Golfe Persique: le choc pétrolier qui fige la Fed

Vincent Lagger, Swisscanto

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Graphique de la semaine de Swisscanto. Le pétrole flambe, plaçant le futur nouveau président de la Réserve fédérale face à un arbitrage historique et risqué.

©Keystone

 

Alors que les indices boursiers conservent un calme relatif, le marché des taux semble lui avoir tranché: les anticipations des taux directeurs de la Réserve fédérale américaine pour juin et décembre 2026 indique clairement que l’espoir d’un assouplissement monétaire s’évapore. Une tendance similaire s'observe sur les marchés de la livre sterling et de l'euro. Pourtant, l’arrivée de Kevin Warsh, nommé par Donald Trump pour succéder à Jerome Powell, laissait présager une politique plus accommodante pour le reste de l'année. Mais la géopolitique a repris ses droits. Le conflit dans le Golfe Persique et le blocage partiel du détroit d’Ormuz ont propulsé le baril vers des sommets, redéfinissant les priorités de la Réserve fédérale. Rappelons que, contrairement à leurs confrères européens, les décideurs de la Fed sont soumis à un double mandat de stabilité des prix et de plein emploi, ce qui pourrait drastiquement changer la dynamique des deux institutions et leurs pesées d'argument pour les prochains mois.

Nous sommes ainsi face à un trade-off décisif. D'un côté, l'inflation importée via les matières premières exigerait une rigueur monétaire afin de ne pas laisser les attentes d'inflation gangrener l'économie; de l'autre, l’envolée des prix à la pompe agit comme une taxe immédiate sur les ménages, amputant leur budget et augmentant ainsi le risque de récession. Dans ce contexte de fragilité, une hausse des taux pour contrer l’énergie serait catastrophique pour l'activité réelle.

En cette année électorale cruciale, la Fed semble être poussée vers un «Volcker moment»: l'obligation de sacrifier la croissance pour ancrer les anticipations d'inflation, comme dans les années 1970, même si le contexte diffère aujourd'hui sous bien des aspects. Suite à la réunion de cette semaine, Jerome Powell a pourtant clairement souligné que si l'économie reste solide, l'incertitude liée au choc énergétique impose une patience accrue avant d'envisager tout pivot. Le marché l'a compris: la politique politicienne s'arrête là où le pétrole s'enflamme.

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