Gonet: l'actualité des marchés au 4 mai

Jean Frédéric Nussbaumer, Gonet & Cie

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Dow -0,31%, S&P 500 +0,29%, Nasdaq +0,89%, Russell +0,46%, SOX +0,87%, Eurostoxx fermé, SMI fermé.

 

Le FOMO (Fear Of Missing Out) semble bien décidé à prolonger son séjour Downtown Manhattan, Wall Street jongle entre son travail quotidien (monter) et sa série préférée du moment (le Magicien d’Ormuz). L’écrasante majorité des intervenants a baissé la garde, la volatilité du marché est au tapis (le VIX à 17), celle des actions individuelles reste élevée, le narratif du moment ne change guère, ces jours on parle de l’impact de la guerre sur le pétrole, des résultats trimestriels de sociétés, des banques centrales et des principales monnaies qui ont toutes une bonne raison de bouger.

Sur la semaine écoulée, le marché européen des actions fait globalement du surplace, la Suisse rend 0,8% et les principaux indices US progressent d’environ 1%. Nouveaux records historiques à la cloche vendredi pour le S&P500 (SPX), le Nasdaq100 (NDX) et le Russell2000 (RTY, les petites capitalisations), dans des volumes d’échanges plutôt timides. Les géants de la tech reprennent leurs bonnes vieilles habitudes, sans eux la hausse de vendredi n’eut pas été. Le podium du jour du SPX se compose de la tech, de la consommation discrétionnaire et des services de communication, seuls les deux premiers secteurs terminent dans le vert, tous les autres reculent. La performance du jour du SPW (S&P500 équipondéré) confirme ce phénomène, le SPW perd 0,26% contre +0,29% au SPX, vendredi les généraux doivent se sentir seuls sur la colline. Le breadth confirme le tout, on observe que le NDX est entré en territoire suracheté ce qui semble laisser les traders de marbre.

Le SPX vient d’enchainer sa plus longue série hebdomadaire de hausse depuis fin 2024 grâce à une combinaison de facteurs: une détente (très) relative sur le front géopolitique, notamment au Moyen-Orient, qui contribue à faire reculer les prix du pétrole en fin de semaine et à atténuer les craintes inflationnistes (dans les esprits des traders en actions du moins), une saison de résultats d’entreprises globalement solide avec des bénéfices souvent supérieurs aux attentes et l’enthousiasme persistant autour de l’intelligence artificielle qui continue de tirer les grandes valeurs technologiques et les semi-conducteurs, permettant aussi au NDX d’atteindre de nouveaux sommets. En parallèle, les indicateurs économiques américains restent résilients, renforçant le scénario d’un atterrissage en douceur de l’économie sans récession, ce qui soutient davantage les marchés, d’autant que la croissance des bénéfices apparaît supérieure aux moyennes historiques et alimente la hausse rapide des indices sur une période récente. Ceci dit cet optimisme repose sur un équilibre encore fragile car certains segments du marché restent sous pression, notamment des entreprises en difficulté ou très endettées, et que les risques liés à l’inflation, aux taux d’intérêt et aux prix de l’énergie n’ont pas disparu loin de là, laissant les marchés exposés à un retour de volatilité si ces paramètres évoluent défavorablement.

En parlant d’entreprises en difficultés, la mise en faillite de Spirit Airlines (210 avions, 11’000 employés), avec toutes les répercussions que cela entraîne pour ses équipes et ses clients, illustre de manière particulièrement frappante l’impact de la hausse du coût du carburant aérien.

Le marché devient de plus en plus difficile à traiter car la hausse des indices repose sur un nombre très limité de valeurs, essentiellement des actions à fort momentum, ce qui augmente le risque de mouvements brusques et violents. Depuis le début de l’année, une poignée de titres concentre l’essentiel des performances (sept actions pour environ 80% des gains du SPX et six pour près de 90% du SXXP (Stoxx Europe 600), avec aux États-Unis une domination quasi totale des mastodontes technologiques, tandis qu’en Europe, faute de Big Tech, ce sont surtout les valeurs énergétiques qui portent le marché, suivies par quelques acteurs clés comme ASML. Cette concentration pose problème aux investisseurs, car les contraintes de diversification les empêchent souvent d’être suffisamment exposés à ces valeurs dominantes, rendant difficile toute surperformance et la situation s’est encore accentuée avec la guerre en Iran qui a redonné le contrôle du marché aux grandes valeurs technologiques.

