Logiciels, biens de consommation et santé: les prochains gagnants de la bourse

Knut Hellandsvik, DNB Asset Management

5 minutes de lecture

Outre les logiciels et les biens de consommation, nous continuons de voir des opportunités se dessiner dans les banques et les services financiers.

Le premier semestre 2026 a été marqué par l’incertitude géopolitique, une forte hausse des investissements dans l’intelligence artificielle et d’importantes disparités entre les différents secteurs. Malgré cela, les actions ont une nouvelle fois constitué un placement favorable pour les investisseurs. Nous nous attendons à ce que cette tendance positive se poursuive jusqu’à la fin de l’année, même si le leadership du marché devrait s’étendre à un éventail plus large de secteurs. Aux côtés des précédents gagnants du secteur des semi-conducteurs, nous voyons des opportunités particulièrement dans les logiciels, les biens de consommation, la santé, ainsi que dans les banques et les services financiers.

Les investissements dans l’IA dépassent même les attentes les plus élevées

Au début de l’année, il était prévu que les principaux hyperscalers augmentent leurs investissements d’environ 40%. Après les résultats du premier trimestre, cette prévision a été relevée à 80%. Cela illustre le rythme auquel les data centers et les infrastructures associées sont actuellement déployés. Les fabricants de semi-conducteurs et de puces mémoire en sont les premiers bénéficiaires. L’indice Philadelphia Semiconductor Index (SOX) a progressé de 93% depuis le début de l’année. Dans le même temps, le secteur des logiciels a reculé de 14%. Pour les investisseurs, il était donc crucial de se positionner du bon côté de cette tendance exceptionnellement marquée.

Cependant, cette vague d’investissements va désormais bien au-delà de l’industrie des puces. Les nouveaux data centers nécessitent de l’électricité, des réseaux de transport de l’électricité, des systèmes de refroidissement, des câbles, des bâtiments et des terrains adaptés. La demande bénéficie donc de plus en plus aux fournisseurs d’énergie, aux entreprises d’infrastructure, aux groupes de construction et aux sociétés immobilières. Les entreprises de plus petite taille obtiennent également une part croissante des contrats. Les investissements dans l’IA contribuent ainsi à élargir la dynamique du marché boursier. Ce phénomène n’est plus exclusivement américain. D’autres régions lancent également d’importants programmes d’investissement. En Corée du Sud, par exemple, une initiative de dix ans vise à développer de nouveaux data centers et usines liés à l’IA, impliquant notamment Samsung et SK Hynix.

Les mouvements de cours illustrent toutefois également à quel point les attentes sont devenues élevées. Le cours de Samsung a progressé d’environ 400% en un an. SanDisk a gagné 780% depuis le début de l’année seulement. Dans un tel contexte, la moindre déception peut entraîner des réactions boursières importantes. Néanmoins, la situation actuelle ne peut être comparée à la bulle technologique de 1999. Samsung devrait afficher le bénéfice net le plus élevé au monde en 2026 tout en étant valorisé à seulement six fois ses bénéfices. A titre de comparaison, Cisco se négociait parfois à 170 fois ses bénéfices pendant la bulle Internet.

Des semi-conducteurs aux logiciels et aux biens de consommation

Après l’extrême volatilité observée au premier semestre, nous nous attendons à un leadership du marché plus largement réparti. Les sociétés de logiciels apparaissent particulièrement attractives après la baisse de leurs cours. Le secteur a nettement sous-performé alors même que l’intelligence artificielle devrait également permettre des gains significatifs de productivité et d’efficacité à long terme. Nous voyons également des opportunités dans le secteur de la consommation. Celui-ci a été l’un des plus faibles depuis le début de l’année et présente désormais des valorisations attractives. Plusieurs catalyseurs potentiels pourraient soutenir son redressement.

Le conflit avec l’Iran a entraîné une hausse des prix de l’énergie et, par conséquent, des pressions inflationnistes. Aux Etats-Unis, les prix de l’essence ont parfois augmenté jusqu’à 50%, ce qui représente une charge importante pour les ménages américains dépendants de leur véhicule. Si les prix du pétrole reculent à nouveau et que l’inflation se modère, le pouvoir d’achat des consommateurs pourrait s’améliorer.

Le marché anticipe actuellement une hausse de taux de 25 points de base de la Réserve fédérale américaine en 2026. Nous estimons toutefois qu’il existe une forte probabilité qu’une telle hausse ne soit pas nécessaire si les pressions inflationnistes diminuent. Un environnement plus favorable, caractérisé par des prix de l’énergie plus bas, une inflation plus modérée et des taux d’intérêt plus stables, pourrait permettre au secteur de la consommation d’opérer un retour significatif.

Le contexte politique à l’approche des élections de mi-mandat aux Etats-Unis pourrait également soutenir cette évolution. Il devient de plus en plus important pour le gouvernement américain de se recentrer sur les enjeux domestiques et les contraintes financières subies par la population.

La santé et les services financiers offrent également un potentiel intéressant

Outre les logiciels et les biens de consommation, nous continuons de voir des opportunités se dessiner dans les banques et les services financiers. Les valeurs financières figuraient déjà parmi les secteurs ayant relativement bien performé au premier semestre. Nous pensons qu’elles bénéficieront également d’un soutien supplémentaire au second semestre.

