En quatre décennies, la gestion de fortune indépendante a connu en Suisse une transformation profonde, marquée par la structuration progressive d’un métier peu encadré à ses débuts. Lorsque l’Association Suisse des Gestionnaires de fortune | ASG voit le jour en 1986, la profession repose encore largement sur la confiance que les clients accordent à leur gestionnaire. L’ambition des pionniers de l’ASG était claire: créer un cadre de qualité fondé sur des règles professionnelles, un code de conduite et une forme d’autorégulation afin de protéger les clients et valoriser les acteurs sérieux.
Le premier tournant intervient en 2000 avec l’assujettissement des gestionnaires à la LBA et la décision de l’ASG de devenir un organisme d’autorégulation. Le nombre de membres augmente alors fortement, signe que le secteur souhaite s’organiser autour de standards exigeants. En effet, l’ASG étend sa surveillance à un code de conduite allant largement au‑delà des obligations légales de l’époque. Celles-ci sont reprises en grande partie dans les exigences réglementaires actuelles.
Les vingt années suivantes sont marquées par de nouveaux défis: mondialisation financière, abandon du secret bancaire, crise de 2008, nouveau cadre réglementaire, puis digitalisation accélérée. Contre toute attente, ces secousses ne fragilisent pas les petites structures et renforcent plutôt l’attrait pour leur modèle. L'indépendance, avec son architecture ouverte et sans conflits d'intérêts, est devenue une qualité très recherchée par les clients. La clientèle apprécie particulièrement les petites structures et leur suivi personnalisé: «Small is beautiful» est devenu son credo.
Malgré les changements profonds du paysage financier, les données compilées montrent une étonnante stabilité du secteur depuis plus d’une décennie: effectifs, actifs sous gestion et nombre de clients par société évoluent peu.
La dernière grande étape de structuration arrive en 2020 avec les lois LSFin et LEFin. La profession est enfin reconnue, placée sous surveillance prudentielle et le titre de gestionnaire de fortune est protégé. Ce cadre plus exigeant a paradoxalement permis de sécuriser l’avenir des petites entreprises, grâce à des règles proportionnées pour lesquelles l’ASG s’est fortement engagée auprès des autorités et du Parlement au moment de leur élaboration. Les statistiques démontrent d’ailleurs que la majorité des autorisations Finma ont été délivrées à des structures de moins de cinq collaborateurs, voire dans de nombreux cas même unipersonnelles.
Malgré les changements profonds du paysage financier, les données compilées montrent une étonnante stabilité du secteur depuis plus d’une décennie: effectifs, actifs sous gestion et nombre de clients par société évoluent peu. Loin des discours annonçant une consolidation du secteur, seule une vingtaine de fusions ont été observées ces dernières années, principalement entre grands acteurs. La mise en œuvre du nouveau cadre réglementaire n’a pas non plus eu d’effet sur le nombre de sociétés de gestion. Le tissu entrepreneurial reste dense, diversifié et fidèle à son ADN: indépendance, relation directe et taille volontairement réduite pour garantir un suivi personnalisé à chaque client.
Durant toute cette évolution, l’ASG a joué un rôle central, tant dans l’élaboration des lois que dans leur implémentation. Grâce à son expertise de terrain, elle a défendu une réglementation adaptée aux PME, tout en assurant la crédibilité internationale indispensable au métier. Ses positions, régulièrement discutées avec l'administration fédérale, la FINMA et les politiques, ont contribué à façonner un cadre équilibré, protecteur pour la clientèle et praticable pour les entreprises de gestion, en particulier les petites structures.
Alors que l’association célèbre ses 40 ans, la profession aborde l’avenir avec confiance. La demande demeure soutenue: plus de 230 nouvelles sociétés ont vu le jour depuis 2023, témoignant de l’intérêt pour le modèle indépendant. Quant aux nouvelles technologies, elles promettent d’offrir aux petites structures des capacités qui, jusqu’ici, n’étaient l’apanage que des grands instituts.
Désormais entièrement libérée de toute fonction de surveillance, l’ASG consacre l’ensemble de ses ressources à la défense et au soutien de ses membres. Elle s’est imposée comme l’une des associations les plus influentes de la place financière suisse: elle regroupe plus de la moitié des gestionnaires de fortune autorisés et est la principale association pour les gestionnaires de fortune collective. Outre son rôle de représentation, elle fournit le centre de compétences de la profession et propose à ses membres une offre complète: formation, support juridique, accompagnement réglementaire, cross-border, publications spécialisées, outils, événements ciblés. L’ASG organise annuellement plus de 100 événements rassemblant près de 22'000 participants et enregistre plus de 4000 participations à ses formations réglementaires.
En tant qu’association de branche, l’ASG continuera en 2026 de jouer un rôle clé dans la défense, la formation, le soutien et la mise en valeur de la profession. L’équipe de direction, avec sa nouvelle directrice Vivien Jain, poursuivra cette mission au service de ses membres.