Christopher Waller: le poids des mots, le choc des propos.
Monsieur Waller est gouverneur de la Réserve fédérale et membre votant du FOMC, généralement considéré comme un faucon modéré (un partisan d’une certaine forme d’austérité monétaire donc). Il tient hier un discours plus nuancé que ne l’attend le marché, reconnaît que l’inflation reste nettement supérieure à l’objectif de 2% et que la politique monétaire ne freine que légèrement la demande. Il se dit donc prêt à soutenir une hausse si l’inflation d’août repart à la hausse. Mais son message central est plus accommodant: si la désinflation se poursuit, il est disposé à maintenir les taux inchangés en septembre et appelle à «donner une chance à la désinflation». Il estime notamment que les effets inflationnistes des droits de douane se sont largement diffusés et que la hausse de l’énergie ne contamine pas encore les autres prix. Sa décision dépendra donc surtout de l’inflation d’août, davantage que du rapport sur l’emploi de cet après-midi, car il juge le marché du travail stable.
La réaction du marché ne se fait pas attendre et pourrait presque étonner, mais Christopher Waller est perçu comme un faucon modéré, récemment devenu plus préoccupé par l’inflation. Lorsqu’un membre plutôt restrictif envisage le statu quo, son message a davantage de poids que s’il venait d’une colombe déjà acquise à cette position. Les investisseurs en déduisent que le soutien à une hausse au sein du FOMC est probablement moins solide qu’anticipé. La probabilité d’un relèvement en septembre recule ainsi de 63,2% à 52,4%, les rendements obligataires baissent et les actions progressent. Waller ne devient toutefois pas une colombe: il repousse surtout l’idée d’une hausse automatique en septembre, désormais conditionnée à une mauvaise surprise sur l’inflation d’août, tandis qu’un relèvement avant la fin de l’année reste largement anticipé. La prochaine publication de l’indice des prix à la consommation aux Etats-Unis aura lieu le 11 septembre.
La réaction des traders à ce discours confirme que le marché est particulièrement nerveux et sensible au sujet de la trajectoire des taux de la Fed. Une fois encore, la Réserve Fédérale des Etats-Unis reste le seul et unique phare de la quasi-totalité des classes d’actifs, le reste n’est que lampes de poche ou presque.
La détente généralisée provoquée par le discours de M. Waller permet aux actions de retrouver des couleurs. Le podium du jour du SPX se compose de la consommation discrétionnaire, des financières et des services de communication. Malgré la retenue remarquée du SOX (semi-conducteurs), Nvidia réalise une belle séance (NVDA +1,80%), pendant que SpaceX nous fait une SpaceX (SPCX +6,42%) et que Meta (META +3,01%) et Microsoft (MSFT +2,68%) apportent un concours certain à l’effort acheteur du jour. On ne boudera pas les seconds rôles du jour, tenus par JP Morgan Chase (JPM +1,64%), Alphabet (GOOG +1,59%), Apple (AAPL +1%) et Berkshire B (BRKB +0,57%). Lorsque cette joyeuse bande prend une direction, il est compliqué pour le gros de la troupe de partir dans l’autre sens.
On revient un instant sur Nvidia, qui annonce hier le rachat de Hugging Face pour 12,93 milliards de dollars, un montant choisi en référence au code numérique de l’emoji «visage qui fait un câlin». Hugging Face est une plateforme collaborative majeure pour les projets d’intelligence artificielle et d’apprentissage automatique. Cette acquisition doit aider Nvidia à développer davantage de modèles ouverts afin de concurrencer les modèles chinois et de renforcer l’écosystème américain de l’IA. Malgré les interrogations sur la durabilité des investissements massifs dans ce secteur, l’opération témoigne de la confiance de Nvidia dans son potentiel de croissance à long terme.
Restons un instant sur l’indice SOX, qui non content de ne pas vraiment participer à la hausse du jour, a littéralement une sale tête technique, bien loin d’une formation «hugging face». L’indice des semi-conducteurs reste nettement sous sa moyenne mobile à 100 jours et une death cross (la moyenne mobile à 50 jours va traverser la 100 jours à la baisse la semaine prochaine) est en vue, un signal négatif pour les chartistes. On va garder un œil attentif là-dessus, ce d’autant que du côté du Nasdaq100 (NDX) c’est une toute autre image qui ressort du graphique, le NDX récupère hier sa moyenne mobile à 50 jours après avoir rebondi de sa 100 jours, nous avons affaire ici sans conteste à une belle amélioration de sa configuration graphique. Le breadth du jour est nettement positif, les volumes d’échanges stables et le VIX perd 6% pour clôturer à 14,32 soit quasiment son plus bas niveau de cette année. C’est là que je me retiens de rappeler certains principes liés à la volatilité du marché, c’est vendredi, résistons à la tentation de sombrer du côté obscur de la force boursière. Constatons plutôt que le Russell2000 (RTY) améliore lui aussi considérablement sa configuration technique, il a rebondi de sa 100 jours mardi et regarde désormais sa 50 jours quasiment dans le blanc des yeux.
