MOVE vs S&P: l'obligataire sonne le tocsin

Vincent Lagger, Swisscanto

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Graphique de la semaine de Swisscanto. Entre envolée des breakevens et TACO, le marché souverain anticipe un choc de prix que les actions feignent d'ignorer.

©Keystone

 

Alors que les tensions s'intensifient autour du détroit d'Hormuz, une déconnexion au demeurant surprenante s'installe: l'indice MOVE de volatilité des taux s'envole sous la pression d'un choc pétrolier imminent, tandis que le S&P 500 affiche jusqu'ici une relative sérénité. Les investisseurs en obligations sont déjà en mode «alerte rouge», mais le marché action refuse de croire à la récession, pariant sur un énième revirement d'une Maison Blanche sous pression en cette année électorale.

Si l'on en croit les mouvements observés sur le marché obligataire mondial, la crise au Moyen-Orient est traitée, pour l'heure, comme un choc de prix avant d'être un choc de croissance. Les tensions sur le détroit d'Hormuz ont propulsé les énergies fossiles vers des sommets, déclenchant une onde de choc immédiate sur les taux et les anticipations d'inflation. L’anxiété est palpable sur le compartiment fixe: les rendements à 10 ans des grandes nations bondissent, portés par un repricing agressif des attentes des banques centrales. Plus significatif encore, les breakevens d'inflation à 1 an explosent, signalant que le marché intègre une inflation persistante et importée via les coûts de l'énergie.

Cette réaction n'est pas sans rappeler que, récemment, les taux ont tendance à s’emballer violemment dès qu'apparaît un risque financier — qu'il soit bancaire comme lors de l'épisode Silicon Valley Bank, politique avec les rumeurs de limogeage de Jerome Powell, ou purement fiscal à l'image du «Liz Truss moment». Pourtant, cette nervosité ne contamine pas encore les actions. La stabilité relative du S&P 500 suggère que les investisseurs ne redoutent pas un effondrement imminent des bénéfices. On assiste plutôt à une lecture géopolitique opportuniste: Donald Trump subit une pression monumentale pour stabiliser les cours de l'énergie. L’hypothèse d’une recherche de porte de sortie à tout prix par Washington laisse entrevoir un plafonnement possible des tensions. Dans ce contexte, le marché obligataire offre un point d'entrée stratégique si l'on mise sur une désescalade forcée, même si la marge de manœuvre en cas d'escalade violente reste quasi nulle.

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