Bruellan veut procéder à des recrutements, en particulier à Genève

Emmanuel Garessus

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A la tête du gérant genevois, très présent en Valais, Philippe Moser, président de la direction, et Anick Baud, présentent leur stratégie.

 

Bruellan effectue un changement de génération, ainsi que l’a récemment indiqué Allnews. Les fondateurs et principaux actionnaires Antoine Spillmann et Jean-Paul Tissières ont décidé de se retirer de la direction opérationnelle du groupe genevois qui gère environ 2 milliards d’actifs pour 35 collaborateurs. 

Le Comité de direction est désormais présidé par Philippe Moser, également gérant au sein du groupe. Il s’appuie sur une nouvelle génération de dirigeants appelée à jouer un rôle central dans l’évolution de Bruellan. Anick Baud rejoint le Comité en tant que représentante de l’Asset Management, Jean-François Beth prend la responsabilité de la clientèle privée, Catherine Pulfer devient COO, tandis qu’Alfonso Esteve reprend la direction Finance & Comptabilité. Bruellan annonce également la nomination de Malek Dahmani au poste de Chief Investment Officer (CIO). Philippe Moser et Anick Baud répondent aux questions d’Allnews:

Qui, dans la nouvelle direction, représente la nouvelle génération et qui l’ancienne?

Philippe Moser (PM): La nouvelle direction est composée de moi-même, membre du conseil de direction depuis la fin 2024, en tant que représentant de la gestion privée à Genève. Anick Baud devient représentante de la division Asset management. Jean-François Beth y est responsable de la gestion privée et du Valais, membre du comité de direction depuis 2021. Catherine Pulfer s’y ajoute en tant que COO, responsable de la compliance et de la gestion des risques. Alfonso Esteve y entre en tant que gérant et CFO, à la suite d’une entente entre les deux partenaires, Jean-Paul Tissières, qui avait quitté la direction depuis quelques années, et Antoine Spillmann, qui s’est retiré plus récemment, mais qui reste engagé pour accompagner la transition et faire le suivi avec les clients. C’était l’occasion de revoir l’ensemble de l’organigramme.

«Nous sommes à même de pouvoir gérer un doublement des gestionnaires et de la masse sous gestion.»

Est-ce que vous enregistrez des départs?

PM: Deux départs de membres du comité de direction ont logiquement donné lieu à des discussions, dont celui de notre CIO. En tant qu’intermédiaire financier soumis à autorisation par la FINMA, Bruellan est tenue de n’employer que des personnes garantes d’une activité irréprochable aux fonctions clés. Nous avons décidé de procéder à des promotions internes pour remplacer ces deux départs.

Vous déclarez environ 2 milliards de francs d’actifs sous gestion pour 35 collaborateurs, après 3,5 milliards il y a quelques années. Pourquoi ce repli?

PM: Le montant de 3,5 milliards comprenait des fonds non bancaires sous administration, en l’occurrence du patrimoine externe tel que de l’immobilier. Mais les 2 milliards ne prennent pas en compte ce type de fonds.  Sur une base comparable, le montant des fonds sous gestion est demeuré stable ces cinq dernières années. Nous ne publions pas les montants par division.

Est-ce que cette stabilité ne traduit pas un développement inférieur au marché?

PM: La masse sous gestion est restée stable au gré des apports, des retraits et des effets de marché, lesquels ont été volatils. Elle n’a toutefois pas baissé.

Quelles sont les perspectives pour 2026 en termes d’actifs sous gestion?

PM: Outre l’effet positif des marchés, l’évolution est favorable grâce à l’apport de nos clients existants et à quelques recrutements de nouveaux gérants. Les avoirs devraient donc en toute logique augmenter en 2026.

Vous parlez de recrutements. Pouvez-vous les préciser?

