Le sentiment du marché vacille sous nos yeux, bousculé par une nouvelle escalade des tensions au Moyen-Orient, qui envoie le pétrole à un plus haut de six semaines et exacerbe à nouveau les craintes générales d’inflation, ce d’autant que les rendements obligataires mondiaux ont déjà accéléré le rythme de leur hausse depuis la fin mois d’août, penchons-nous sur le phénomène.
La forte hausse des taux obligataires devient un vrai défi pour l’économie mondiale, surtout pour les Etats très endettés. Le mouvement est global: le 10 ans japonais atteint 3% pour la première fois depuis 1996, le 30 ans britannique est au plus haut depuis 1998, les taux allemands et français sont au plus haut depuis plus de dix ans et le 10 ans US tente de casser 4,80% en ce moment-même. Plusieurs facteurs expliquent cette hausse. D’abord, le pétrole qui remonte fortement avec la reprise des combats dans le Golfe persique, ce qui ravive les craintes d’inflation. Ensuite, les marchés redoutent une spirale de la dette dans les pays très endettés: plus les taux montent, plus le refinancement de la dette coûte cher, ce qui oblige potentiellement les gouvernements à emprunter encore davantage. Enfin, les énormes émissions obligataires des groupes technologiques pour financer l’IA absorbent une partie de la demande qui allait auparavant vers les obligations d’Etat. Il n’est donc guère étonnant que les banques centrales durcissent le ton, le discours de Kevin Warsh à Jackson Hole de vendredi passé en est une parfaite illustration. Les marchés anticipent désormais des hausses de taux de la Fed, de la BCE, de la Banque du Japon, de l’Australie et de la Nouvelle Zélande (qui a relevé son taux directeur de 25 pts cette nuit, c’était attendu) si l’inflation reste trop élevée. Le pétrole est en hausse d’environ 13% sur un mois tandis que les prix du gaz remontent aussi fortement.
Pour l’instant, les actions tentent de résister comme elles peuvent, mais le fait est que le risque augmente, ce d’autant que le joyeux royaume des actions vient d’entrer dans sa pire période de l’année (historiquement), j’y reviens. Si les taux longs continuent de monter, ils pourraient mettre sous pression les valorisations boursières, notamment celles des valeurs technologiques liées à l’IA. On ne parle pas ici de crise financière mais plus probablement d’une revalorisation générale du prix de la dette des Etats autour du globe. Les investisseurs demandent davantage de rendement pour compenser l’inflation et le risque budgétaire.
Dans les faits, le rendement du 10 ans US traite ce matin à 4,80%, pile sur un niveau de résistance important, s’il le casse un tapis rouge technique se déroulera automatiquement devant lui jusqu’à 5,00% et là on verra bien si ce niveau constitue une résistance suffisamment solide ou pas. Quoi qu’il en soit, il semble que 5% sur le 10 ans soit une sorte de point de rendez-vous pour les investisseurs du monde entier, où tout cela pourrait bien se décanter dans un sens ou l’autre. Sur la partie plus courte, le 2 ans n’est pas en reste qui a récemment bondi et cote 4,40%, là encore une grosse résistance, si cela casse on va fissa à 4,50%. Quant au 30 ans, il évolue actuellement à 5,28%, tout près de son plus haut récent en séance du 18 août (@5,3361%).
En parallèle la montée d’un cran des tensions entre les Etats-Unis et l’Iran propulse le baril de WTI Light Crude à 90,54 dollars, le 26 août il évoluait à 79,62 dollars. Ce matin il vient de casser à la hausse son canal baissier entamé en avril. Du côté des Fed Funds, on prédit désormais 66,6% de probabilités d’une hausse de 25 points de base par la Fed le 16 septembre, puis 60,7% d’une rebelote le 9 décembre. En conséquence le dollar se retrouve revigoré comme rarement ce matin, la paire eur/usd revient à 1,1573, elle s’approche à grand pas de son support de 1,1567 (100 jours). Comprenez que dans un tel contexte, dans le monde de notre relique barbare préférée les tensions géopolitiques ne font pas le poids face à la remontée générale des taux obligataires et la force du billet vert, l’or ne résiste pas à ces deux puissants vents contraires, l’once recule à 4326 dollars, casse sa 100 jours (@4360 dollars) au passage et regarde désormais sa 50 jours, qui évolue actuellement à 4222 dollars.