Du côté des bénéfices trimestriels, les révisions sont nettement positives dans la technologie et l’énergie, compensant la faiblesse des autres secteurs, ce qui renforce encore cette concentration, d’autant que de nombreux fonds sont sous-exposés à ces deux segments, donnant l’impression que le marché est «short» d’un nouveau paradigme d’allocation centré sur un équilibre entre semi-conducteurs et énergie. Dans ce contexte biaisé, les flux les plus spéculatifs et les investisseurs particuliers dominent les mouvements en poursuivant la dynamique tant qu’elle dure, mais le facteur momentum reste très volatil et plus il devient extrême, plus le risque de retournement brutal augmente. Goldman Sachs souligne d’ailleurs que la largeur du marché américain est aujourd’hui parmi les plus faibles observées hors bulle internet, avec des positions très élevées des hedge funds sur le momentum, ce qui accroît le risque de correction malgré des perspectives fondamentales encore solides, tandis que Citi observe un momentum proche de ses plus hauts sur cinq ans mais accompagné d’une forte volatilité et de conditions proches de surachat, suggérant des rotations à venir et privilégiant des stratégies plus fondamentales, moins volatiles mais partiellement corrélées à cette dynamique.

Les marchés des changes restent très volatils: le yen connaît de fortes fluctuations, avec une appréciation rapide suivie d’un repli, dans un contexte de nervosité persistante des investisseurs après une probable intervention massive des autorités japonaises pour soutenir la devise, celles-ci semblant vouloir empêcher un affaiblissement au-delà de 160 contre le dollar. En parallèle, le franc suisse se renforce, porté par son statut de valeur refuge dans un climat d’incertitude géopolitique au Moyen-Orient, ce qui pèse sur la paire dollar/franc, de retour à 0,7813. L’euro subit des pressions liées aux menaces de hausse de droits de douane américains sur les voitures européennes, combinées à un choc pétrolier qui fragilise ses perspectives, même s’il reste relativement stable face au dollar; enfin, le billet vert s’affaiblit globalement, enregistrant plusieurs séances de baisse consécutives, les marchés étant influencés à la fois par les espoirs d’apaisement autour du détroit d’Ormuz et par des signaux jugés positifs dans les discussions entre les États-Unis et l’Iran. La paire EUR/USD cote 1,1729 ce matin, elle regarde toujours sa moyenne mobile à 100 jours, qui évolue actuellement à 1,1710. 

Au chapitre de la politique monétaire, la Banque centrale européenne laisse clairement entendre qu’une hausse des taux pourrait intervenir dès juin si la situation économique ne s’améliore pas sensiblement, avec plusieurs responsables, dont Joachim Nagel, Gabriel Makhlouf et Olli Rehn, qui soulignent des risques accrus d’inflation, notamment en raison de la hausse persistante des prix de l’énergie et du danger de voir l’inflation s’installer durablement via les salaires et les prix, ce qui imposerait une réaction rapide de la politique monétaire. Du côté américain, la Réserve fédérale adopte également un ton plus prudent, ses responsables commençant à envisager les conditions d’une éventuelle hausse des taux plutôt qu’une reprise des baisses, comme l’illustre la position de Neel Kashkari qui n’exclut pas un resserrement supplémentaire face aux pressions inflationnistes alimentées notamment par le conflit avec l’Iran. Ce matin les Fed Funds prédisent 90% de probabilités d’une hausse de 0,25% par la BCE le 11 juin. On constate qu’une dichotomie manifeste existe entre la perception du marché des actions et celle des banquiers centraux à ce sujet ô combien important.

Selon le Wall Street Journal Anthropic s’apprête à lancer une coentreprise d’environ 1,5 milliard de dollars avec de grandes firmes de Wall Street comme Blackstone, Goldman Sachs et Hellman & Friedman afin d’accélérer l’adoption de l’intelligence artificielle dans les entreprises de private equity via une structure de conseil dédiée, dans un contexte de forte croissance et de concurrence avec des acteurs comme OpenAI, initiative qui pourrait aussi préparer une future introduction en bourse; d’autre part le Journal souligne que les géants technologiques tels que Microsoft, Amazon, Meta et Alphabet investissent massivement dans l’IA, mais peinent encore à en tirer des revenus proportionnels, ce qui pèse sur leur rentabilité et inquiète les investisseurs, ces entreprises étant prises entre la nécessité de continuer à investir pour rester compétitives et le risque financier croissant, faisant de l’IA un pari stratégique à la fois incontournable et encore incertain en termes de retour sur investissement.