Côté marché obligataire ce matin le rendement du 10 ans US cote 4,76%, une résistance puissante se dresse devant lui à 4,80%. Le marché va bien évidemment vouloir voir le rapport sur l’emploi de 14h30 avant de se mettre en marche, ce d’autant que lundi les Etats-Unis resteront fermés (Labor Day), un weekend de trois jours c’est toujours très tentant. Tentant d’aller dans les Hamptons mais aussi de se débarrasser de positions potentiellement dangereuses. En parallèle, on observe un timide retour de la pression vendeuse sur la dette américaine ce matin, après des informations selon lesquelles le fonds souverain norvégien envisagerait de réduire la part des obligations d’Etat dans son portefeuille. Les bons du Trésor des Etats-Unis seraient les plus exposés à cette baisse des achats.
Le pétrole ne rend pas vraiment de terrain, le baril de WTI Light Crude traite à 91,64 dollars, ce n’est pas là que le marché trouvera une bonne excuse pour invoquer un repli des pressions inflationnistes.
Quant au dollar, il semble fragilisé face à l’euro, la paire eur/usd traite actuellement à 1,1626, sa 200 jours se situe à 1,1634, money time technique ici donc, on regarde aussi la paire USD/JPY car les investisseurs semblent déboucler leurs opérations de carry trade financées en yens, c’est à dire qu’ils rachètent la monnaie japonaise après l’avoir empruntée à faible coût pour investir ailleurs à des rendements plus élevés. La perspective de nouvelles hausses de taux de la Banque du Japon rend cette stratégie moins attractive et pousse le yen à un plus haut d’un mois face au dollar. Le marché anticipe une ou deux hausses d’ici décembre, tandis que Nomura en envisage jusqu’à trois dans un scénario extrême. Selon JPMorgan, un passage du dollar sous 155 yens pourrait accélérer le rachat des importantes positions vendeuses et renforcer davantage la devise japonaise. Cours actuel 156,34, à suivre de près.
L’or progresse légèrement et se stabilise après une semaine volatile, durant laquelle il rebondit de 4’329 à 4’466 dollars l’once actuellement. La baisse des anticipations de hausse des taux de la Fed, les tensions au Moyen Orient et l’affaiblissement du dollar continuent de soutenir le métal. En parallèle, le transfert par la Banque centrale néerlandaise de 86 tonnes d’or, soit 12,3 milliards de dollars, depuis l’Amérique du Nord vers Londres illustre également la volonté des banques centrales de disposer d’un or plus facilement mobilisable en cas de crise et confirme la demande institutionnelle persistante.
Résumons: Les marchés abordent la dernière séance de la semaine dans un climat favorable après que Christopher Waller s’est montré disposé à maintenir les taux inchangés en septembre si l’inflation continue de ralentir. Toute l’attention se porte sur le rapport américain sur l’emploi à 14h30, des chiffres faibles renforceraient le scénario d’une Fed attentiste, pénaliseraient le dollar et soutiendraient l’or et les actions, tandis qu’une surprise positive pourrait inverser brutalement ces mouvements. Les investisseurs surveilleront aussi la réunion de la BCE du 10 septembre, une éventuelle accélération du débouclage du carry trade si le dollar passe sous 155 yens, ainsi que le Brent proche de 96 dollars, qui alimente les risques de stagflation. Enfin la publication de l’inflation américaine la semaine prochaine constituera ensuite le principal test pour les taux et le dollar, Waller l’ayant présentée comme déterminante pour son vote de septembre.
La séance macro de ce vendredi sera principalement marquée à 14h30 par le rapport américain sur l’emploi, qui réunira les créations de postes non agricoles, le taux de chômage et l’évolution du salaire horaire moyen. Ces chiffres seront déterminants pour évaluer la solidité du marché du travail, les pressions salariales et les prochaines décisions de la Fed. Auparavant, les ventes au détail de la zone euro, publiées à 11h00, donneront une indication sur la vigueur de la consommation européenne.
Volkswagen envisage 50’000 suppressions de postes supplémentaires d’ici 2030, tandis qu’UniCredit poursuit ses démarches autour de Commerzbank et que les actionnaires de Rotork approuvent son rapprochement avec ABB pour 4,1 milliards de livres. ASML prévoit de renforcer ses effectifs au Japon. Aux Etats-Unis, Lululemon chute de 18% après avoir abaissé ses objectifs, OpenAI affirme que ChatGPT 6 devance désormais Anthropic et Nvidia prépare le lancement de ses premiers PC RTX Spark avec Lenovo et Acer. BASF attaque Apple pour une possible violation de brevets liés à la reconnaissance faciale, T Mobile change de directrice financière, Adobe nomme un nouveau directeur général et Cloudflare s’associe à OpenAI dans la cybersécurité. Tesla lance à Austin son Cybercab entièrement autonome, tandis que Coinbase souhaite proposer des contrats à terme perpétuels sur actions. Enfin, Northrop Grumman et General Dynamics remportent de nouveaux contrats militaires américains et Saudi Aramco augmente ses prix du pétrole pour l’Amérique du Nord.
Cette nuit et ce matin en Asie les indices traitent en hausse à part Shanghai qui égare 0,29%. Tokyo progresse de 1,26%, Hong Kong prend 1,76%. Séoul avance de 1,64% et le Nifty50 gagne 0,31%. Le future SPX est inchangé, le NDX indique une ouverture en hausse de 0,2% et l’Europe recule très légèrement dans les premiers échanges.
Tout le monde sur le pont à 14h30 pour le rapport sur l’emploi aux Etats-Unis!