Batteries: le nouveau décrochage européen

Gérard Reber

3 minutes de lecture

Un an après la chute de Northvolt, l’industrie stratégique des batteries est plus que jamais dominée par la Chine. L’analyse de Stian Ueland chez DNB Asset Management.

 

Il y a un an, presque jour pour jour, l’Europe laissait sombrer le géant suédois Northvolt. Depuis ce naufrage retentissant, nombreux sont ceux qui s’interrogent sur l’opportunité qu’il y aurait eu à soutenir l’entreprise, notamment via des fonds européens. Dans un secteur pourtant de plus en plus stratégique, celui des batteries, un fossé se creuse entre les pays occidentaux et ceux d’Asie. Comme dans d’autres industries, la Chine s’impose désormais en position de leader, avec des groupes tels que CATL et BYD. Stian Ueland, gérant du fonds DNB Renewable Energy chez DNB Asset Management, revient sur cette domination et ses potentielles conséquences économiques à long terme. Entretien.

Suite à la disparition de Northvolt, comment se porte aujourd’hui la filière des batteries en Europe?

Le principal défi de la production européenne de batteries réside dans sa compétitivité, l’Europe restant en retrait par rapport aux producteurs asiatiques en matière de coûts, d’échelle et de savoir-faire. La majorité des usines de batteries en activité en Europe sont d’ailleurs détenues par des entreprises chinoises ou sud-coréennes. Parmi les acteurs européens disposant actuellement de capacités de production, on peut citer PowerCo, Verkor et ACC. Si leur part de marché mondiale est faible, ils ont un potentiel stratégique important pour l’Europe.

Ces quelques acteurs européens pourront-ils survivre à la domination chinoise?

Nous estimons que l’Europe peut encore être compétitive dans certains segments, tels que les cellules haut de gamme, la sécurisation de l’approvisionnement local, les marchés réglementés et les clients stratégiques. Il est toutefois peu probable qu’elle puisse rivaliser, à court terme, avec les leaders chinois sur le marché des batteries grand public.

Et qu’en est-il aux États-Unis?

Le marché américain des batteries est dominé par Panasonic et trois grandes entreprises sud-coréennes, qui travaillent parfois en partenariat avec des constructeurs automobiles américains. Le secteur a également traversé des périodes difficiles, les ambitions en matière de véhicules électriques – principal moteur de la demande – ayant notamment été revues à la baisse ces dernières années.

La Chine domine aujourd’hui le secteur des batteries. Les pays occidentaux en ont bien sûr pris conscience et s’efforcent de réduire leur dépendance à l’égard des produits chinois. 

Avec Tesla, Elon Musk envisage depuis longtemps de jouer un rôle sur ce marché…

Les efforts déployés par Tesla pour produire ses propres cellules de batterie se poursuivent, et il reste à déterminer l’envergure concrète. L’entreprise a en revanche rencontré un franc succès dans l’assemblage de batteries à partir de composants achetés auprès de tiers.

Aujourd’hui, la mainmise sur cette industrie se situe clairement en Asie, et plus spécifiquement en Chine. Ne sommes-nous pas en train de créer une nouvelle dépendance stratégique risquée, rappelant celles liées aux puces électroniques, aux terres rares ou aux médicaments (notamment durant la pandémie de Covid-19)?

La Chine domine aujourd’hui le secteur des batteries. Les pays occidentaux en ont bien sûr pris conscience et s’efforcent de réduire leur dépendance à l’égard des produits chinois. Les entreprises sud-coréennes sont bien positionnées pour tirer parti de cette diversification de l’approvisionnement. Cela dit, les champions chinois de la batterie, ainsi que leurs clients du secteur des véhicules électriques, semblent pour l’instant trop performants. Leurs produits sont à la fois plus avancés et moins coûteux que les solutions alternatives.

Actuellement, l’ensemble de la filière est dominé par deux géants: CATL et BYD. Quel est votre regard sur ces deux groupes, tant sur leur évolution récente en Bourse que sur leur avance sur des acteurs plus modestes comme CALB et Gotion (environ 5% de parts de marché chacun à l’échelle mondiale)?

Nous accordons une grande importance à ces deux entreprises, avec une pondération d’environ 3% dans notre fonds pour chacune d'elles. En revanche, nous ne sommes pas encore investis dans les outsiders tels que CALB et Gotion même si ce sont également des entreprises performantes.

Sur le long terme, CATL a-t-il les atouts pour continuer à dominer le marché?

L’entreprise dispose d’avantages concurrentiels réels et d’un leadership technologique que nous ne retrouvons tout simplement pas chez de nombreux autres acteurs chinois du secteur. CATL est le leader mondial du marché des cellules de batterie, avec des capacités de recherche et développement extrêmement solides. L’entreprise fait progresser la technologie et réduit les coûts grâce à des innovations chimiques constantes – un atout qui ne va pas de soi sur un marché qui connaît une croissance aussi rapide à l’échelle mondiale: en 2025, la croissance a atteint 40% en glissement annuel. CATL est structurellement très bien positionnée pour tirer un avantage disproportionné de cette dynamique.

Sur le plan purement boursier, quels groupes ont actuellement votre préférence, et pour quelles raisons?

Dans le segment des batteries, au-delà de CATL et BYD, notre fonds détient également le producteur de lithium Albemarle, ainsi que les fournisseurs américains de systèmes de stockage domestique Sunrun et Enphase. Outre la croissance prometteuse du marché dont elles bénéficient, nous estimons que ces entreprises présentent toutes des avantages concurrentiels appelés à se renforcer au fil du temps.

Pour revenir sur CATL, l’entreprise chinoise dispose des avantages liés à sa taille ainsi que d’un savoir-faire en matière de procédés, ce qui lui permet de rester à la pointe de la technologie des batteries et d’afficher les coûts unitaires les plus bas. Cela se traduit par un rendement du capital, des marges et une génération de trésorerie supérieurs à ceux de ses concurrents.

Le principal enjeu des batteries réside aujourd’hui dans leur dépendance au lithium-ion. Ce problème pourrait-il être résolu sur le plan technologique, notamment avec le sodium-ion?

Bien que nous estimions que de nouvelles compositions chimiques puissent trouver leur place dans certaines applications de stockage d’énergie, nous pensons que la technologie lithium-ion, ainsi que sa capacité de déploiement à grande échelle, sont trop avancées pour être véritablement remises en cause.

A lire aussi...