C’est dans ce contexte de légèreté et de bonne humeur que Wall Street se prend les pieds dans le tapis bien comme il faut hier. Le breadth du jour est franchement mauvais avec plus de 2 titres en baisse contre moins d’un en hausse à la cloche, le podium du jour du S&P500 (SPX) est composé de l’énergie, des utilities et de la santé, les volumes d’échanges reculent et c’est quasiment toute la configuration technique du marché américain des actions qui en prend pour son grade. Le Nasdaq100 (NDX) casse à nouveau sa 50 jours et s’approche tout près de sa 100 jours, le SOX traite sous sa propre 100 jours depuis le 27 août, il s’en éloigne encore un peu plus hier tandis que le Russell2000 (RTY) confirme la cassure brutale de sa 50 jours observée il y a trois séances, l’indice clôture juste au-dessus de sa 100 jours, même le vénérable Dow Jones ne parvient pas à défendre sa 50 jours, une première depuis le 9 avril. Tout cela semble bien fragile. La volatilité remonte un chouia, le VIX gagne 9,4% à 16,34, un niveau encore bien faible selon Thérèse Securities.
Septembre est historiquement le mois le plus difficile pour les actions américaines. Depuis 1920, le SPX n’a progressé que dans 44% des mois de septembre, avec une performance moyenne de −1,1%, contre +0,8% pour les autres mois. C’est surtout un mois où les fortes baisses sont beaucoup plus fréquentes: on compte 9 «septembre» avec une chute d’au moins 9%, contre un seul avec une hausse équivalente. Pour 2026, le signal est un peu plus préoccupant car il s’agit d’une année d’élections de mi-mandat aux Etats Unis. Historiquement, les septembre de ces années sont encore légèrement plus faibles, et 5 des 9 grandes baisses de septembre se sont produites dans ce contexte. Autre particularité intéressante: les trois premières séances de septembre ont plutôt tendance à bien se comporter, mais la faiblesse apparaît ensuite. Depuis 1920, un investissement limité aux trois premières séances affiche un gain cumulé de 21%, alors que les autres séances de septembre affichent une perte cumulée de 78%. En clair: l’histoire ne dit pas que septembre 2026 va forcément baisser, puisque environ 4 septembre sur 10 sont positifs. Elle suggère simplement d’être plus prudent que d’habitude, surtout après les premières séances et à mesure que le mois avance. Pour un investisseur souhaitant couvrir son portefeuille, le début du mois est historiquement le moment le plus logique pour le faire.
La séance macro-économique américaine sera animée par plusieurs publications importantes. A 13h00, le taux hypothécaire moyen à 30 ans donnera une indication sur les conditions de financement dans l’immobilier. A 14h15, le rapport ADP permettra d’évaluer l’évolution de l’emploi privé. A 16h00, les commandes à l’industrie renseigneront sur la dynamique du secteur manufacturier, avant la publication à 16h30 des stocks hebdomadaires de pétrole brut aux Etats-Unis, un indicateur suivi de près par le marché de l’énergie.
Parmi les grandes entreprises internationales, Nestlé cède son activité grand public de vitamines pour environ 1 milliard d’euros, tandis que Shell prévoit de racheter la totalité de Tri Star Energy. Ferrari poursuit son programme de rachats d’actions. Aux Etats-Unis, Dell bondit après ses résultats, alors que Palo Alto Networks recule légèrement après les siens. Nvidia serait proche de racheter Hugging Face pour 14 milliards de dollars. Micron fait face à des tensions sociales autour du partage des bénéfices. Google prépare un nouveau modèle d’intelligence artificielle plus performant en programmation, tandis qu’Oracle fait l’objet d’un examen de ses pratiques de licence par le régulateur européen. General Electric décroche par ailleurs un contrat de 2,87 milliards de dollars avec la Navy américaine. Enfin, Broadcom, Costco, Snowflake et Hewlett Packard Enterprise figurent parmi les grandes sociétés qui publient leurs résultats aujourd’hui, tandis que Honda demande à ses fournisseurs de réduire leurs coûts pour mieux résister à la concurrence chinoise.
Cette nuit et ce matin en Asie, les indices traitent en baisse, tenus en respect par le grand-frère obligataire. Tokyo abandonne 2,85% à la cloche, Hong Kong rend 0,46%, Shanghai perd 1%, Séoul chute de 3,99% et le Nifty50 abandonne 0,97%. Les futures SPX et NDX sont en léger retrait, l’Europe ouvre en baisse de 0,2%.
C’est manifestement le 10 ans US qui va arbitrer la suite des événements boursiers, à suivre de près.