Pendant que de nombreux pays célèbrent l’Ascension, Wall Street fait de même à sa manière, toujours follement éprise de tout ce qui a trait à l’intelligence artificielle, le dernier exemple en date étant (dé) Cerebras Systems Inc (CBRS +68%), qui fait ses grands débuts Downtown Manhattan, notez que le titre traite à 386 dollars en séance, avant de revenir à 311 dollars, tribute to 1999… cette idylle interminable mise à part, le narratif du moment a trait aux tribulations de Donald Trump en Chine et, dans une moindre mesure, aux craintes d’un retour marqué de l’inflation que le marché obligataire ne manque pas de relever, pendant que son petit frère des actions les ignore superbement.
Les trois principaux indices américains d’actions atteignent tous de nouveaux records historiques à la cloche, le vénérable Dow Jones se hisse au-dessus des 50'000 points (casquettes, t-shirts, etc…), il est porté par Caterpillar, Goldman Sachs et Microsoft, qui contribuent à elles trois à 220 des 370 points engrangés par le vénérable indice hier. Le S&P500 (SPX) s’offre les 7500 points, il est suracheté, tout le monde semble s’en moquer. Même constat sur le Nasdaq100 (NDX) qui s’approche à 420 points des 30'000 pts, est très nettement suracheté, même pas peur rétorquent les intervenants, dopés comme jamais à la bulltamine. Les grandes valeurs technologiques liées aux semi-conducteurs et aux logiciels progressent modérément, tandis que les «7 magnifiques» évoluent de manière plus contrastée et que le secteur des mémoires électroniques recule. Parmi les secteurs les plus performants figurent notamment les équipements réseaux et informatiques, portés notamment par Cisco, qui retrouve une seconde jeunesse, qui l’eût cru?
Les volumes d’échanges sont faibles sur le SPX et forts sur le NDX. Le breadth est légèrement positif sur les deux segments, le podium du jour du SPX se compose de la tech, de l’énergie et des utilities. La volatilité recule peu, le VIX perd 3% à 17,26. Les indicateurs internes de marché ont beau allumer des signaux d’alarme un peu partout (ratio put/call, nouveaux plus bas en 52 semaines, gap entre la volatilité du marché et celle des actions individuelles, sentiment des petits porteurs en territoire d’extrême optimisme, je m’arrête là), le marché des actions s’en fiche royalement, tout comme il refuse de regarder la macro en face. Et pourtant il devrait, Sentimentrader souligne que l’inflation de gros américaine (PPI) vient de bondir à +9,8% sur un an, un niveau historiquement rare et souvent négatif pour les actions. Depuis 1914, seules 16% des périodes affichent un PPI supérieur à 9%, et durant ces phases le Dow Jones montre en moyenne faiblesse et forte volatilité. Selon son étude, 1 dollar investi uniquement pendant ces périodes aurait chuté à 0,29 dollar sur plus d’un siècle. L’auteur précise qu’il ne s’agit pas d’un signal de «vente totale», mais d’un sérieux avertissement : une inflation élevée accroît l’incertitude sur les coûts, les marges et la politique monétaire, ce qui tend historiquement à peser sur les marchés actions tant que le PPI reste au-dessus de 9%.
On se tourne du côté du marché obligataire et c’est une toute autre ambiance que l’on découvre. Toute la courbe américaine se tend, le 2 ans casse nettement les 4%, il traite ce matin à 4,05%, le 10 ans évolue à 4,53%, techniquement on voit mal ce qui pourrait l’empêcher de revenir à 5,00%. Le 30 ans monte à 5,08%, objectif 5,17%, c’est le top en séance du 23 octobre 2023. Ce comportement des obligations d’Etats US est logique, il miroite d’ailleurs les attentes croissantes de hausse de taux du marché des Fed Funds, qui s’attendent désormais à plus de 40% à un premier relèvement par la Fed en décembre.
Le dollar lui aussi intègre cette nouvelle donne, il se renforce significativement, la paire EUR/USD cote 1,1642 ce matin, elle tente de casser sa moyenne mobile à 50 jours, si cela se confirme, plus grand-chose de technique ne semble en mesure de la stopper jusqu’à la zone 1,1450 – 1,1411. L’or fait les frais de rendements obligataires en hausse associés à un billet vert en pleine forme, l’once recule à 4581 dollars, la 200 jours l’attend de pied ferme à 4342 dollars. Enfin le pétrole reste demandé, rien n’a été résolu à Ormuz, rien de concret ne ressort du sommet de Pékin, le baril de WTI Light Crude est en train de casser les 103 dollars.
