Il va sans dire que la visibilité est faible et que les investisseurs ont de bonnes raisons de ne pas vouloir prendre de risques: guerres commerciales sans fin, ingérence de Trump au Canada ou au Brésil, indépendance de la Réserve Fédérale remise en question, incertitudes sur la façon dont le consommateur va réagir face à la perte de pouvoir d’achat avec les tarifs douaniers, incertitudes quant à la dynamique de créations d’emplois dans ce contexte, géopolitique complexe au moyen -orient, conflit en Ukraine qui s’éternise…. Cette liste des facteurs de risque n’est pas exhaustive et évolue de jour en jour… A cela s’ajoute la saisonnalité des marchés, avec les mois d’août et septembre historiquement moins performants. Enfin, l’échéance du 1er août concernant les tarifs réciproques de Donald Trump est une raison supplémentaire de vouloir passer un été au calme, investi en cash.
La plupart des investisseurs avec qui nous avons échangé au cours des dernières semaines s’attendent à des prises de bénéfices en août. Ils sont prudents face à la valorisation chère des marchés et au manque de visibilité mentionné ci-dessus. Mais les marchés sont malicieux. Quand tout le monde s’attend à un évènement de marché il ne se produit généralement pas. Et face aux facteurs de risque, il ne faut pas négliger les sources d’opportunités.
La saison des résultats commence très bien pour les entreprises du S&P 500, qui affichent des résultats bien au-dessus des attentes du consensus des analystes, surtout pour les banques et les valeurs de la consommation discrétionnaire. Les ventes au détail pour le mois de juin ont dépassé les attentes du consensus des économistes, suggérant que les consommateurs ont retrouvé un certain niveau de confiance. Ces derniers chiffres corroborent d’ailleurs le message du patron de Bank of America, Brian Moynihan, lors de la publication des résultats trimestriels en fin de semaine dernière. Selon lui, et on peut penser que son avis est plus qu’anecdotique, les consommateurs sont restés résilients, avec des dépenses élevées et une qualité des actifs saine. Message similaire de United et Delta Airlines, qui ont relevé leurs perspectives pour l’ensemble de l’année 2025. Ils signalent que les voyages aux États-Unis se redressent après l’adoption du plan budgétaire de Donald Trump, ainsi que les progrès dans les négociations tarifaires qui ont apaisé les inquiétudes des consommateurs.
En Europe, les facteurs d’opportunités sont plus difficiles à trouver. La France cherche à faire accepter l’austérité par ses citoyens et l’Allemagne reste dans une conjoncture compliquée. Les difficultés à négocier un accord commercial avec les Etats-Unis sont un point faible pour les valeurs globales (luxe, pharma, auto), qui pèsent dans les indices de la région. Mais l’adoption du plan de relance allemand et la renaissance de l’Europe du Sud (Grèce, Espagne, Italie, Portugal) sont des facteurs positifs à considérer. Mais il faut faire preuve de davantage de sélectivité sur le marché boursier européen face aux vents contraires.
Enfin, on note aussi des développements positifs en Chine, qui a réussi à trouver des compromis avec Donald Trump. Lex exportations vers la Chine de puces informatiques par Nvidia ont été l’objet de certaines exemptions et l’accès aux terres rares force l’administration US à adoucir le ton et chercher un accord commercial plus pérenne.
En conclusion, comment réconcilier les risques et les opportunités mentionnés ci-dessus? Dans notre portefeuille modèle multi-actifs, nous conservons une surpondération des actions mais ne sommes pas enclins à augmenter la prise de risque à court terme. Pour autant, il ne nous semble pas opportun d’être sous pondéré actions, alors que Trump donne davantage de gages aux optimistes, en veillant à ne pas causer de panique sur les marchés. En amont des élections de mi-mandat de novembre 2026, l’administration Trump doit désormais agir plus prudemment, au risque pour Trump de perdre sa majorité l’année prochaine s’il cause une récession ou une panique sur les marchés financiers, alors que les électeurs sont très sensibles à l’évolution du S&P 500.