Le sentiment du marché est autorisé hier par le dollar à reprendre son souffle, le billet vert recule légèrement après que Donald Trump a annoncé que la nouvelle action militaire contre l’Iran sera probablement de courte durée. Le pétrole reçoit aussi l’info et cesse de monter, sans pour autant repartir vers le sud (le baril de WTI Light Crude à 90.05$), les craintes d’inflation diminuent un chouia, les rendements obligataires reculent un tantinet, tout cela repose sur une déclaration rappelons-le. En parallèle le marché regarde le yen, qui rebondit fortement hier contre le dollar (156.69 ce matin contre 160.39 hier). Le ministère japonais des Finances aurait vérifié les taux de change auprès des banques, une démarche souvent considérée comme le prélude à une intervention sur le marché. Hajime Takata, membre du conseil de la Banque du Japon, a par ailleurs évoqué la possibilité d’une hausse de taux supérieure à 25 points de base, un scénario que les marchés de produits dérivés commencent à intégrer, même si son soutien au sein de la banque centrale reste incertain. C’est important pour le marché dans son ensemble, si des banques centrales autres que la Fed se mettent à être plus restrictives que prévu, cela pourrait dévier quelque peu l’attention acheteuse autour du billet vert, avec l’effet en cascade que ses mouvements impliquent systématiquement.
Les cambistes regardent aussi le franc suisse de près. Si le yen poursuit son rebond et que le rendement du 10 ans nippon fait de même, cela diminuera l’intérêt du carry trade au Japon (emprunter à bas coût pour réinvestir à des taux plus élevés, par exemple aux Etats-Unis). Or on sait que la BNS pratique actuellement des taux zéro et que le marché n’anticipe pas vraiment de hausse dans un futur proche, le franc suisse est donc potentiellement un outil de carry trade rêvé, si cela se matérialise la pression vendeuse pourrait s’intensifier sur la monnaie helvétique, qui a déjà perdu passablement de terrain depuis le 9 mars. La paire eur/chf traitait à 0.8981 au plus bas de ce jour-ci, ce matin elle évolue à 0.9392, c’est peut-être un détail pour vous mais pour un frontalier ça veut dire beaucoup, ce d’autant que le niveau de 0.9480 – 0.9510 constitue une résistance importante, si elle est franchie cela invaliderait la tendance baissière de l’euro réengagée en avril 2018.
Mais attendez, on me dit dans l’oreillette que l’indice des prix à la consommation vient de sortir en Suisse pour le mois d’août, qui montre une accélération de l’inflation nettement supérieure aux attentes, avec une hausse des prix deux fois plus rapide qu’en juillet. Si les données économiques confirment également la résistance de l’économie suisse, les investisseurs pourraient remettre en question le maintien du taux directeur de la BNS à 0% jusqu’à fin 2027. Après avoir perdu près de 2% face à l’euro depuis le début du trimestre, le franc pourrait bien tenter de se rebeller, à suivre.
Revenons au sentiment du marché avec le narratif du moment qui n’évolue guère dans les faits. Le conflit entre les Etats-Unis et l’Iran occupe toujours les esprits, malgré la récente déclaration du président des Etats-Unis, la macro nous attend au contour demain avec le très attendu rapport mensuel sur l’emploi américain, le sujet de la dette mondiale reste préoccupant et côté micro cela se passe plutôt bien, avec notamment les trimestriels de Broadcom hier soir après la cloche. La firme de Palo Alto dépasse les attentes grâce à ses puces d’IA, dont les ventes bondissent de 221%. Le groupe prévoit désormais 115 milliards de dollars de revenus liés à l’IA en 2027 et 230 milliards en 2028, même si ses perspectives de marge déçoivent légèrement.
Cette détente du sentiment permet aux actions de rebondir timidement, aussi bien aidées par Nvidia et ses 3.21% de hausse, sachant que la société dirigée par Jensen Huang correspond à environ 8% de la capitalisation boursière du S&P500 (SPX), lorsqu’elle bouge cela se sent un peu partout sur les indices. Le BTFD (non n’insistez pas je ne traduirai pas) refait surface et le SPX de clôturer pile 7'000 points au-dessus de son bas en séance du 6 mars 2009 (@666.79 pts), ça ne sert à rien de savoir ça pour la suite des événements boursiers mais ça claque un peu non ? Le podium du jour se compose des materials, des services de communication et de la santé, dans des volumes d’échanges stables et avec un breadth positif autant sur le SPX que le Nasdaq100 (NDX). Au chapitre technique, on notera que le Russell 2000 (RTY) rebondit de sa moyenne mobile à 100 jours depuis deux séances, tout comme le Dow Jones, qui fait pareil avec sa 50 jours. La volatilité est à la cave, le VIX recule de 7% à 15.2 hier, un niveau vraiment très faible.
