Pendant des mois, les marchés boursiers n’ont eu qu’un seul sujet: l’intelligence artificielle. Les actions des principaux bénéficiaires supposés, notamment les grands groupes technologiques américains, ont fortement progressé, entraînant les indices dans leur sillage.
Rarement le poids d’un seul secteur – et d’un nombre aussi réduit d’entreprises – n’avait été aussi important. Ceux qui sont montés tôt dans le train de l’IA ont été récompensés. La concentration s’est révélée payante. À l’inverse, les investisseurs plus prudents ont dû regarder les marchés progresser sans eux et répondre à une question récurrente: pourquoi ne pas avoir suivi le mouvement?
Peut-être parce que certains se souviennent encore de la bulle Internet. De l’euphorie de la fin des années 1990, puis du retour brutal à la réalité. Lorsque les anticipations perdent tout ancrage économique, les marchés finissent généralement par retrouver une certaine normalité. L’IA n’échappera probablement pas à cette règle.
Le problème, c’est que personne ne sait quand. Les récents replis annoncent-ils la fin de l’euphorie? Peut-être. Ou peut-être pas.
Contrairement aux entreprises de la bulle Internet, les grands groupes technologiques d’aujourd’hui sont très profitables. L’engouement actuel repose donc sur des bases plus solides que de simples promesses. Il est ainsi possible que la dynamique autour de l’IA se poursuive malgré les tensions géopolitiques et les inquiétudes liées à la croissance mondiale.
Cette question nous concerne directement. On nous demande régulièrement pourquoi nous ne détenons pas davantage de valeurs technologiques, ou, plus récemment, pourquoi notre exposition aux compagnies pétrolières reste limitée.
La diversification traduit une idée simple: personne ne peut prévoir l’avenir avec certitude. Il faut donc se préparer à différents scénarios, y compris aux crises et à leurs conséquences.
La réponse peut sembler peu spectaculaire, mais elle tient à notre philosophie d’investissement.
Flossbach von Storch est né à la fin des années 1990, en pleine bulle Internet, avec une approche de gestion patrimoniale classique: préserver le capital et générer des rendements satisfaisants sur le long terme. Cet objectif n’a pas changé. Concrètement, cela signifie avant tout limiter les risques en diversifiant largement les portefeuilles: entre classes d’actifs, entreprises et zones monétaires. Ce principe paraît simple, mais il reste difficile à appliquer de manière disciplinée.
Nous recherchons la «prévisibilité»
La diversification traduit une idée simple: personne ne peut prévoir l’avenir avec certitude. Il faut donc se préparer à différents scénarios, y compris aux crises et à leurs conséquences. Il n’existe ni recette miracle ni stratégie infaillible en Bourse. Lors des corrections de marché, personne n’est totalement épargné; l’objectif consiste surtout à limiter les dégâts.
Diversification plutôt que concentration: telle reste notre approche, même si elle peut parfois coûter de la performance à court terme. Nous ignorons ce que les marchés feront demain. La question essentielle est donc la suivante: que peut-il se produire sans qu’un patrimoine ne subisse de pertes trop importantes?
La diversification constitue une partie de la réponse. Certaines périodes donnent l’impression que cette approche appartient au passé. Les coûts d’opportunité paraissent alors élevés. Pourtant, nous restons convaincus qu’une stratégie disciplinée finit par porter ses fruits sur le long terme.
Cela explique aussi notre préférence pour des modèles économiques relativement prévisibles, comme certaines entreprises de biens de consommation courante. Ces sociétés offrent rarement des perspectives spectaculaires, mais leurs résultats sont souvent plus faciles à anticiper sur la durée. La prévisibilité reste pour nous un critère central, même si l’imagination demeure souvent le principal moteur des marchés. C’est pourquoi nous investissons aussi dans la technologie – mais avec mesure.
Rester fidèle à sa philosophie
Cela vaut pour de nombreuses entreprises technologiques, mais aussi – dans une certaine mesure – pour les compagnies pétrolières, dont les actions sont revenues sur le devant de la scène depuis le début de la guerre en Iran. Même leurs dirigeants peinent souvent à anticiper où se situera le prix du pétrole dans cinq ans. Cela ne signifie pas que ces titres ne puissent pas être attractifs à certaines périodes. Mais leur évolution reste difficile à prévoir de manière fiable.
On nous demande parfois s’il ne faudrait pas adapter davantage notre stratégie aux tendances dominantes des marchés.
Nous ne le pensons pas. La fiabilité et la prévisibilité restent au cœur de notre approche depuis la création de l’entreprise. Nous restons convaincus qu’en matière d’investissement, la patience demeure essentielle – même lorsqu’elle est difficile à maintenir.