PM: Nous prévoyons quelques recrutements individuels et sommes aussi ouverts à l’arrivée d’équipes entières, soit venant d’autres sociétés de gestion ou de banques, soit par l’acquisition de structures disposées à collaborer avec nous. L’inflation réglementaire et normative induit des contrôles et des coûts de mise en oeuvre qui pousse des acteurs à s’interroger sur leur indépendance.

Est-ce qu’une opération est prévue à court terme?

PM: Non, mais des recrutements ciblés peuvent être effectués, en particulier à Genève.

«Sur une base comparable, le montant des fonds sous gestion est demeuré stable ces cinq dernières années.»

Quelle est votre estimation du niveau de la taille critique?

PM: Notre politique de développement et de recrutement répond précisément à notre situation actuelle. Bruellan est solide et bien équipé pour accueillir de nouveaux gérants en tout temps en maintenant la structure inchangée. Nous sommes à même de pouvoir gérer un doublement des gestionnaires et de la masse sous gestion. 

Anick Baud (AB): D’autres établissements emploient moins de collaborateurs pour une masse sous gestion de 2 milliards de francs, mais il faut savoir que nous offrons aussi différents services à la clientèle que la seule gestion d’actifs. 

PM: Nous avons également plusieurs bureaux. Cette présence physique s’explique par notre volonté de proximité avec la clientèle. 

AB: De plus, cette proximité fait partie de notre ADN et nous n’avons aucune volonté de rationaliser nos services et de les centraliser.

Vous êtes à Genève, Gstaad, Martigny. Allez-vous modifier votre réseau de succursales?

PM: Nous avons récemment décidé de fermer le bureau de Verbier, où historiquement nous avions été l’un des premiers gérants de fortune à nous installer dans la station. Nous restons d’ailleurs un sponsor de diverses activités sportives dans cette localité. Mais le marché y est devenu mature. Le temps est venu de rassembler les équipes et de renforcer le rôle de Martigny. Nous y avons effectué une acquisition il y a deux ans. Nous renforçons cette présence parce que Martigny s’impose comme une ville qui se développe énormément, un centre économique en plein essor. 

AB: Les équipes de Verbier et de Martigny collaboraient déjà étroitement dans le passé. Le recentrage est logique.

Quelle est la taille de votre équipe à Martigny?

PM: Elle regroupe six personnes.  Nous maintenons nos présences à Crans-Montana et Gstaad. Le développement dans les régions alpines fait partir de notre ADN et nous distingue d’autres acteurs.

Que représente la clientèle valaisanne dans votre établissement?

PM: Elle représente environ le tiers de la clientèle.

Si la direction change de génération, est-ce que la clientèle est plutôt ancienne ou membre de la jeune génération?

PM: Avec le changement de direction, nous sommes pro-actifs et voulons assurer la continuité de la clientèle. Nous connaissons de mieux en mieux les souhaits des enfants de nos clients. Nous préparons les successions. Les entrepreneurs eux-mêmes sont riches plus jeunes, ce qui nous amène aussi à nous adapter, notamment à travers nos outils, notre technologie, y compris notre système de reporting.

Qu’est-ce qui vous empêche de dormir la nuit? Est-ce le changement technologique et une jeune clientèle qui gère son épargne et ses placements avec son iPhone?

PM: Malgré les nouvelles technologies, le rapport humain demeure primordial, ne serait-ce que pour s’adapter aux nombreux changements législatifs. La création d’une relation de confiance à long terme est un atout crucial dans le conseil d’une famille.

Est-ce que vous avez souffert du redressement fiscal annoncé dans la presse?

PM: Nous aurions préféré éviter cette publicité. En termes de gouvernance, il faut rappeler que les faits remontent à plus de dix ans et que le montant était provisionné. L’épisode a été comptabilisé l’année dernière. Il n’a pas détérioré la solidité de la société.

Quel est le positionnement exact de Bruellan? 

