Au-delà de l'euphorie

Philipp Vorndran, Flossbach von Storch

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Plus le potentiel à long terme est jugé important aux yeux des investisseurs, plus les valorisations des entreprises susceptibles d’en tirer profit s’en trouvent gonflées.

 

L'intelligence artificielle fera sans aucun doute partie des technologies phares des prochaines décennies. Elle a le potentiel de transformer durablement l'économie et la société. Dans les années à venir, les entreprises et les États mobiliseront d'énormes ressources financières et humaines afin de tirer parti des opportunités qui en découlent et d'en limiter les risques.

Plus le potentiel à long terme est jugé important aux yeux des investisseurs, plus les valorisations des entreprises susceptibles d’en tirer profit s’en trouvent gonflées. Au départ, ce potentiel est plutôt sous-estimé. Mais cette perception évolue à mesure que l’on prend conscience que cela peut également déboucher sur une activité économique très lucrative. Ainsi, les dépenses d’investissement des hyperscalers restaient encore raisonnables au cours des deux premières années qui ont suivi la naissance de ChatGPT. Mais au cours de la troisième année (2025), elles ont soudainement connu une hausse fulgurante. Et ce qui était déjà considéré comme un boom il y a douze mois ne semble aujourd’hui n’être qu’un début.

Désormais, les analystes rivalisent d’optimisme quant à leurs prévisions d’investissement à moyen et long terme. Les milliards se sont transformés en billions. Les grands centres de données dédiés à l’IA, qui sont de plus en plus souvent financés par des crédits, coûtent jusqu’à 50 milliards de dollars. On estime que le volume des investissements atteindra sept billions de dollars d’ici 2030. Pour obtenir un rendement acceptable après déduction de tous les coûts, le chiffre d’affaires devrait largement dépasser la barre des billions. D’où viendra ce chiffre d’affaires?

La réponse courante est la suivante: les économies sur les coûts de personnel. C’est envisageable si les agents d’IA remplacent effectivement des activités entières à grande échelle, mais cela prendra du temps. Les entreprises doivent modifier leurs processus, former leurs collaborateurs et surmonter les obstacles organisationnels. Des années d’adaptations intensives, ponctuées d’essais et d’erreurs, s’annoncent.
La concurrence entre les modèles d’IA est rude. Aux fournisseurs américains concurrents s’ajoutent des modèles open source chinois, qui sont de plus en plus performants tout en restant très abordables. Pour la plupart des applications, ils devraient s’avérer tout à fait suffisants.

La situation deviendra intéressante lorsque les grands fournisseurs américains adapteront leurs modèles tarifaires et passeront des formules d’abonnement bon marché, très répandues dans les entreprises, à une facturation par jetons plus coûteuse. En attendant, l’optimisme boursier reste intact, notamment chez les investisseurs particuliers et les investisseurs «momentum». Ici, les considérations fondamentales ne jouent aucun rôle. Seule l’évolution du cours définit la qualité de l’action. L’optimisme s’est transformé en euphorie – non seulement pour les actions du secteur des semi-conducteurs, mais aussi dans le secteur spatial.

Heureusement, en dehors de cette zone d’euphorie, il existe suffisamment de titres d’entreprises aux bénéfices fiables qui, grâce au boom de l’IA, affichent des valorisations aussi basses qu’elles ne l’ont pas été depuis des années.

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