Donald Trump déclare que les États-Unis guideront dès lundi des navires neutres à travers le détroit d’Ormuz, une initiative présentée comme une aide pour sécuriser la navigation dans cette zone sous tension, tandis que le Wall Street Journal précise que cette opération ne devrait pas impliquer de navires de la marine américaine. Pour sa part Téhéran considère que toute intervention américaine dans la zone serait perçue comme une violation du cessez-le-feu, selon un haut responsable iranien cité par l’AFP.

En vrac, eBay en forte hausse en after-market sur fond de rumeurs d’offre de GameStop, Celcuity et Apple également bien orientées grâce notamment à un programme massif de rachat d’actions, tandis que de nombreuses publications et événements d’investisseurs sont attendus (notamment Tesla, Stellantis ou STMicroelectronics) et que certaines valeurs technologiques comme Twilio ou Atlassian ont fortement progressé récemment ; sur le front énergétique, l’OPEP+ augmente légèrement sa production pour juin, dans un contexte où les exportations américaines de pétrole atteignent un niveau record, reflétant les tensions liées à l’Iran; sur le plan géopolitique et commercial, les États-Unis durcissent le ton avec une hausse des droits de douane à 25% sur les véhicules européens, envisagent une prise de contrôle rapide de Cuba, et bloquent de nombreux projets éoliens pour des raisons de sécurité nationale, tandis que la Chine appelle ses entreprises à ignorer certaines sanctions américaines liées au pétrole iranien, illustrant l’escalade des tensions; en parallèle, l’attention se porte aussi sur la Suisse avec une possible exigence de capital supplémentaire pour UBS discutée au Parlement, alors que les marchés européens tournent au ralenti en raison de la fermeture du Royaume-Uni et de l’Irlande.

La journée sera marquée par plusieurs indicateurs économiques importants: le matin, une série d’indices PMI manufacturiers en Espagne, en Suisse puis en Italie permettra de prendre le pouls de l’activité industrielle en Europe, suivie à 10h00 par l’enquête de la Banque centrale européenne auprès des prévisionnistes professionnels, qui donnera des indications sur les attentes économiques dans la zone euro; l’après-midi, l’attention se tourne vers les États-Unis avec la publication des commandes industrielles mensuelles, un indicateur clé de la dynamique économique, puis en fin de journée, un discours de John Williams, membre influent de la Réserve fédérale, qui pourrait orienter les anticipations de marché concernant la politique monétaire.

BP Plc envisage de se désengager partiellement ou totalement de ses activités en mer du Nord britannique, selon Bloomberg. UBS va proposer des comptes privés et d'épargne aux USA dès 2027. Novartis obtient l'homologation de Santé Canada pour Fabhalta, traitement oral destiné aux adultes atteints de C3G. Spirit Airlines (Spirit Aviation Holdings) entame la liquidation de ses activités, faute de plan de sauvetage crédible. GameStop veut racheter eBay pour 55,5 milliards de dollars (125 dollars par action) pour créer un concurrent d'Amazon. Exxon estime qu'il faudra 1 à 2 mois pour un retour à la normale des flux après la réouverture du détroit d'Ormuz. Le bénéfice de Berkshire Hathaway a encore progressé, tandis que la trésorerie atteint un record faute de pistes d'investissement. Meta se lance à son tour dans les robots humanoïdes par le biais de l'acquisition de Assured Robot Intelligence.

Cette nuit et ce matin en Asie, les indices traitent en hausse marquée. Tokyo et Shanghai sont fermées, Hong Kong progresse de 1,42%, Séoul décolle de 5,12% et le Nifty50 avance de 0,62%. Le future SPX traite en très légère hausse, tout comme l’Europe qui est de retour de son long weekend. L’or tourne autour du niveau de 4600 dollars l’once, le marché obligataire n’est pas aussi détendu que son compère des actions, le rendement du 10 ans US se maintient à 4,37%.

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