Depuis quelques séances de trading la peur tente un retour. Hier ne fait pas exception mais il semble que l’appétit au risque résiste aux récentes secousses, pour le moment du moins.
Les investisseurs continuent d’acheter les replis, de vendre la volatilité et d’élargir le spectre de leurs investissements, dans un contexte où les métaux rebondissent, les fondamentaux économiques restent solides et les entreprises publient de bons résultats, soutenues par une liquidité abondante, la dépense publique et des banques centrales prudentes. Les tensions récentes sur les matières premières n’ont pas provoqué de contagion, tandis que la rotation des marchés a déjà créé de nombreux gagnants et perdants en peu de temps, traduisant une exposition plus large: certaines valeurs technologiques et liées à l’IA continuent de bien se comporter, des segments plus spéculatifs comme l’espace ou la robotique humanoïde émergent, alors qu’Alphabet reste la seule valeur des «sept magnifiques» à réellement briller, que les logiciels, les cryptos et l’informatique quantique déçoivent pendant que les semi-conducteurs et les marchés émergents enregistrent de solides gains. La volatilité demeure élevée au niveau des actions individuelles, avec une forte dispersion des performances, ce qui signifie qu’un VIX bas ne garantit pas une trajectoire sans heurts et que le risque de correction persiste, comme l’illustre la saison en cours des résultats de sociétés. À plus long terme, la fin des publications pourrait recentrer l’attention sur les taux, la réduction attendue du bilan de la Fed représentant un risque potentiel pour les marchés obligataires et les valorisations actions.
La crainte que de nouveaux outils d’intelligence artificielle rendent une partie des logiciels obsolètes déclenche hier une forte vague de ventes sur les actions liées aux softwares, aux données et aux investisseurs du secteur. La pression vendeuse accélère après l’annonce par Anthropic de nouveaux outils juridiques intégrés à son assistant Cowork, capables d’automatiser la rédaction et la recherche légales, ce qui fait chuter lourdement des acteurs comme Thomson Reuters (-15,83%), LegalZoom (-19,68%) ou le London Stock Exchange (-12,80%). La baisse s’étend ensuite à l’ensemble du secteur, touchant notamment PayPal (-20,31%), Expedia (-15,26%), EPAM (-12,87%), Equifax (-12,11%) et Intuit (-10,89%). Les investisseurs redoutent que l’IA érode les avantages compétitifs historiques des éditeurs de logiciels, une inquiétude renforcée par les progrès rapides de modèles comme Claude, capables de coder et d’exécuter des tâches complexes de façon autonome. Les sociétés de capital-investissement très exposées au secteur des logiciels souffrent aussi passablement, avec des reculs marqués pour Ares, KKR et Blue Owl (plus de 9%), tandis qu’Apollo et Blackstone rendent 4,5%.
Le marché, fidèle comme un marin dans le port d’Amsterdam, jette à la poubelle ses amours d’un temps, entrainant le Nasdaq100 (NDX) au sous-sol, c’est là que se trouve sa moyenne mobile à 100 jours, que le NDX teste avec succès puis rebondit en fin de séance. Même constat dans des proportions nettement plus mesurées pour le S&P500 (SPX), qui vient tester sa 50 jours pour repartir ensuite vers le nord. Les géants de la tech sont aux fraises, on remarquera que le S&P500 équipondéré (SPW) n’égare que 0,22% sur la séance, c’est nettement mieux que le SPX et cela confirme que la rotation en cours est empreinte de sélectivité, les intervenants gardent la tête froide. Le podium du jour du SPX se compose de l’énergie, des materials et des biens de consommation de base. Hier 5 des 11 secteurs du SPX terminent la journée dans le vert, on allège les positions dans les stars de la tech pour réorienter les portefeuilles vers les actions dites de valeur, à faible volatilité ou payant des dividendes. La rotation se passe aussi au sein même du secteur de la tech. Big Up au Russell2000 (RTY) qui parvient à grappiller 0,31% dans cette journée morose. Énorme Big Up au Stoxx Europe 600 (SXXP) qui réalise un nouveau record historique à la cloche hier.
On jette un œil sur le VIX, qui gagne 10% sur la journée et clôture à 18, après être venu renifler à quoi ressemble 20,37. Il semble que le niveau de 20 soit actuellement une sorte de plafond de verre pour l’indice de la peur du SPX.
Côté marché obligataire, Thérèse me confirme que c’est tout de même très calme. Le rendement du 10 ans US fait du surplace à 4,28%, rien de particulier à signaler non plus sur le 10 ans JGB (Japanese Governement Bond), qui évolue ce matin à 2,24%.
Au chapitre des monnaies c’est aussi assez tranquille, la paire EUR/USD cote 1,1831, son principal support se situe à 1,1729 (50 jours) tandis qu’une solide résistance l’attend dans la zone 1,1970 – 1,1980.
L’or et l’argent retrouvent des couleurs, l’once de métal jaune repasse légèrement au-dessus des 5000 dollars pendant que le métal gris traite à 90,50 dollars.
Sur le plan macroéconomique, le gouverneur de la Fed Miran indique qu’il recherche plus de 100 points de base de baisses de taux cette année et répète qu’il ne voit pas de fortes pressions sur les prix dans l’économie, tandis que le président de la Fed de Richmond, Barkin, note que l’inflation reste au-dessus de l’objectif mais souligne qu’une productivité plus élevée permet aux entreprises d’absorber des coûts plus élevés sans devoir augmenter leurs prix.
Au Japon le parti de la Première ministre Sanae Takaichi devrait s’imposer dans les urnes ce week-end, ouvrant la voie à une politique de soutien économique plus marquée, tandis qu’aux États-Unis Donald Trump promulgue la loi mettant fin au mini-shutdown entamé samedi; les marchés se tournent vers le rapport ADP sur l’emploi, alors que les services statistiques confirment u’ils ne seront pas en mesure de publier vendredi le rapport mensuel sur le marché du travail de janvier, et l’indice ISM des services sera également très suivi après le redémarrage du secteur manufacturier; par ailleurs Donald Trump réaffirme que Washington et Téhéran maintiennent des discussions diplomatiques et le gouverneur de la Fed Stephen Miran quitte son poste à la Maison-Blanche à la tête du Council of Economic Advisers, qu’il occupait en congé depuis son entrée à la banque centrale en septembre.
Au menu macro-économique de ce mercredi, l'inflation de janvier en zone euro (11h00) puis aux Etats-Unis les créations d'emploi selon ADP (14h15) et l'indice ISM des services (16h00).
Novo Nordisk chutait à New York après des prévisions en forte baisse pour 2026. UBS dépasse les attentes avec un bénéfice de 1,2 milliard de dollars au quatrième trimestre. Infineon affiche un chiffre d'affaires de 3,662 milliards d'euros au premier trimestre fiscal. Nestlé rappelle un lot de lait infantile de la marque Guigoz en France. Ford serait en discussions avec Geely pour permettre au constructeur chinois d'utiliser ses usines en Europe, selon Reuters. Les ventes de puces IA Nvidia à la Chine bloquées par un examen de sécurité américain, révèle le FT. Nvidia qui serait par ailleurs proche d'investir 20 milliards de dollars dans OpenAI. Nintendo plongeait de 9% en séance après ses trimestriels.
Cette nuit et ce matin en Asie, les indices traitent en hausse sauf Tokyo qui perd 0,78% à la cloche. Hong Kong grappille 0,02%, Shanghai monte de 0,85%, Séoul prend 1,57% et le Nifty50 avance de 0,12%. Le future SPX traite en légère hausse, tout comme l’Europe qui progresse de 0,3% dans les premiers échanges.