Marchés actions: veiller au grain, plutôt que prévoir

Bruno Lamoral, DPAM

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Durant cette phase d’optimisme excessif, inflation, chômage et prix du pétrole sont à surveiller comme le lait sur le feu.

Le dernier trimestre de l’année 2024 a témoigné, une fois encore, du puissant impact de la politique américaine sur les marchés financiers. En trois mois seulement, les investisseurs en actions européennes auraient pu gagner 15% de plus s’ils avaient investi outre-Atlantique, la moitié de ce gain provenant de l’appréciation du billet vert par rapport à l’euro.

Les marchés sont rapidement parvenus à un consensus pour ce qui concerne les conséquences du second mandat présidentiel de Donald Trump sur l’économie mondiale. C’est en effet une aubaine pour les investisseurs actions, puisque la promesse de réduire les impôts et de procéder à une déréglementation devrait doper les bénéfices des entreprises. Il en va tout autrement pour les investisseurs obligataires qui craignent une nouvelle flambée de l’inflation déclenchée par le relèvement des droits de douane et l’accroissement des tensions sur le marché du travail.

En 2025, réduire la bureaucratie devrait être une priorité absolue pour la nouvelle Commission européenne.

Pour ceux qui ont lu l’ouvrage de Daniel Kahneman «Système 1/Système 2: les deux vitesses de la pensée», il semblera évident que les réactions du marché à court terme découlent en général d’un mode de pensée de type 1, l’humain étant prédisposé à des réponses rapides qui l’amènent à avoir des réactions spontanées. Or, même si a priori l’inflation semble s’orienter à la hausse, le résultat final dépendra des mesures prises par le nouveau gouvernement américain et des réactions qu’elles susciteront dans les autres pays. Il dépendra peut-être plus encore de l’évolution de la situation économique et géopolitique. Dans ce contexte, garder l’esprit ouvert et procéder à une analyse minutieuse sont les deux outils qui permettront aux investisseurs de saisir les occasions qui se présenteront en cours de route.

L’Europe en situation précaire

De toute évidence, Donald Trump n’a pas de temps à perdre. Et comme le parti républicain est majoritaire dans les deux chambres du Congrès, il devrait procéder à des changements importants dès le début de son mandat. Ce positionnement contraste nettement avec celui d’une Europe qui a vu les dirigeants de ses principales économies, Olaf Scholz et Michel Barnier, se voir refuser la confiance de leurs parlements respectifs en décembre dernier. Allemagne et France se trouvent donc dans une situation précaire alors que l’industrie européenne est confrontée à une récession.

Cependant, la Commission européenne continue de privilégier la réglementation plutôt que l’innovation, ce qui freine l’accès aux gains de productivité indispensables pour pallier la faiblesse du dynamisme démographique. En 2025, réduire la bureaucratie devrait donc être une priorité absolue pour la nouvelle Commission européenne.

En attendant la baisse du prix du pétrole

Les investisseurs sont très optimistes et les bourses proches de la saturation. Dans une telle configuration, la prudence est généralement de mise. Pour alimenter leur dynamique positive actuelle, les marchés ont besoin d’un supplément de liquidités, et en particulier en dollars.  Cependant, la banque centrale américaine se trouve confrontée au défi de trouver un équilibre entre risque inflationniste et risque d’augmentation du chômage. L’an passé, les licenciements dans les secteurs sensibles aux taux d’intérêt ont été partiellement compensés par des créations d’emplois ailleurs, et en grande partie dans l’administration. Ceci pourrait être remis en question par les efforts des milliardaires Elon Musk et Vivek Ramaswamy pour améliorer la productivité de la fonction publique. En soi, cet élément peut sembler marginal, mais il pourrait faire pencher la balance s’il venait se surajouter aux efforts des entreprises pour défendre leurs marges.

Une baisse du prix de l’énergie est susceptible de désamorcer cette situation. Les pays de l’Opep disposant encore d’importantes capacités de production inutilisées, si Donald Trump maintient sa stratégie de relance des forages à tout va («drill, baby, drill») et parvient à imposer une trêve à l’Est, alors le prix du pétrole devrait baisser. Cette baisse constituerait un soulagement bienvenu pour les entreprises européennes. Et si la BCE baissait les taux d’intérêt au rythme actuel, les actions européennes pourraient alors entrer dans une phase de réévaluation.

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