Le secteur de la santé devient lui aussi de plus en plus attractif. Il a été l’un des segments les plus faibles du marché jusqu’à présent, mais montre depuis plusieurs semaines les premiers signes d’un redressement. Dans le même temps, ses valorisations apparaissent attractives par rapport à la croissance attendue des bénéfices. Un catalyseur spécifique réside dans la prise en charge prévue de certains médicaments par Medicare aux Etats-Unis à compter du 1er juillet. Novo Nordisk et Eli Lilly pourraient notamment en bénéficier.

Par ailleurs, le secteur de la santé pourrait être l’un des principaux bénéficiaires à long terme de l’intelligence artificielle. Jensen Huang, PDG de Nvidia, a identifié la santé comme l’un des domaines où l’IA pourrait avoir un impact particulièrement important à l’avenir. La combinaison d’une valorisation relative faible, d’une croissance structurelle et de nouvelles opportunités technologiques suggère que le secteur retrouvera une place plus centrale dans l’intérêt des investisseurs au cours du second semestre.

L’Europe et les petites entreprises gagnent en importance

Cet élargissement du marché ne se limite pas aux secteurs. Le Russell 2000, indice regroupant les petites capitalisations américaines, a nettement surperformé le S&P 500 depuis le début de l’année. Nous observons une tendance similaire en Europe. Les actions européennes pourraient également bénéficier de la volonté croissante des investisseurs de mieux diversifier leurs portefeuilles. Après plusieurs années dominées par une poignée de grandes entreprises technologiques américaines, les capitaux se dirigent davantage vers d’autres régions, secteurs et tailles d’entreprises.

Le groupe des «Sept Magnifiques» a reculé d’environ 3 à 4% cette année. L’une des raisons est que certaines grandes entreprises technologiques réduisent leurs rachats d’actions afin d’investir davantage dans les infrastructures et l’intelligence artificielle. Dans certains cas, elles recourent même à des financements supplémentaires sous forme de dette ou d’émissions d’actions.

Cette évolution n’est pas fondamentalement négative. Au contraire, elle favorise une performance plus large du marché et réduit la dépendance des indices à un nombre limité de sociétés.

Les introductions en bourse n’ont pas encore pesé sur le marché

L’augmentation du nombre d’introductions en bourse importantes a également alimenté le débat sur une éventuelle surabondance d’actions nouvelles à absorber par le marché. Les chiffres ne confirment toutefois pas cette inquiétude à ce stade. Aux Etats-Unis, environ 100 IPO devraient avoir lieu en 2026, contre environ 250 en 2021 et près de 400 en 1999. Le volume estimé des IPO et augmentations de capital cette année atteint environ 700 milliards de dollars, soit près de 1% de la capitalisation totale du marché actions américain, un niveau conforme aux moyennes historiques.

Dans le même temps, les entreprises américaines devraient racheter pour plus de 1000 milliards de dollars de leurs propres actions en 2026. Globalement, davantage de capital continue donc d’être retiré du marché qu’il n’en est ajouté via de nouvelles émissions. L’introduction en bourse de SpaceX a également été bien accueillie jusqu’à présent. Après une forte hausse initiale du cours, nous avons réduit notre position puis en avons racheté une partie. SpaceX demeure toutefois une position relativement modeste dans nos portefeuilles. Une grande partie du potentiel de rendement se situe encore loin dans le futur et les variations de cours à court terme restent fortement influencées par le sentiment des investisseurs ainsi que par l’offre et la demande.

Les bénéfices redeviennent plus importants que l’expansion des valorisations

Les tensions géopolitiques continueront d’influencer les marchés financiers à l’avenir. Le monde évolue progressivement d’un modèle de mondialisation vers davantage de régionalisation. Les gouvernements et les entreprises cherchent à sécuriser leurs chaînes d’approvisionnement en matières premières, en énergie et en infrastructures critiques. Dans le même temps, les investissements dans la défense, la technologie et les data centers continuent d’augmenter.

Cette tendance accroît les besoins en capitaux et suggère que les taux d’intérêt pourraient rester durablement plus élevés que ce à quoi les investisseurs ont été habitués au cours des dernières décennies. La période d’environ trente ans caractérisée par une baisse généralisée des taux et de l’inflation semble avoir laissé place à une nouvelle ère.

Pour les investisseurs en actions, cela signifie qu’une part plus importante des rendements futurs devra provenir de la croissance réelle des bénéfices plutôt que de l’expansion des multiples de valorisation. C’est précisément ce que nous avons observé au premier semestre. Les cours boursiers ont principalement été soutenus par la progression des bénéfices des entreprises, tandis que les multiples de valorisation ont diminué dans de nombreux segments du marché.

Nous demeurons donc constructifs pour le second semestre. Les investissements massifs dans l’intelligence artificielle, l’énergie, les infrastructures et les chaînes d’approvisionnement régionales génèrent une dynamique économique qui dépasse largement les seuls gagnants historiques. Dans le même temps, les écarts importants de valorisation entre secteurs et entreprises créent des opportunités attractives pour les investisseurs actifs.

La condition essentielle reste toutefois la capacité des entreprises à préserver leurs marges et à concrétiser la croissance des bénéfices attendue. Les opportunités demeurent importantes, mais elles seront à l’avenir plus largement réparties et nécessiteront une sélection plus rigoureuse.

A lire aussi...