AB: L’indépendance de la société nous différencie grandement des banques de gestion, ainsi que notre agilité et notre flexibilité. Dans un monde qui évolue rapidement et se transforme, elle nous permet de répondre plus rapidement aux besoins et aux préoccupations avec des outils personnalisés. L’autorisation FINMA en tant que gestionnaire de placements collectifs obtenue en 2008, et notre réseau de plus de 20 banques dépositaires nous rend également solide et sérieux. Et la division Asset management, que n’ont pas la plupart de nos concurrents, nous permet d’avoir à disposition des équipes qui peuvent soutenir nos collègues de la gestion de fortune et qui accroît le professionnalisme de notre service.

«L’évolution est favorable grâce à l’apport de nos clients existants et à quelques recrutements de nouveaux gérants».

Existe-t-il un style de gestion propre à Bruellan?

AB: Par tradition, notre savoir-faire est axé davantage sur les actions.  Nous disposons également d’un partenariat stratégique avec la société Gama pour la gestion obligataire. 

Nos fonds en actions sont tous des fonds actifs, avec deux fonds spécialisés sur les actions suisses, et une thématique sur les entreprises familiales qui nous différencie d’autres établissements.

PM: Notre clientèle est à 60% suisse, ce qui nous distingue également d’autres instituts, et qui nous a amené à adapter nos portefeuilles en conséquence. Ce savoir-faire en titres suisses est fort apprécié.

Est-ce que ce style singulier se traduit par une bonne performance de gestion?

AB: La performance est bonne, mais elle varie au gré des années. Notre horizon est le long terme et nos investissements résultent de fortes convictions.

Vous aviez exprimé le souhait en 2021 de modifier votre gouvernance. Est-ce que le changement de direction y répond?

AB: Oui, tout à fait. Nous avons fait face à quelques départs, mais ce type de situation appartient à la vie d’une entreprise. Nous continuons de renforcer la gouvernance, de professionnaliser certaines fonctions clés, préparer progressivement la relève.

Est-ce que, dans une géopolitique complexe, vous pensez que Genève est en train de gagner des places dans la gestion de fortune internationale?

AB: Dans le sillage des événements au Moyen-Orient au Royaume-Uni ou en France, la Suisse regagne une partie du terrain perdu. Le besoin de stabilité est considérable auprès des épargnants. 

Après la fin du secret bancaire, chacun a pu constater que le service suisse est demeuré très compétitif.  La concurrence est vive, mais la Suisse reste un leader et un endroit fiable et digne de confiance.

PM: Des personnes qui ont déplacé des actifs à Dubaï ont noté la difficulté de certains pays à effectuer des transferts dans diverses devises. Certaines nouvelles places financières internationales paraissent subitement archaïques alors que la Suisse montre qu’elle sait vraiment tout faire. Nous voyons que des cabinets juridiques orientent clairement les clients vers la Suisse.

Quelle est votre stratégie de placement pour le deuxième semestre?

AB: Nous sommes prudemment optimistes pour le reste de l’année. L’environnement est assez porteur pour les actifs risqués, grâce à la progression des bénéfices. Mais les marchés sont de plus en plus dépendants d’un nombre limité de moteurs de croissance, dont l’IA. Nous privilégions la sélectivité plutôt qu’une prise de risque accrue, tout en étant bien diversifié. 

Sur le plan géographique, nous maintenons notre préférence pour les Etats-Unis, du fait de la dynamique bénéficiaire et du leadership technologique. 

Nous sommes également positifs sur les actions suisses, grâce au redressement industriel qui s’opère depuis quelques mois et à son caractère d’alternative défensive aux titres de l’IA.

En revanche, nous sommes plus prudents à l’égard de l’Europe, compte tenu d’une croissance atone et d’un contexte monétaire plus contraignant de la part de la BCE. Et nous sommes neutres sur les émergents dont la hausse des indices est soutenue par le seul secteur des semiconducteurs.

Parmi nos points de vigilance, je citerai l’inflation, la politique monétaire américaine, les élections de mi-mandat et les tensions sur certains marchés privés.

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