Tout cela ressemble de plus en plus à un gigantesque gag. Même les entreprises industrielles traditionnelles profitent désormais de la frénésie autour de l’intelligence artificielle. Ford bondit ainsi de 20% en seulement deux séances après avoir annoncé le lancement d’une activité dédiée aux batteries de stockage énergétique pour les infrastructures liées à l’IA. Cette nouvelle branche repose d’ailleurs sur la technologie du chinois CATL, mais les investisseurs semblent peu se soucier de l’origine tant que le groupe s’inscrit dans la thématique du moment. Cisco participe également à l’euphorie ambiante en s’envolant de 13% après avoir recentré sa communication stratégique autour de l’intelligence artificielle. Le titre gagne désormais 50% depuis le début de l’année et retrouve enfin des niveaux abandonnés depuis l’époque de la bulle internet. Cette exubérance paraît parfois excessive, voire déconnectée des fondamentaux, mais pour de nombreux investisseurs technophiles elle reste parfaitement logique au regard de l’ampleur de la révolution technologique actuellement en cours.
Les marchés réagissent très peu aux statistiques économiques américaines publiées hier, globalement conformes aux attentes. Les ventes au détail progressent de 0.5% en avril sur un mois, en ralentissement par rapport à mars, signe que la consommation américaine reste solide mais moins dynamique. Hors automobile, les ventes augmentent même un peu plus que prévu, tout comme les ventes du groupe de contrôle, un indicateur particulièrement surveillé car il entre directement dans le calcul du PIB. Certaines catégories montrent toutefois des signes de faiblesse, notamment les grands magasins, l’ameublement et l’habillement. Sur le marché du travail, les inscriptions hebdomadaires au chômage ressortent légèrement au-dessus des attentes mais restent à des niveaux historiquement faibles, confirmant un marché de l’emploi toujours robuste. Dans le même temps, les prix à l’importation et à l’exportation accélèrent nettement plus que prévu en avril, ce qui ravive les préoccupations inflationnistes. Plusieurs responsables de la Fed soulignent d’ailleurs que l’économie américaine demeure résistante, mais que l’inflation reste le principal risque à surveiller.
Donald Trump affirme avoir conclu des «accords commerciaux fantastiques» avec Xi Jinping lors de leur deuxième journée de discussions à Pékin, même si peu d’annonces concrètes ont finalement émergé. Le représentant américain au commerce, Jamieson Greer, indique toutefois qu’il s’attend à ce que la Chine s’engage à acheter pour plusieurs milliards de dollars de produits agricoles américains. Le titre Boeing recule après que Donald Trump déclare que Pékin achètera environ 200 avions américains, un chiffre inférieur aux attentes du marché qui espérait une commande pouvant atteindre 500 appareils. Trump affirme également que Xi Jinping aurait proposé l’aide de la Chine sur le dossier iranien, une information qui n’a pas été confirmée officiellement par Pékin. De son côté, la Chine appelle à la réouverture du détroit d’Ormuz afin de stabiliser les flux énergétiques mondiaux.
Aux États-Unis, les investisseurs surveilleront aujourd’hui à 14h30 l’indice Empire State Manufacturing, qui permet de mesurer l’évolution de l’activité manufacturière dans la région de New York et donne un aperçu de la dynamique industrielle américaine, puis à 15h15 les chiffres de la production industrielle mensuelle, un indicateur important pour évaluer la vigueur de l’économie et du secteur manufacturier américain.
Le spécialiste des puces IA Cerebras Systems réalise des débuts spectaculaires sur le Nasdaq avec une envolée de 68% à 311 dollars après une introduction en bourse fixée à 185 dollars. Donald Trump indique par ailleurs que Boeing devrait recevoir une commande de 200 avions de la part de la Chine, tandis que Brookfield Corporation investit 2 milliards de dollars dans SpaceX. Live Nation annonce la construction d’une nouvelle salle de concert couverte à Seattle et Biogen poursuit le développement de son traitement expérimental contre Alzheimer malgré l’échec d’un critère clé lors d’une étude de phase II. En Asie, Honda suspend pour une durée indéterminée son projet d’usine de véhicules électriques de 15 milliards de dollars au Canada, alors que Suzuki est en passe de dépasser Honda pour devenir le deuxième constructeur automobile japonais. Foxconn affiche un bénéfice trimestriel en hausse de 19% grâce à la forte demande de serveurs liés à l’intelligence artificielle, Takeda prévoit jusqu’à 280 suppressions de postes en Suisse et Nu Holdings publie un bénéfice inférieur aux attentes en raison d’une augmentation des provisions.
Cette nuit et ce matin en Asie, les indices traitent en baisse hormis le Nifty50 qui grappille 0,21%. Tokyo perd 1,99% à la cloche, Hong Kong recule de 1,61%, Shanghai rend 1,02% et Séoul plonge de 6,12%. Le future SPX égare 0,6%, l’Europe recule de 1% dans les premiers échanges.