L’été sera chaud
L’économie et les marchés ne prennent jamais de vacances. De nombreux sujets d’espoirs ou d’inquiétudes vont dominer l’évolution des marchés de taux dans les semaines qui viennent. En premier lieu, l’attitude des banques centrales avec une BCE qui semble désormais à l’aise avec sa pause «wait and see» alors que la situation risque de devenir inquiétante et une Fed qui refuse de se soumettre aux demandes insistantes de Donald Trump pour amorcer un virage dovish. Nous avons donné notre avis sur ces sujets à de nombreuses reprises. La BCE devra vraisemblablement poursuivre son assouplissement monétaire pour soutenir une économie en mauvaise posture. La Fed a raison de se montrer prudente. Elle pourrait dévoiler une attitude un peu plus dovish à travers son langage à l’issue du FOMC du 30 juillet. Mais comme nous l’avons souligné récemment, elle devrait surtout réactiver rapidement un Yield Curve Control sur la courbe des taux réels (ce qui serait plus intelligent et efficace que sur celle des taux nominaux). Par conséquent, le Quantitative Easing nous apparaît comme une priorité faisant passer au second plan le niveau des taux Fed funds.
Les spreads de crédits sont chers et ne donnent, à l’heure actuelle, aucun signe avant-coureur de correction.
D’autres sujets ne vont pas faire de pause estivale. Les tensions géopolitiques ne manquent pas et si les Etats-Unis et l’Union européenne viennent de trouver un soi-disant terrain d’entente ce weekend sur les Tariffs, cet accord est tellement défavorable pour le Vieux Continent que la messe n’est pas dite. Un sujet plus brûlant et plus compliqué concerne la poursuite de la dérive post-électorale des taux longs japonais qui, selon certains experts, pourrait déclencher un sell-off généralisé sur les marchés obligataires occidentaux. Ce scénario est pour l’instant peu probable mais tout à fait possible et nous allons donc surveiller les marchés de taux nippons comme le lait sur le feu. Enfin, les spreads de crédits sont chers et ne donnent, à l’heure actuelle, aucun signe avant-coureur de correction. Un dernier sujet d’inquiétude peut être mentionné, même s’il ne va pas se matérialiser en plein été mais plutôt à la rentrée. Il s’agit de l’instabilité politique, de l’impasse budgétaire et du risque d’abaissement de la notation de la France.
Serait-il urgent de ne rien faire?
Sur le marché des crédits, il va sans doute falloir attendre un écartement des spreads, sans doute concomitant à un retournement des marchés actions, pour réinvestir en toute sérénité. Si nous devions toutefois envisager des achats dans cet univers des crédits, ce serait toujours du côté des hybrides corporates (malgré des all-time highs quasi-quotidiens) pour leur carry toujours intéressant mais sans en attendre des plus-values substantielles sur les prix des titres. Les hybrides vont encore terminer le mois de juillet en délivrant une performance mensuelle proche de 1%, soit leur meilleur mois de l’année 2025 jusqu’à présent.
Sur le marché de la dette gouvernementale, les portefeuilles en euros pourraient voir leur duration remonter légèrement si des opportunités devaient apparaître subitement. Les portefeuilles en dollars devraient rester stables et si leur duration devait être réajustée à la hausse, ce serait à travers les TIPS (Taux réels du Trésor US) ou de la dette AAA de la zone euro (gouvernements ou agences gouvernementales) libellée en euro et hedgée en dollars. En aucun cas, nous prendrions le risque, en pleine torpeur estivale, de remettre de la duration en taux nominaux américains. En aucun cas, sauf si un ou plusieurs risques énumérés dans la première partie de cette chronique venaient à se matérialiser et, par conséquent offrir de nouvelles perspectives d’investissement. Conclusion: vivement le mois d’août mais restons vigilants!