Gonet: l'actualité des marchés au 21 août

Jean Frédéric Nussbaumer, Gonet & Cie

4 minutes de lecture

Dow -1,32%%, S&P 500 -0,87%, Nasdaq -1,00%, Russell -1,34%, SOX +0,53%, Eurostoxx -0,35%, SMI -0,13%.

 

Si vous voulez mon avis, depuis hier Scott Bessent doit à peu près ressentir la même chose qu’Alberto Lupo dans la chanson «Parole parole». Le patron du Trésor des Etats-Unis revient à la charge au sujet des rachats d’obligations à 10, 20 et 30 ans, voués à faire reculer la partie longue de la courbe des taux américaine, en précisant que les rachats pourraient dépasser les 4 milliards de dollars par opération. Le marché n’en a cure, il a déjà fait remonter le rendement du 30 ans de 5,18% à 5,25%, avant la première annonce de mercredi le long bond traitait à 5,28%. JPMorgan l’avait annoncé, ce repli des rendements n’allait pas durer, le déficit budgétaire reste sans solution, tandis que les nombreuses émissions de dette liées aux investissements dans l’intelligence artificielle augmentent fortement l’offre d’obligations sur le marché. Et puis on ne peut s’empêcher de penser que le marché veut tester le Trésor des Etats-Unis. Les récentes déclarations de son patron font transparaître une nervosité certaine, probablement alimentée par le plus haut niveau de l’Etat, en termes de trading cela s’appelle le goût du sang, qui attire les traders de tous bords. En clair, le marché obligataire n’achète pas le narratif actuellement proposé par Scott Bessent, au contraire il va probablement tester la volonté et la capacité réelle du Trésor à endiguer la tendance haussière des rendements longs US.

Comme j'aimerais que tu me comprennes
(Rien que des mots)
Que tu m'écoutes au moins une fois.

Autant vous dire que ce si rapide retournement de tendance du marché obligataire américain déplait fortement au marché des actions et, pour ne rien arranger, Walmart s’en mêle, son titre chute de 9% après des trimestriels jugés décevants. Le groupe enregistre sa plus faible croissance des ventes depuis six ans, ce qui renforce les signes d’un ralentissement de la consommation, principal moteur de l’économie américaine. Walmart relève néanmoins ses prévisions annuelles de ventes et de bénéfice opérationnel, notamment grâce aux dépenses des ménages les plus aisés. Une partie de sa clientèle, particulièrement dans les magasins physiques, se montre toutefois plus prudente en raison de la hausse des prix des carburants. Pour soutenir le pouvoir d’achat, Walmart cherche donc à réduire ses propres prix. Ces résultats interviennent après une série de publications contrastées dans la distribution, notamment chez Target et TJX. Home Depot enregistre pour sa part une hausse de ses ventes, malgré un marché immobilier paralysé, grâce aux petits travaux d’entretien réalisés par les propriétaires. Le hic, c’est qu’au-delà de la déception du marché, les annonce de Walmart confirment la tendance d’une économie américaine en K, dans laquelle les consommateurs évoluent de manière très différente selon leur niveau de revenu.

Cerise sur le gâteau, selon le Climate Solutions Lab de l’Université Brown, les Américains ont dépensé environ 88 milliards de dollars supplémentaires en essence et en diesel en 2026 en raison du choc énergétique lié à la guerre en Iran. Alors que les prix des carburants baissent généralement à la fin de l’été, les données de l’American Automobile Association (AAA) remontant à 2000 montrent qu’ils n’ont jamais été aussi élevés à cette période de l’année, en valeur nominale, c’est à dire sans tenir compte de l’inflation.

Résumons, le marché obligataire tord à nouveau le bras à celui des actions, le consommateur américain semble en petite forme et la frustration du conducteur de véhicule à essence ne cesse de grandir aux Etats-Unis, tout cela à un peu plus de deux mois des élections de mi-mandat.

Le podium du jour de l’indice S&P500 (SPX) se compose de l’énergie, de l’immobilier et des materials. Pour une fois, et cela est suffisamment rare pour être mentionné, les valeurs liées au thème de l’intelligence artificielle restent dans les coulisses et ne participent pas vraiment au mouvement. Le breadth du jour est mauvais avec 1 titre en hausse pour 2 en baisse à la clôture du SPX et du NDX, dans des volumes d’échanges plutôt stables. Notons que le NDX se bat avec sa moyenne mobile à 50 jours, il clôture juste en-dessous. Là où techniquement c’est chaud, c’est sur les semi-conducteurs, l’indice SOX parvient à défendre sa 100 jours à la cloche en terminant à 11'800 points contre la 100 dma à 11'647 pts. Son plus bas en séance se situe à 11'649 points, c’est la deuxième séance consécutive de grosse bagarre pile sur la 100 jours, probablement le principal niveau technique à suivre sur le marché des actions ces jours. Les indices Russell2000 (RTY, les petites capitalisations) et Dow Jones (INDU, on ne le présente plus) viennent aussi chatouiller leur moyenne mobile, à 50 jours en l’occurrence, la fragilisation technique de Wall Street observée un peu plus tôt cette semaine ne semble pas s’être évaporée.

