L’Europe peut-elle raisonnablement se passer de gestion active?

Maxime Carmignac, Carmignac UK

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La montée en puissance de l’indexation en Europe n’est pas sans conséquence: elle pèse sur les rendements, le financement des entreprises et, plus largement, sur sa souveraineté financière.

© Keystone

 

Une gestion active clairement définie ne se contente pas d’offrir une surperformance nette de frais sur le long terme, elle analyse, compare et sélectionne. Elle oriente concrètement le capital vers les entreprises, participe directement à leur financement via les introductions en bourse et les augmentations de capital. L’Europe peut-elle renoncer à cette capacité de sélection et d’allocation du capital, au moment où la performance dépend précisément dans ces choix?

La montée en puissance de la gestion passive s’est affirmée à la faveur d’un récit simple et efficace: moins coûteuse, plus lisible, réputée difficile à battre.

Mais cette lecture, largement diffusée, a contribué à masquer une réalité plus structurante: celle du rôle irremplaçable de la gestion active au service de la performance, des entreprises et des épargnants européens.

L’étiquette «active» peut-être trompeuse

C’est pourtant bien ce qui se passe. Sous l’étiquette «active» coexistent des approches très différentes: certaines fondées sur la conviction, d’autres proches des indices, relevant en pratique d’une gestion benchmarkée. En agrégeant ces stratégies, l’industrie a entretenu l’idée que la gestion active échoue globalement à battre les indices. Or, lorsque l’on distingue ces approches, les conclusions changent. La gestion active véritable, réellement indépendante de son indice, est capable de générer de la surperformance nette de frais. L’Active Share, qui mesure le degré de différenciation d’un portefeuille par rapport à son indice de référence, met en évidence un seuil: au-delà d’environ 70%, la surperformance tend à se matérialiser avec près de +0,7% annualisé pour les fonds les plus différenciés. La question n’est donc pas de savoir si la gestion active surperforme, mais si l’on continue d’appeler «active» une gestion qui ne l’est pas.

Allocation du capital: le déplacement du pouvoir vers les Etats-Unis affaiblit le financement primaire de nos entreprises européennes
Au-delà de la performance, la manière dont l’épargne est allouée conditionne directement le financement des entreprises et la dynamique des marchés. Or, la gestion passive intervient peu dans les moments clés: introductions en bourse, augmentations de capital, émissions obligataires. À l’inverse, la gestion active sélectionne, finance, accompagne. Elle contribue à l’allocation efficace du capital, dynamise l’écosystème de marché - production d’analyse, découverte des prix, dialogue avec les entreprises. À mesure que l’investissement s’indexe, ces fonctions s’érodent. L’allocation devient plus mécanique, plus concentrée, et les risques évoluent: effets de foule, procyclicité accrue, fragilisation en cas de choc. Surtout, cette mutation est stratégique. Les stratégies passives sont contrôlées à plus de 80% par trois acteurs américains, orientant une part croissante des droits de vote de l’épargne européenne hors du continent. L’Europe épargne, mais finance de moins en moins ses propres entreprises. Ce déplacement du pouvoir d’allocation du capital affaiblit le financement primaire et renforce la dépendance extérieure. Peut-on piloter durablement une économie en favorisant son exode?

La transparence est indispensable

Si la gestion active est mise de côté, c’est surtout parce qu’elle est mal définie. Tant que coexistent, sous une même appellation, des stratégies réellement différenciées et des gestions benchmarkées, le débat restera biaisé.

Clarifier cette définition n’est pas technique: c’est une exigence de transparence. Cela suppose de distinguer clairement gestion active d’une gestion benchmarkée ou semi-passive, en s’appuyant sur des indicateurs comme l’Active Share ou la tracking error pour mesurer la différenciation réelle par rapport aux indices. Sans cette clarification, la gestion active restera sous-exploitée pour sa capacité à financer l’économie européenne.

L’Europe peut-elle se passer de gestion active? Peut-elle se passer d’un levier de performance différenciante, d’un outil de financement de son économie, et d’un instrument de souveraineté financière? La réponse est non. Encore faut-il lui redonner une définition claire. Car dans un monde où l’allocation du capital a toujours été un enjeu stratégique, la clarté n’est pas un luxe, elle est essentielle.

En effet, selon les données de Morningstar à fin juillet 2026, depuis le début de l’année les fonds obligataires actifs ont enregistré des souscriptions nettes de 132,2 milliards d’euros, contre 64,5 milliards d’euros pour les produits passifs.

Pour les actions, en revanche, la tendance est inverse: en Europe, les fonds actions passifs ont collecté 231 milliards d’euros, tandis que les fonds actions actifs ont enregistré des sorties nettes de 25 milliards d’euros.

Cette évolution divergente montre précisément que le débat entre gestion active et gestion passive ne saurait être abordé de manière générale.

 

Par les auteurs du rapport «La gestion active, levier de surperformance, de souveraineté financière européenne et de protection des épargnants». Maxime Carmignac, CEO Carmignac UK, Bertrand Merveille, Directeur Général BDL Capital Management, Anne-Sophie d’Andlau et Catherine Berjal co-fondatrices de CIAM, Philippe Lebeau, Président-Directeur Général de Comgest S.A, Marie Jacot, CEO Edmond de Rothschild AM France, Sidney Oury, cofondateur d’IVO Capital Partners et Romain Burnand, Président de Moneta Asset Management.

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