Gonet: l'actualité des marchés au 26 mai

Jean Frédéric Nussbaumer, Gonet & Cie

3 minutes de lecture

Wall Street fermée, Eurostoxx +1,95%, SMI fermé.

 

L’espoir d’un accord autour d’un plan de paix entre Iraniens et Américains permet à l’indice Eurostoxx 50 de réaliser une jolie performance en ce lundi de Pentecôte, qui voit de nombreuses places de bourses rester fermées, notamment New York, Londres et la Suisse. Ce matin le sentiment général du marché fait un pas en arrière suite à des frappes américaines dans le sud de l’Iran, mais le pétrole évolue environ 10 dollars en-dessous de son niveau de fin de semaine passée, c’est une ambiance particulière qui prévaut sur les parquets de trading en ce mardi matin, pour une fois il semble que ce soit le marché des actions qui tempère son enthousiasme, pendant que les obligations se détendent, rassurées par le repli du cours de l’or noir. Et au milieu coule un dollar en apparence imperturbable et toujours recherché, le marché cherche manifestement l’inspiration.

Hier les marchés européens d’actions profitent simultanément de deux moteurs: le retour de l’appétit pour les valeurs technologiques et l’espoir croissant d’un apaisement autour de l’Iran. Cette détente potentielle se reflète surtout dans le pétrole, qui recule à 91,68 dollars le baril de WTI Light Crude. La situation reste toutefois loin d’être stabilisée: cette nuit, les Etats-Unis mènent de nouvelles frappes contre des installations iraniennes, visant notamment des sites liés aux missiles ainsi que des navires soupçonnés de vouloir miner le détroit d’Ormuz. Malgré cette nouvelle escalade militaire, les investisseurs continuent pour l’instant de privilégier un scénario relativement constructif. Le pétrole ne rebondit que modestement après ces événements.

On observe en revanche un enthousiasme moindre sur les futures d’actions aux Etats-Unis, le dollar et le franc suisse sont recherchés, les rendements obligataires reculent, le 10 ans US revient à 4,50%, l’or se replie à 4531$ l’once, pénalisé par le rebond du dollar et les anticipations de hausses de taux de la Fed. Les ETF continuent d’enregistrer des sorties de capitaux sur l’or pour la troisième séance consécutive. L’argent reste plus fragile, affecté par une demande industrielle décevante et par une baisse des positions spéculatives acheteuses.

En théorie, la détente apparente entre les Etats-Unis et l’Iran devrait être positive pour les marchés financiers, car elle réduit les craintes d’inflation et de ralentissement économique. Pourtant, les investisseurs restent loin de l’euphorie. Beaucoup craignent que les négociations échouent encore une fois, Donald Trump lui-même rappelant qu’il «n’y a pas d’urgence» à conclure un accord. Le marché considère aussi que même en cas d’accord politique, la normalisation du trafic pétrolier dans le détroit d’Ormuz pourrait prendre des mois, tant les infrastructures, les assurances maritimes et les chaînes logistiques restent perturbées. Les investisseurs savent enfin qu’une grande partie des bonnes nouvelles est déjà intégrée dans les marchés actions, notamment dans la technologie et l’intelligence artificielle, qui ont fortement rebondi ces derniers mois. Résultat: malgré la détente observée sur l’or noir et les rendements obligataires, les marchés restent nerveux et hésitent à célébrer trop vite une paix qui paraît encore fragile.

Un des principaux indicateurs de valorisation des marchés actions devient préoccupant: la «prime de risque actions», c’est-à-dire l’avantage théorique offert par les actions par rapport aux obligations d’Etat américaines, est quasiment en train de disparaître. En clair, les investisseurs prennent aujourd’hui beaucoup plus de risques en achetant des actions, mais sans être beaucoup mieux rémunérés qu’en détenant des obligations du Trésor US considérées comme ultra sûres. Cela provient surtout de la forte remontée des rendements obligataires américains, alimentée par les craintes d’inflation liées à la flambée du pétrole et aux tensions géopolitiques autour de l’Iran et du détroit d’Ormuz. Pendant ce temps, les marchés actions continuent pourtant de grimper fortement grâce à l’enthousiasme autour de l’intelligence artificielle, des semi-conducteurs, du quantique ou encore du spatial. Certains stratèges estiment que cette situation rappelle les excès observés après la bulle internet, avec des valorisations devenues très tendues. D’autres pensent au contraire que la révolution de l’IA pourrait justifier plusieurs années de forte croissance des bénéfices des entreprises. Le Wall Street Journal indique que, pour que les actions restent attractives à ces niveaux, il faudra probablement réunir deux conditions simultanément ces prochains mois, à savoir une baisse des taux d’intérêt et une poursuite très solide de la croissance des bénéfices. Sans cela, le marché paraît cher et vulnérable.

Au menu macroéconomique américain cet après-midi, les investisseurs surveilleront plusieurs indicateurs permettant de prendre le pouls de l’économie des Etats-Unis. A 14h30 sera publié l’indice d’activité de la Fed de Chicago, qui mesure la dynamique générale de l’économie américaine à travers différents secteurs. À 15h00 suivra l’indice Case-Shiller des prix immobiliers, très observé pour évaluer la santé du marché immobilier et l’évolution des prix des logements. Puis à 16h00, le Conference Board dévoilera son indice de confiance des consommateurs, un indicateur clé pour juger du moral des ménages et donc des perspectives de consommation. Enfin, à 16h30, l’indice manufacturier de la Fed de Dallas donnera une indication supplémentaire sur l’état du secteur industriel américain, dans un contexte où les marchés cherchent à savoir si l’économie ralentit suffisamment pour permettre à la Fed d’assouplir sa politique monétaire.

Le secteur technologique reste au centre de l’attention avec 26 sociétés américaines de semi-conducteurs, dont Qualcomm et Nvidia, qui affichent en 2025 une progression moyenne de 20% de leurs revenus en Chine selon Hurun Research, signe que la demande chinoise pour les puces reste solide malgré les tensions géopolitiques. En Europe, Google pourrait faire face à une amende historique de l’Union européenne pour non-respect du Digital Rights Act. En Corée du Sud, Starbucks subit une forte baisse de ses ventes après une polémique marketing liée au “Tank Day”, tandis que le syndicat de l’électronique grand public tente de bloquer en justice le vote sur l’accord salarial chez Samsung Electronics. Les marchés suivront également les résultats du jour, notamment ceux d’AutoZone et Zscaler.

Cette nuit et ce matin en Asie, les indices traitent en ordre dispersé. Tokyo égare 0,36% à la cloche, Hong Kong grappille 0,03%, Shanghai perd 0,98%, Séoul bondit de 2,79% et le Nifty50 monte de 0,16%. Le future SPX gagne 0,6%, son compère du NDX 0,9%, hier c’était plutôt 1,4%, l’Europe devrait ouvrir en léger repli. 

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