La volatilité du marché remonte un chouia, le VIX clôture à 16,01, un niveau de calme extrême selon Thérèse Securities. Pas mieux sur la volatilité des actions individuelles avec un VIXEQ qui stagne à 38,41, le 20 juillet il évoluait au-dessus de 50.

Le rendement du 10 ans US traite ce matin à 4,69%, techniquement il peut viser 5%. Côté monnaies le dollar reste plutôt faible, la paire EUR/USD évolue légèrement en-dessous de 1,1700, elle a cassé sa 200 jours (@1,1631).

L’or repart assez puissamment vers le nord, malgré la remontée des rendements obligataires mais probablement encouragé par la relative faiblesse du billet vert. L’once cote 4562 dollars, a cassé sa 200 jours (@4514 dollars) et je note que sa 50 jours est en train de se retourner à la hausse, une golden cross est envisageable à court terme, en revanche on n’a rien sans rien, la relique barbare est entrée assez profondément en territoire suracheté.

Le bitcoin se fait remarquer depuis quelques séances, jeudi de la semaine passée il évoluait à 63'000, ce matin le voici de retour à 76’500 dollars, il a cassé sa 200 jours hier (@69’006 dollars) et peut techniquement désormais viser 80’000 dollars, puis 83’922 dollars. À noter en parallèle que la principale crypto monnaie au monde est massivement surachetée.

On se penche sur la macro d’hier. Aux Etats-Unis les inscriptions initiales au chômage sont meilleures que prévu, même si le nombre de personnes restant sans emploi dépasse légèrement les attentes. L’indice manufacturier de la Fed de Philadelphie progresse fortement en août et atteint son plus haut niveau depuis plus de cinq ans. Sa composante emploi grimpe à son meilleur niveau depuis avril 2022, tandis que les pressions sur les prix diminuent. Du côté de la Fed, Mary Daly estime que la politique monétaire est bien positionnée et qu’il n’est pas nécessaire d’avancer les hausses de taux. Alberto Musalem juge pour sa part que la politique est actuellement neutre, voire accommodante, tout en soulignant les coûts élevés supportés par les entreprises et la faiblesse de l’épargne.

Aux États-Unis, le calendrier macroéconomique de ce vendredi est relativement léger et se concentre sur les premières estimations des PMI d’août, publiées à 15h45, heure suisse. Le PMI manufacturier est attendu presque stable à 54,0 contre 53,9 précédemment, tandis que celui des services devrait ralentir de 54,6 à 53,9. Ces indicateurs permettront d’évaluer la résistance de l’activité américaine face à la hausse des prix de l’énergie et aux taux d’intérêt élevés.

Broadcom cherche à lever 60 milliards de dollars de dette pour financer ses investissements dans l’intelligence artificielle, tandis qu’Anthropic estime que sa future introduction en Bourse pourrait atteindre ou dépasser la valorisation de 86,25 milliards de dollars obtenue par SpaceX lors de son IPO. Samsung prévoit de restituer 79 milliards de dollars à ses actionnaires. En Europe, Holcim rachète une partie des activités européennes de James Hardie pour 840 millions d’euros, tandis que Daimler Truck, Volvo et Tesla préparent le lancement de camions électriques en Europe lors du salon IAA en septembre. STMicroelectronics augmentera ses prix le 24 août, pour la troisième fois cette année, et DSM Firmenich engage une procédure judiciaire en Chine pour violation de brevets. Fielmann abaisse sa prévision annuelle d’EBITDA ajusté, Renault est dégradé par Barclays et Société Générale par KBW. Enfin, l’action Ross Stores gagne 7 % après la clôture à la suite de ses résultats.

Cette nuit et ce matin en Asie, les indices traitent en hausse à part Tokyo qui abandonne 0,3% à la cloche. Hong Kong prend 1,04%, Shanghai grappille 0,04%, Séoul monte de 0,88% et le Nifty50 traite juste au-dessus de l’équilibre. Le future SPX progresse de 0,2%, son alter ego du NDX de 0,4% et l’Europe traite en légère hausse dans les premiers échanges.

A lire aussi...