C’est aujourd’hui que la semaine boursière débute réellement. En l’absence de Wall Street, hier on joue pour du beurre, sauf sur le marché des changes où la vedette est désormais tenue par le yen, la monnaie nipponne semble partie pour la lune depuis l’entame de son deuxième rebond le 1er septembre. L’été météorologique se termine dans les faits ce soir, l’été boursier aussi touche à sa fin, les torpeurs estivales relèvent désormais du passé, le marché des actions effectue sa rentrée et le corps professoral n’a pas l’air commode. Christine Lagarde, Kevin Warsh et Kazuo Ueda semblent sur le point de serrer la vis monétaire, pour la BCE et la Banque du Japon le marché est convaincu que c’est dans les prix, quant à la Fed tout se jouera probablement ce vendredi après la publication de l’indice des prix à la consommation des Etats-Unis.
Après un été favorable, soutenu par d’excellents résultats d’entreprises et le retour des grandes valeurs technologiques près de leurs records, les marchés entrent dans une période plus incertaine. L’attention se détourne désormais des bénéfices pour se concentrer sur la Fed, l’inflation et les taux d’intérêt, trois facteurs susceptibles d’accroître la volatilité. Rappelons que septembre est historiquement le mois le plus difficile pour les actions américaines: le S&P500 (SPX) y recule en moyenne de 1,1%. La principale source d’incertitude concerne la décision de la Fed du 16 septembre. Depuis que son patron Kevin Warsh a renoncé à donner des indications précises sur l’évolution future des taux, les anticipations changent au gré des déclarations et des statistiques. Après son discours ferme du 28 août, la probabilité d’une hausse des taux est passée de 35% à 58%. Les propos plus conciliants de Christopher Waller l’ont ensuite ramenée autour de 50%, avant que la vigueur du rapport sur l’emploi ne la fasse remonter à environ 60%, un niveau intéressant mais qui ne reflète pas une conviction générale dans les salles de marché, les jeux ne sont donc pas faits à la Fed, or c’est elle et elle seule qui reste le principal phare du marché.
Le marché obligataire représente un autre vent contraire potentiel pour les actions. Les rendements ont récemment fortement progressé en raison de la hausse du pétrole, du déficit budgétaire américain et des nombreuses émissions obligataires des groupes technologiques. Des taux plus élevés rendent les obligations plus attractives face aux actions, réduisent la valeur actuelle des bénéfices futurs et renchérissent le financement des entreprises et des ménages. Les tensions au Moyen Orient aggravent également le risque inflationniste: le prix moyen du diesel américain a atteint un record de 5,85 dollars, contre 3,71 dollars un an auparavant. Tout cela nous ramène aussi au CPI de ce vendredi.
Les attentes élevées en termes de résultats de sociétés constituent enfin un défi supplémentaire. Après deux trimestres de bénéfices exceptionnels, de simples bons résultats ne suffisent plus à faire progresser les cours. Broadcom en offre une illustration : malgré des bénéfices plus que triplés et un chiffre d’affaires presque doublé, l’action a reculé le lendemain. Il n’y a toutefois pas lieu de céder à la déprime. L’économie américaine reste solide, le marché du travail résiste, les investissements dans l’intelligence artificielle soutiennent l’activité et les bénéfices des grandes entreprises progressent fortement. La volatilité demeure faible et les écarts de crédit ne signalent pas de crainte particulière de récession. Le marché semble donc moins menacé par une dégradation immédiate des fondamentaux que par une phase de transition durant laquelle la hausse des taux, l’inflation et des valorisations exigeantes pourraient rendre la progression des actions nettement plus irrégulière.
Résumons: le mandat dual de la Fed (plein emploi et stabilité des prix) est clairement atteint sur la partie emploi mais pas du tout sur la partie inflation. C’est dans ce contexte d’une sorte d’incertitude monétaire autour de la principale banque centrale au monde que le marché des actions effectue sa rentrée, il évolue près de ses plus hauts historiques, le thème de l’intelligence artificielle reste d’actualité mais ce sont les banques centrales qui vont désormais occuper le devant de la scène, accompagnées d’un dossier géopolitique qui envoie le cours du pétrole chaque jour ou presque un peu plus haut. En parallèle le Japon semble réussir dans sa tentative de défendre sa monnaie, ce qui à terme pourrait provoquer un effet papillon perceptible jusque dans nos montagnes helvétiques, le franc suisse faiblit depuis le début du mois de juin, la BNS reste colombe alors que toutes les principales banques centrales ou presque sont devenues faucon, en parallèle le yen semble désormais moins attractif pour pratiquer du carry trade (emprunter pas cher pour placer les fonds à un taux attractif), ce qui pourrait inciter aux adeptes de ce sport à se tourner vers notre monnaie pour ce faire, un facteur potentiel supplémentaire de pression vendeuse sur le franc.
