L’unité européenne à l’épreuve

Marc Brütsch, Swiss Life Asset Managers

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La politique budgétaire européenne a besoin d’une mutualisation des risques. En Suisse, la déflation est de retour, mais devrait disparaître l’an prochain.


©Keystone

L’Europe lève certaines mesures imposées pour contenir la pandémie. Si certains magasins et services rouvrent sous de strictes conditions en Autriche et en Allemagne, la détente est bien plus prudente dans les pays les plus touchés, dont nos derniers calculs estiment la chute de la production économique à plus d’un tiers fin avril par rapport aux niveaux d’avant la crise. L’Allemagne devrait s’en tirer avec de vilaines égratignures en subissant une baisse d’environ 14% sur la période. Sachant en outre que les voyages internationaux feront partie des dernières activités libérées, les secteurs dépendants du tourisme seront très affectés par l’absence de déplacements étrangers. Les marchés du travail du sud de l’Europe se dégraderont fortement ces prochains mois sous l’effet du choc persistant sur la demande intérieure. 

L’écart de production doit être comblé
avant que l’inflation ne représente un réel risque.

Si le PIB global de la zone euro peut renouer avec ses niveaux d’avant la crise en 2022, l’Italie et l’Espagne devront encore attendre. Le filet de sécurité de la BCE a empêché les écarts de rendement des emprunts d’Etat italiens et espagnols de se creuser encore malgré la perspective d’un ratio dette/PIB supérieur à 150% en Italie. La politique budgétaire européenne a besoin d’une certaine mutualisation des risques. Sans le plan de relance proposé et d’autres mesures pour parachever l’union monétaire, le risque d’une «crise de l’euro 2.0» pourrait bien réapparaître.

Cette crise est souvent comparée, à tort, à une fin de guerre, souvent suivie d’une forte inflation. Ici, le choc de l’offre et, partant, de la demande, dû au confinement a causé une sousutilisation inédite de capacités de production pourtant intactes dans les infrastructures, l’industrie manufacturière et le marché du travail. L’écart de production ainsi créé doit être comblé avant que l’inflation ne représente un réel risque.

Le filet de sécurité tient le choc en Suisse

D’après le Secrétariat d’Etat suisse à l’économie, le Seco, les demandes d’indemnisation au titre du chômage partiel seraient montées à 1,85 million, ce qui représente à peu près un tiers des salariés du pays. Environ la moitié ont été acceptées à ce jour. Parallèlement, le nombre de personnes sans emploi devrait monter à 155’000 fin avril, tirant le taux de chômage de 2,5% fin 2019 à 3,4%. Malgré cette accélération rapide, le filet de sécurité que constitue le dispositif de chômage partiel semble tenir pour le moment. L’amélioration de la situation sur le plan médical incite la Suisse à lever progressivement les restrictions. 

Le PIB suisse devrait se contracter de 3,1% cette année
en raison des mesures de lutte contre le COVID-19.

Les dégâts économiques sont toutefois probablement plus graves que nous ne le pensions le mois dernier. Nous prévoyons dorénavant une contraction du PIB de 3,1% en raison des mesures de lutte contre le COVID-19, contre -1,3% il y a un mois. Ces projections restent néanmoins très incertaines et l’effet du confinement varie selon les secteurs. Tout en estimant qu’un tiers de l’économie (notamment les services financiers, l’éducation, la santé ou l’administration) sera globalement épargné par la pandémie, les autres activités devraient être affectées dans des proportions allant de 5% à 80% par rapport aux niveaux d’avant la crise. Les deux secteurs les plus touchés (hôtellerie et loisirs) ne devraient pas renouer à plus de 75% avec leurs niveaux d’activité antérieurs avant fin 2020.

La Suisse a replongé dans la déflation, avec une baisse annuelle de l’indice des prix à la consommation. L’inflation devrait chuter à -0,7% en avril sous l’effet de l’effondrement des prix de l’énergie et du franc fort. Comme nous tablons sur une normalisation relative de l’activité mondiale au second semestre, les prix de l’énergie devraient remonter petit à petit et alimenter une remontée de l’inflation l’an prochain.

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