement des petits investisseurs mais aussi de banques centrales qui ne tiennent pas à rester aussi dépendantes des Etats-Unis que par le passé. Cette demande n’est pas encore entièrement satisfaite. L’or est aussi un instrument de protection contre l’inflation et les dévaluations.

Prendriez-vous des profits dans la tech américaine ou dans l’or pour investir dans les émergents?

Je réduirais la part de l’IA et la haute technologie, au profit des émergents asiatiques, mais je ne diminuerais pas celle de l’or. Une allocation de 5% en or devrait perdurer.

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