Gonet: l'actualité des marchés au 1er septembre

Jean Frédéric Nussbaumer, Gonet & Cie

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Dow -0,70%%, S&P 500 -0,33%, Nasdaq -0,12%, Russell -0,54%, SOX +0,57%, Eurostoxx -1,01%%, SMI -0,79%.

La rentrée des classes commence à peine que le marché obligataire siffle déjà la fin de la récré. Ambiance de retenue chez le bouillon en ce lundi, au premier rang on retrouve les responsables des finances américain, australien, japonais, anglais et français, autant vous dire qu’ils en prennent pour leur grade.

Les rendements obligataires mondiaux retrouvent leur plus haut niveau depuis 2008, sous l’effet de la remontée du pétrole, qui ravive les craintes inflationnistes et du discours restrictif de Kevin Warsh de vendredi, qui a manifestement fait son effet et renforce les anticipations de hausses des taux de la Réserve fédérale. Ce matin les Fed Funds prédisent 67% de probabilités d’une hausse de 25 points de base par la Fed le 16 septembre, contre 60% hier. Le rendement des obligations japonaises à 10 ans atteint 3% pour la première fois depuis 1996, tandis que l’indice Bloomberg des dettes souveraines mondiales monte à 3,72% et que les taux australiens retrouvent leurs niveaux de 2011. Barclays et Société Générale prévoient désormais des relèvements de taux aux Etats-Unis dès cette année, alors qu’ils ne les anticipaient pas auparavant. Cette tension ne s’explique toutefois pas uniquement par la politique monétaire : les déficits budgétaires élevés aux États Unis, au Japon, au Royaume Uni et en France poussent les investisseurs à exiger une rémunération supérieure pour détenir des obligations à long terme, tandis que la reprise des hostilités entre Washington et Téhéran fait craindre des perturbations durables des flux énergétiques dans le détroit d’Ormuz. La hausse des rendements complique les efforts du Trésor américain pour contenir les coûts de financement et menace également les actions, notamment les valeurs technologiques liées à l’intelligence artificielle. Le mouvement pourrait se prolonger, septembre et octobre ayant historiquement été les deux mois les plus défavorables aux obligations mondiales au cours de la dernière décennie. En clair, le marché obligataire ne s’effondre pas, mais il signale clairement que la persistance de l’inflation, la dégradation des finances publiques et la hausse de la prime de risque sur les échéances longues pourraient maintenir les taux durablement élevés.

Cerise sur le gâteau, aujourd’hui est le premier jour du pire mois boursier de l’année (historiquement). La séance de trading d’hier voit la plupart des indices clôturer dans le rouge, les volumes d’échanges augmentent, le breadth est déplorable et l’on observe une certaine résilience des semi-conducteurs. Le podium du jour du SPX se compose de l’énergie, de la tech et des biens de consommation de base. Seuls les deux premiers secteurs cités parviennent à progresser à la cloche, le marché est globalement vendeur en cette dernière séance du mois d’août, notons ceci dit que le Nasdaq100 (NDX) parvient à défendre sa moyenne mobile à 50 jours et que le Russell2000 (RTY, les petites capitalisations US) s’enfonce un peu plus en-dessous de sa propre 50 dma. La volatilité du marché remonte un chouia mais reste historiquement faible, le VIX à 14.92.

Malgré cette dernière séance dans le rouge, le marché américain des actions aura relevé la tête le mois passé, après deux performances mensuelles négatives de suite. Le SPX récupère 2.72%, le NDX 4.24%, le SOX 2% et le RTY1.01%. En Europe c’est plus compliqué avec une timide hausse de 0.52% pour le Stoxx Europe 600 (SXXP) et un repli du SMI de 0.41%.

La tension est palpable sur le marché obligataire. Le rendement du 10 ans US cote 4.78% contre 4.70% hier. Il voit sa prochaine résistance à 4.8026 (le top en séance du 13 janvier 2025). Sur le 2 ans c’est encore plus violent, son rendement passe de 4.21% hier à 4.35% ce matin, il regarde 4.3683% comme prochaine résistance, s’il la traverse le chemin vers 4.50% sera tout tracé.

Le pétrole rebondit depuis le 26 août, il traitait alors à 79.62$ le baril de WTI Light Crude, le voici de retour à 86.75$. On sait pourquoi ce mouvement est en cours et désormais l’analyse technique s’en mêle, la moyenne mobile à 100 jours se dresse à 86.79$, autour de niveau il faudra aussi casser la tendance négative entamée le 7 avril. Une sorte de mur de résistance se dresse donc au nez et à la barbe de l’or noir, attention en revanche si cela casse à la hausse, un appel d’air acheteur pourrait alors tout à fait se produire.

