Plaidoyer contre la politique industrielle

Stephan Mumenthaler, Scienceindustries, Zurich

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La politique industrielle est à la mode. La Suisse doit s'y opposer - pour le bien de notre compétitivité.

 

Depuis qu'il y a des industries, il y a aussi une politique industrielle: les Etats essaient toujours de soutenir certaines branches et technologies par des mesures d'encouragement et de façonner l'économie selon leurs idées. Avec la mondialisation croissante, la foi dans la concurrence et le libre marché a prévalu dans les années 1980 et 1990, du moins en comparaison. Aujourd'hui en revanche, avec les tensions géopolitiques croissantes, nous assistons à un retour à la politique industrielle traditionnelle: les grandes puissances et les puissances régionales misent de plus en plus sur les subventions et les mesures protectionnistes pour renforcer leur position dans les rapports de force mondiaux.

Pourtant, les accords multilatéraux, notamment dans le cadre de l'OMC, seraient l'instrument le plus efficace pour stimuler le commerce international et favoriser ainsi la prospérité: En réduisant mutuellement les droits de douane, en simplifiant les procédures commerciales et en garantissant une protection forte et uniforme des droits de propriété intellectuelle. Au niveau mondial, la Suisse officielle s'engage donc à renforcer ces mécanismes multilatéraux et à développer et moderniser son réseau d'accords de libre-échange et d'autres accords bilatéraux.

La politique industrielle menace la concurrence et l'innovation

En attendant, les conséquences de la politique industrielle actuelle sont graves: les subventions et le protectionnisme entraînent d'une part des distorsions de concurrence et maintiennent d'autre part artificiellement en vie des entreprises inefficaces. Ce faisant, elles freinent également la capacité d'innovation d'un pays en mobilisant des ressources financières considérables qui seraient mieux investies dans la formation, la recherche et l'infrastructure afin de permettre une croissance durable à long terme. Des interventions étatiques fortes mettent ainsi également en danger l'esprit d'entreprise et la flexibilité de l'économie, qui sont essentiels dans notre monde dynamique.

Pour une petite économie nationale orientée vers l'exportation comme la Suisse, l'évolution mondiale actuelle comporte donc des risques considérables.

Privilégier certaines industries peut en outre conduire à des conflits commerciaux internationaux, comme on peut l'observer actuellement. Cela nuit en premier lieu aux petites économies ouvertes comme la Suisse, qui sont tributaires du libre-échange - notre pays fait ainsi partie des pays dont la part du commerce extérieur dans le produit intérieur brut (PIB) est la plus élevée. Notre excédent commercial annuel s'élève à environ 40 milliards de francs et, en 2023, la part des exportations de biens et de services dans le PIB suisse était d'environ 75%.

Des incitations intelligentes pour plus de marché et moins d'État

Pour une petite économie nationale orientée vers l'exportation comme la Suisse, l'évolution mondiale actuelle comporte donc des risques considérables. Il est donc d'autant plus nécessaire de mener au niveau national une politique économique qui renforce la compétitivité de nos industries orientées vers l'exportation. En raison de la longueur des cycles, la chimie, la pharmacie et les sciences de la vie sont particulièrement tributaires de conditions-cadres stables et favorables aux entreprises et à la recherche - la branche pharmaceutique a investi à elle seule environ 7 milliards de CHF dans la recherche et le développement en Suisse en 2022.

Des systèmes d'incitation doivent permettre l'innovation: l'autorisation de nouveaux médicaments, la numérisation du système de santé ou de nouvelles méthodes dans la biotechnologie en sont des exemples. Malheureusement, dans ces trois domaines, la Suisse manque de plus en plus le coche par rapport aux nations leaders. Par ailleurs, nos industries ont besoin d'une réglementation harmonisée avec l'étranger pour un accès au marché aussi libre que possible et pour éviter les réglementations qui entravent les entreprises.

Renforcer l'accès au marché, la protection IP et les MINT

Enfin, la compétitivité des industries à forte intensité de recherche dépend fortement des investissements dans la formation, la recherche et l'innovation. Un accès non discriminatoire au marché et une forte protection de la propriété intellectuelle (IP, Intellectual Property) sont essentiels à cet égard. Le soutien de l'État devrait être ciblé sur la formation et la recherche dans le domaine MINT afin de remédier à la pénurie de main-d'œuvre qualifiée et de renforcer l'acceptation de conditions-cadres favorables à la recherche.

Conclusion: la Suisse ferait bien de rejeter la politique industrielle galopante et de renforcer la compétitivité de ses industries orientées vers l'exportation en améliorant les conditions-cadres. Au niveau mondial, grâce à des mécanismes multilatéraux comme l'OMC et à un réseau dense d'accords de libre-échange et d'autres accords bilatéraux. Au niveau national, l'État devrait renforcer la capacité d'innovation des industries par des incitations ciblées et la suppression des obstacles réglementaires. Celles-ci constituent le fondement du succès économique de notre économie, riche en matières premières mais aussi en matière grise.

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