La reprise en quarantaine

Bruno Cavalier, ODDO BHF

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La remise en route n’est que progressive car les autorités doivent combiner des impératifs sanitaires avec les objectifs économiques.


© Keystone

Il y a moins d’un mois, les perspectives de l’économie mondiale pour 2020 se présentaient sous un jour favorable. Dans la guerre tarifaire entre les États-Unis et la Chine, la hache de guerre avait été enterrée pour un temps, ôtant un facteur de perturbation des échanges de marchandises et de l’activité industrielle. Les banques centrales ayant réagi promptement à la dégradation des conditions économiques en 2019, elles entendaient bien continuer d’offrir le maximum de soutien possible avec des politiques accommodantes. Les indicateurs avancés avaient repris une tendance haussière dans le secteur manufacturier. En somme, l’économie globale était prête à sortir par la haut de la phase d’affaiblissement qui avait débuté deux ans plus tôt. La croissance avait touché un point bas à environ 3% en rythme annualisé. Cela semblait être un plancher. La suite ne pouvait être que meilleure.

Et puis, le 20 janvier, l’épidémie de coronavirus, apparue dans la région de Hubei en Chine, a commencé de faire les gros titres de la presse mondiale. Ce risque-là n’était pas sur les radars. Une classification devenue presque classique distingue deux types de contingences: les «inconnues connues» (known unknowns) et les «inconnues inconnues» (unknown unknowns). Les premières peuvent être raisonnablement anticipées et évaluées, pas les secondes. Que ce nouveau risque survienne en Chine est doublement stressant. Primo, ce pays n’est pas réputé pour la transparence de son information, même en temps normal. Secundo, le pays est un maillon essentiel du fonctionnement de l’économie globalisée. Isoler la Chine du reste du monde, c’est ce que Trump avait rêvé d’obtenir en érigeant des barrières aux échanges et en poussant à revoir la chaîne de production globale. Le virus y est parvenu en quelques jours. Il reste à espérer que ce soit temporaire.

Nul ne dispose à ce jour d’une mesure fiable et complète
des perturbations à l’échelon macroéconomique.

La Chine qui s’apprêtait à fêter le Nouvel An, période synonyme de dépenses frénétiques et de voyages, se trouve confinée. De nombreux pays ont réduit/suspendu leurs liaisons aériennes, maritimes ou ferroviaires. Une bonne partie de l’économie chinoise se trouve à l’arrêt. Plus d’une dizaine de jours ouvrés ont déjà été perdus. La remise en route n’est que progressive car les autorités doivent combiner des impératifs sanitaires (endiguer l’épidémie) avec les objectifs économiques (recréer des conditions normales de travail, de déplacement, de production et de dépense). Nul ne dispose à ce jour d’une mesure fiable et complète des perturbations à l’échelon macroéconomique, mais toutes les informations anecdotiques suggèrent un choc sévère pour l’industrie, les transports, les activités immobilières, etc.

Pour apprécier les dégâts, il faut tenir compte de trois choses.

  • Primo, les conditions économiques antérieures au choc. Début 2020, le cycle industriel global était fragile mais semblait en voie de rémission. Or si la chaîne de production et d’échanges des biens intermédiaires est interrompue, il est à craindre que cela pèse à nouveau sur le climat des affaires, en Chine et en Asie au premier chef, mais aussi ailleurs. Des pays très industrialisés et exportateurs comme le Japon ou l’Allemagne, des filières comme l’automobile, apparaissent à première vue très exposés.
  • Secundo, le choc lui-même. C’est là, ne nous le cachons pas, le point le plus spéculatif. Le schéma général est que la chute d’activité sera forte mais courte, et suivie d’un vif rebond, selon le fameux schéma en V qu’on a observé avec le choc du SARS en 2003, ou après le 11 septembre. Mais quelle ampleur aura la chute? Une estimation grossière est que la croissance chinoise qui était sur une tendance à 1.5% t/t avant le virus pourrait bien tomber à zéro, ou même au-dessous au T1. Compte tenu du poids de la Chine et des répercussions, la croissance mondiale pourrait-elle tomber de 0.75% t/t (3% annualisé) à 0.25% (1% annualisé). Le redressement anticipé de la croissance à l’échelon global, et spécifiquement en Europe, s’en trouve décalé de quelques mois.
  • Tertio, les mesures de contre-choc. En Chine, le virus n’a pas détruit la demande, il crée de fortes distorsions de l’offre. Un plan de relance ne sert pas à grand-chose dans l’immédiat. La priorité est d’assurer que les entreprises et les banques ne se trouvent pas en manque de liquidités. La réponse immédiate est à venir du côté monétaire. Dans un second temps, pour accompagner la reprise d’activité, une relance budgétaire reste une possibilité. Dans le reste du monde, le choc du virus accentue le biais baissier des banques centrales et justifie, plus que jamais, un usage plus actif de la politique budgétaire dans les pays qui en ont les moyens.

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