L’or stagne à 4429$ l’once, légèrement sous sa clôture de lundi, mais affiche encore une progression d’environ 3% depuis le début de l’année. La demande des ETF reste solide : les fonds ajoutent 130’650 onces hier, portant leurs avoirs totaux à 99 millions d’onces, le niveau le plus élevé depuis fin avril. Les tensions entre les États Unis et l’Iran, la hausse du pétrole et les difficultés du marché obligataire mondial continuent de soutenir la demande pour l’or comme valeur refuge. En revanche, la perspective d’une hausse des taux de la Fed ce mois-ci constitue un obstacle, car elle favorise le dollar et fait monter les rendements réels, ce qui réduit l’attrait d’un actif sans revenu. La demande physique pourrait également souffrir en Inde, l’un des principaux marchés mondiaux de l’or, où le Premier ministre Modi appelle une nouvelle fois la population à limiter ses achats afin de préserver les réserves de change.

Au chapitre des monnaies, le dollar et l’euro semblent hésiter sur la direction à prendre. En théorie le billet vert devrait profiter des perspectives montantes de hausse de taux par la Fed, mais la BCE est probablement dans la même dynamique, quoi qu’il en soit la paire évolue ce matin à 1.1598, entre sa 100 jours (@1.1570) et sa 200 jours (@1.1634).

Résumons : Les principaux thèmes à surveiller ces jours sont le risque d’une hausse des taux de la Fed en septembre, désormais renforcé par le discours restrictif de Kevin Warsh, qui soutiendrait le dollar mais pénaliserait les métaux précieux. La situation au Moyen Orient reste également centrale, avec un WTI Light Crude autour de 86$ et des risques persistants sur l’approvisionnement dans le détroit d’Ormuz : une hausse durable de l’énergie alimenterait l’inflation mondiale et compliquerait les décisions des banques centrales. Parallèlement, la remontée des rendements obligataires, avec le taux américain à 10 ans à 4,78 % et son équivalent japonais à 3%, son plus haut niveau depuis 30 ans, exerce théoriquement une pression sur l’or, dont la résistance actuelle témoigne toutefois d’une forte demande de protection face aux risques géopolitiques. Enfin, le retour de la paire dollar/yen vers 160 pourrait provoquer de nouvelles déclarations ou une intervention directe des autorités japonaises, avec des répercussions possibles sur les taux de change impliquant le franc suisse.

Voilà, ce n’est pas plus compliqué que cela, maintenant y a plus qu’à…

L’agenda macro-économique du jour s’annonce chargé, avec à 11h00 la publication de l’inflation et du taux de chômage dans la zone euro, deux indicateurs importants pour les prochaines décisions de la BCE. Aux États Unis, le marché suivra à 15h05 le discours de Michael Barr de la Fed, puis à 16h00 l’indice ISM manufacturier, qui donnera un aperçu de la santé de l’industrie américaine, ainsi que l’enquête JOLTS sur les postes vacants, particulièrement surveillée pour évaluer les tensions sur le marché du travail et leur influence sur la politique monétaire de la Fed.

Amazon fait l’objet de poursuites aux États Unis pour des surfacturations publicitaires présumées, tandis qu’Apple accuse OpenAI d’avoir détruit des preuves dans une affaire de vol de secrets commerciaux. Meta enrichit son outil Muse Code de nouvelles fonctionnalités, Boeing reprend ses négociations contractuelles avec le syndicat de ses ingénieurs et Airbnb teste une réduction de ses commissions facturées aux hôtes américains. En Asie, MediaTek bondit de 10% après l’annonce d’un investissement de 3,5 milliards de dollars de Nvidia, SK Hynix envisage de construire une nouvelle usine de mémoires au Japon et Sony ainsi que Warner Music poursuivent Anthropic pour l’utilisation de chansons dans l’entraînement de ses modèles d’intelligence artificielle. Le syndicat sud coréen de Hyundai approuve par ailleurs un nouvel accord salarial, tandis que Shein chute d’environ 4% pour sa première séance en Bourse. Les principales publications du jour comprennent notamment celles de Swiss Life, Palo Alto Networks, Dell Technologies et Medtronic.

Cette nuit et ce matin en Asie, les indices traitent en ordre dispersé. Tokyo égare 0.15% à la cloche, Hong Kong rend 0.66%, Shanghai perd 0.16%, Séoul grappille 0.23% et le Nifty50 prend 0.14%. Une belle séance d’absence totale de conviction des intervenants en Asie donc, même topo sur les futures US, le SPX est stable et le NDX en légère progression, pendant que l’Europe recule légèrement dans les premiers échanges.

Le marché obligataire prend les choses en mains. 

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