Les marchés émergents changent de dimension

Bahar Sezer-Longworth, Pictet Asset Management

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De la technologie aux matériaux stratégiques, les économies émergentes capturent désormais davantage de la valeur ajoutée au niveau mondial.

 

Pendant des décennies, les investisseurs ont évalué les marchés émergents à travers leur rôle dans l’économie mondiale: producteurs de matières premières, plateformes manufacturières ou maillons essentiels des chaînes d’approvisionnement internationales. La distinction entre économies développées et émergentes reposait en grande partie sur la nature des activités exercées plutôt que sur la valeur économique créée.

Cette grille de lecture est aujourd’hui de moins en moins pertinente.

Une transformation structurelle est à l’œuvre dans de nombreuses économies émergentes. Qu’il s’agisse des producteurs de matières premières, des leaders technologiques asiatiques ou des entreprises de biotechnologie, ces pays capturent une part croissante de la valeur créée au sein des chaînes d’approvisionnement mondiales. Pour les investisseurs, ce changement modifie progressivement le profil de croissance et les caractéristiques de l’univers émergent.

L’évolution est particulièrement visible dans les pays riches en ressources naturelles. Historiquement, l’essentiel de la valeur était créé ailleurs, là où se concentraient les capacités industrielles et technologiques nécessaires à la transformation des matières premières.

L’Asie s’impose comme un acteur central dans plusieurs technologies qui devraient façonner la prochaine phase de croissance mondiale.

Aujourd’hui, plusieurs pays producteurs cherchent à conserver une plus grande part de cette valeur sur leur territoire. Le développement des technologies liées à la transition énergétique constitue à cet égard une opportunité importante. Le lithium, le nickel, le cuivre ou encore les terres rares sont devenus des ressources stratégiques pour les batteries, les véhicules électriques et les infrastructures énergétiques.

Le Chili, par exemple, ne se limite plus à l’extraction et développe des capacités de raffinage domestique ainsi que des activités liées aux matériaux pour batteries. L’exploitation minière ne représente généralement que jusqu’à 10% du coût total d’un bloc-batterie fini. Le reste provient du raffinage, des matériaux cathodiques et nodiques, des électrolytes et séparateurs, de la production de cellules, de l’assemblage de batteries et du recyclage en fin de vie. Chaque étape requiert un savoir-faire technique et des infrastructures spécifiques, et génère donc une valeur nettement supérieure à celle de la seule activité minière.

Cette évolution ne concerne toutefois pas uniquement les ressources naturelles. Dans plusieurs secteurs technologiques, certaines économies asiatiques se positionnent désormais parmi les acteurs les plus compétitifs au monde.

La Chine, Taïwan et la Corée du Sud occupent des positions stratégiques dans des domaines tels que les semi-conducteurs, les batteries, l’intelligence artificielle ou la robotique. Plus largement, l’Asie s’impose comme un acteur central dans plusieurs technologies qui devraient façonner la prochaine phase de croissance mondiale.

Cette dynamique illustre un phénomène souvent qualifié de «leapfrogging». Certaines économies adoptent directement les technologies les plus avancées sans supporter le poids d’infrastructures héritées du passé. Ces facultés d’adaptation leur permettent de gagner rapidement en compétitivité et, dans certains segments, de rivaliser avec les économies développées.

Le secteur de la santé constitue un autre exemple de cette transformation. Les entreprises des marchés émergents passent progressivement de médicaments génériques à fort volume et faibles marges à des activités à plus forte valeur ajoutée, telles que les essais cliniques avancés et le développement de traitements innovants et complexes ainsi que les médicaments spécialisés, soutenus par des investissements croissants en recherche et développement.

La Chine s’impose rapidement comme un leader mondial de l’oncologie, en particulier dans les thérapies ciblées ainsi que dans le dépistage et le diagnostic assistés par l’intelligence artificielle. Elle a dépassé les Etats-Unis en matière de recherche sur le cancer et constitue désormais le principal centre mondial pour les essais cliniques précoces. Au troisième trimestre 2025, 40% des essais cliniques précoces menés dans le monde ont été réalisés en Chine, contre 35% aux Etats-Unis.

Wuxi, société cotée à Hong Kong, illustre cet avantage concurrentiel. Elle contrôlerait environ 20% du marché mondial des conjugués anticorps-médicaments — souvent décrits comme des «missiles biologiques» et utilisés dans le traitement ciblé du cancer — soit davantage que toute autre entreprise au monde.

En développant leurs capacités industrielles et technologiques, les pays émergents réduisent progressivement leur dépendance à la seule exportation de matières premières et conservent une part plus importante de la richesse créée au sein de leurs économies. Cela devrait les rendre plus résilients en allégeant leur déficit courant et leur dépendance aux flux de capitaux étrangers volatils.

Pour les investisseurs, les marchés émergents offrent désormais une exposition à plusieurs des grands thèmes structurels qui façonnent l’économie mondiale, qu’il s’agisse de la transition énergétique, de l’intelligence artificielle, de l’automatisation ou de l’innovation médicale.

Cette transformation structurelle contribue à soutenir l’intérêt des actions émergentes comme source de croissance durable et de meilleure qualité.

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