Début août, les marchés oscillaient entre carottes et bâtons, chaque annonce apportant soit un soulagement, soit un coup dur. Les droits de douane et les manœuvres géopolitiques ont mis les marchés à rude épreuve, mais les bons résultats des entreprises et les espoirs de baisse des taux d'intérêt ont suscité l’optimisme.
Les investisseurs ont trouvé entre-temps leurs propres carottes, faisant fi du matraquage médiatique sur la politique commerciale, et renouant avec la propension au risque, dans l’attente de prochaines baisses des taux de la Fed. Ces espoirs ne se sont vus confortés que lors du symposium annuel de Jackson Hole, quand Jerome Powell a évoqué du bout des lèvres une première baisse en neuf mois dès septembre. Mais nous croyons que la décision est difficile à prendre. Il faut abaisser les taux au bon moment, en tenant compte de l’inflation persistante et des risques croissants pour le marché de l’emploi. Le dot plot de la Fed montre un total de baisses de 50 points de base d’ici décembre, mais l’inflation complique l’opération et limite la marge de manœuvre de la Fed.
Les effets que les droits de douane auront sur l’inflation demeurent incertains et même le taux neutre (qui équilibre croissance et inflation) est controversé. Les estimations de la Fed se situent entre 2,5% et 3,9%, alors que nombre d’investisseurs envisagent 3%. Abaisser les taux trop tôt, avant que l’inflation ne soit revenue à son niveau cible et que le marché du travail ne faiblisse encore, pourrait avoir un effet inverse à celui recherché. Abaisser les taux trop tôt, avant que l’inflation ne soit revenue à son niveau cible et que le marché du travail ne faiblisse encore, pourrait avoir un effet inverse à celui recherché. La Maison-Blanche fait pression pour obtenir des baisses plus marquées. Nous pensons que la situation ne justifie pas une réduction démesurée. Une baisse en septembre semble aujourd’hui plus plausible, au vu des signes de mollesse du marché de l’emploi, mais l’emploi continue de progresser, il n’y a donc selon nous pas de raison de s’alarmer.
L’histoire met en garde contre les ingérences politiques. Les recherches menées par le macroéconomiste Thomas Drechsel montrent qu’une pression politique soutenue, comme au début des années 1970, peut faire grimper le niveau des prix de près de 7% sur dix ans, sans gains de productivité durables. Les futures reflètent peu de changement dans la trajectoire prévisionnelle de la Fed depuis juin, mais ils intègrent désormais plus d’assouplissement, suite à la dernière réunion de Jerome Powell, en avril 2026.
Au moment de l’entrée en vigueur des tarifs réciproques, Donald Trump a intensifié la pression sur l’Inde en lui imposant 50% de droits de douane à cause de ses achats de pétrole russe. Le Brésil a connu le même sort, invoquant le procès de l’ancien président Jair Bolsonaro. La trêve commerciale avec la Chine a été prolongée jusqu’à novembre, apaisant pour un temps les tensions entre les deux principales économies mondiales. Mais la croissance chinoise s’oriente à la baisse, à cause des difficultés du marché immobilier et de la baisse des demandes de prêts. Il nous semble désormais plus probable que Pékin adopte rapidement de nouvelles mesures de relance.
Les bons résultats ont porté les actions américaines à des niveaux records malgré les tarifs, les consommateurs semblent résilients, et nous avons observé des mesures de relance allant des dépenses européennes aux budgets de l’OTAN, tandis que la perspective d’un cessez-le-feu en Ukraine est encourageante. La rencontre entre Donald Trump et Vladimir Poutine en Alaska début août fait espérer la fin des hostilités, malgré l’absence d’avancées notables. De retour de vacances, les investisseurs semblent à nouveau prêts à faire travailler leur argent.
Certains se demandent si les marchés ne sont pas trop optimistes vis-à-vis des actions. Ce n’est pas notre avis. Il semble qu’il y ait encore beaucoup de liquidité prête à être investie, qui pourrait générer de nouveaux gains. Mais il convient également de faire preuve de sélectivité, que ce soit par le biais d’indices pondérés en fonction de la capitalisation boursière ou d’allocations régionales, plutôt qu’en recourant à des indices généraux.