Côté marché obligataire les rendements reculent légèrement mais la pression vendeuse semble capable de revenir à tout moment. Ce matin le 10 ans US cote 4.77% et le 30 ans 5.25%. Quatre forces poussent actuellement les rendements obligataires à la hausse, mais la guerre en Iran et ses conséquences inflationnistes constituent de loin la principale. L’envolée des prix de l’énergie, notamment du diesel, renchérit le transport, l’agriculture et la production de nombreux biens. Aux États-Unis, le gallon de diesel dépasse 5,68 dollars, soit environ 2 dollars de plus qu’il y a un an, tandis que les contrats à terme ont gagné près de 13% en une semaine, laissant présager de nouvelles hausses à la pompe. Deuxième facteur, les inquiétudes budgétaires s’intensifient alors que la dette américaine dépasse 40’000 milliards de dollars et que les finances publiques se détériorent également au Royaume-Uni et au Japon. Troisièmement, les investisseurs réclament une prime de terme plus élevée pour détenir des obligations à longue échéance, afin de compenser l’inflation, l’incertitude budgétaire et l’offre croissante de dette, notamment celle destinée à financer les investissements dans l’intelligence artificielle. Enfin, l’arrivée de Kevin Warsh à la tête de la Fed ajoute une incertitude supplémentaire : son discours plus ferme contre l’inflation rassure sur la détermination de la banque centrale, mais son refus de donner des indications précises sur l’évolution future des taux introduit une petite « prime de risque Fed » dans les rendements à long terme. Les rachats d’obligations longues annoncés par le secrétaire au Trésor Scott Bessent n’offrent qu’un soulagement temporaire, car ils ne règlent pas le problème fondamental des déficits. En résumé, la guerre et l’énergie expliquent l’essentiel de la récente hausse des rendements, tandis que les déficits publics, l’offre massive d’obligations et l’incertitude entourant la Fed amplifient le mouvement.
L’or remonte à 4424$ l’once, le métal jaune surperforme le reste de la cote ce matin après que les déclarations de Donald Trump ont réduit les craintes d’un conflit prolongé au Moyen Orient et d’une nouvelle poussée inflationniste liée à l’énergie. Après avoir perdu environ 3,6% la semaine précédente sous la pression du pétrole et des rendements obligataires, le métal profite désormais du repli du brut et de l’affaiblissement du dollar. La Banque centrale néerlandaise aurait par ailleurs transféré vers Londres environ 86 tonnes d’or, d’une valeur proche de 12 milliards de dollars, illustrant la demande institutionnelle persistante pour l’or physique dans un contexte géopolitique incertain.
La séance macro-économique sera rythmée par plusieurs indicateurs importants. Aux États-Unis, les inscriptions au chômage et la balance commerciale seront publiées à 14h30, en même temps qu’une intervention de Christopher Waller de la Fed. L’attention se portera ensuite, à 16h00, sur l’indice ISM des services, particulièrement important pour évaluer la solidité de l’économie et les pressions inflationnistes, avant un discours d’une autre responsable de la Fed, Beth Hammack, à 21h00.
Elliott prend une participation dans Deutsche Telekom et s’oppose à sa fusion envisagée avec T Mobile US, tandis qu’un fournisseur d’ASML estime que la Chine accuse quinze ans de retard dans les équipements de pointe pour semi-conducteurs. Eni obtient un contrat de vingt-cinq ans pour exploiter un immense gisement pétrolier au Venezuela, Shell finalise une acquisition et s’associe à BP dans l’exploration au Brésil, Nestlé investit 393 millions de dollars dans une usine de lait infantile au Brésil et Novartis signe un accord dans les traitements sous-cutanés. Uber prépare le rachat de Delivery Hero et lance avec Wayve ses premiers robotaxis à Londres. Aux États-Unis, Snowflake bondit de 23% après avoir relevé ses prévisions, Microsoft promet davantage de transparence sur les revenus d’Azure, Meta dévoile un nouveau modèle d’intelligence artificielle, Costco affiche une croissance de 9,9% de ses ventes en août et Ford vise plus de 100’000 ventes de son nouveau pick-up électrique dès la première année. Enfin, TSMC prévoit un nouveau centre de conditionnement avancé à Taïwan et Berkshire Hathaway envisage d’accroître ses investissements dans les cinq grandes maisons de négoce japonaises.
Cette nuit et ce matin en Asie, les indices traitent en ordre dispersé. Tokyo égare 0.17%, Hong Kong perd 0.41%, Shanghai grappille 0.04%, Séoul prend 0.26% et le Nifty50 traite légèrement au-dessus de l’équilibre. Le future SPX et le NDX sont inchangés, l’Europe fait de même dans les premiers échanges.
Le joyeux royaume des actions attend manifestement de recevoir les consignes du grand frère obligataire.