Le pétrole s’envole. Le baril de WTI Light Crude remonte ce matin à 94,19$ alors que les investisseurs attendent des précisions sur un éventuel accord entre l’Iran et Oman concernant le détroit d’Ormuz, susceptible de renforcer le contrôle de Téhéran sur cette voie maritime stratégique. Le dollar et l’euro sont plutôt calmes, la paire cote 1,1615, sa moyenne mobile à 200 jours se situe actuellement à 1,1634, sa 100 jours à 1,1562. Le marché des options conserve un biais négatif sur l’euro, les investisseurs privilégiant les protections contre une baisse de la monnaie unique. La faible volatilité implicite montre toutefois qu’ils n’anticipent pas de grande surprise de la part de la BCE.
L’or se maintient à 4402 dollars l’once. Le métal jaune doit digérer la publication du rapport sur l’emploi américain plus solide que prévu, renforçant la probabilité d’une hausse des taux de la Fed lors de sa réunion des 15 et 16 septembre. Le repli actuel du dollar face au yen redonne toutefois de l’élan à la relique barbare. La demande des banques centrales reste également favorable: la Banque populaire de Chine a ajouté 650’000 onces à ses réserves en août, son achat mensuel le plus important depuis 2023 et son vingt-deuxième mois consécutif d’accumulation. L’argent, le platine et le palladium progressent également aujourd’hui, mais restent en baisse sur l’ensemble de l’année 2026.
La star du moment est indéniablement le yen. La monnaie japonaise est passée de 16,39 contre dollar au plus haut de la séance du 2 septembre à 153,83 ce matin, un mouvement violent, provoqué dans un premier temps par une intervention de la banque du Japon (BoJ), aidée par les Etats-Unis, puis par des déclenchements d’ordre stop-loss dès lors que la paire a traversé le niveau de 155, ce qui a contraint certains intervenants sur options à céder des dollars, accélérant le mouvement. La BoJ nous avait manifestement déjà fait le coup le 30 juillet, la paire évoluait alors à 163,74, joli coup donc, il n’est pas fréquent que le marché se laisse faire par une banque centrale. Ceci dit la décision de la BoJ sur ses taux est imminente (18 septembre), le marché s’attendant à presque 100% que le loyer de l’argent soit relevé de 0,25% à cette occasion, la force du yen vient probablement aussi de là. Westpac vise désormais la zone des 152, tandis que Goldman Sachs considère qu’une position acheteuse sur le yen constitue à nouveau une couverture intéressante pour les portefeuilles exposés aux actifs risqués. Le ministre japonais des Finances, Katayama, rappelle que les autorités veillent au bon fonctionnement du marché des changes, en coordination avec le secrétaire américain au Trésor Scott Bessent. La baisse de 87,8 milliards de dollars des titres étrangers détenus dans les réserves japonaises suggère par ailleurs que Tokyo a probablement vendu des Treasuries pour financer son soutien au yen. Enfin, les fonds de pension et assureurs mondiaux ne couvraient que 41% de leur exposition aux devises étrangères fin juin, le niveau le plus faible depuis au moins 2015, ce qui pourrait provoquer de nouvelles ventes de dollars si le sentiment de marché se détériore.
D’un point de vue technique, si l’on prend un peu de recul on constate que la tendance baissière à long terme du yen face au billet vert, entamée en janvier 2021 (la paire évoluait alors à 102,60) est actuellement remise en question, le niveau de résistance se situe dans la zone 154,50 – 154,00, si cela casse ensuite la moyenne mobile à 200 semaines pourraient être visées par les cambistes, elle évolue actuellement à 148,93.
Un des principaux indicateurs à suivre d’ici à la décision de la Fed est le rendement de l’emprunt US à 10 ans, qui remonte ce matin à 4,7980%. Le niveau de 4,80% constitue une résistance importante, si elle ne tient pas ensuite un tapis rouge techniques se déroulera instantanément jusqu’à 5,00%. Or ce qui importe au marché, au-delà du niveau du 10 ans, c’est la soudaineté avec laquelle ses mouvements se font, un élément à suivre de près.
Rien de bien consistant à se mettre sous la dent au menu macro-économique du jour.
Sandoz vise plus qu’un doublement de son chiffre d’affaires net entre 2025 et 2035, tandis que Novartis essuie un revers clinique dans le traitement des maladies neuromusculaires. Jaguar Land Rover, propriété de Tata Motors, confirme la suppression de 4000 emplois. Deutsche Bank règle à l’amiable un litige avec un ancien salarié impliqué dans l’affaire Monte dei Paschi. Dans l’intelligence artificielle, Firmus, soutenu financièrement par Nvidia, conclut avec OpenAI un accord portant sur des capacités de centres de données en Malaisie, alors qu’Anthropic renonce finalement à acquérir la jeune société Decart.
Cette nuit et ce matin en Asie, les indices traitent en baisse hormis Shanghai qui grappille 0,2%. Tokyo perd 1,7% à la cloche, Hong Kong égare 0,26%, Séoul recule de 0,58% et le Nifty50 abandonne 0,46%. Le future SPX recule un chouia, son compère du NDX fait l’inverse et l’Europe traite à l’équilibre dans les premiers échanges.