France: le défi budgétaire de 2027

Arthur Jurus, Paula Achim, ODDO BHF

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Depuis la création de l’euro, la France a dépassé le seuil de 3% de déficit budgétaire fixé par l’Union européenne à 21 reprises sur 28 ans, soit le nombre le plus élevé parmi les membres de la zone euro.

 

La France entame la préparation de son budget 2027 dans une situation de grande fragilité budgétaire. Depuis la création de l’euro, la France a dépassé le seuil de 3% de déficit budgétaire fixé par l’Union européenne à 21 reprises sur 28 ans, soit le nombre le plus élevé parmi les membres de la zone euro. Le gouvernement vise actuellement un déficit de 5,0% du PIB en 2026 et un retour progressif sous la barre des 3% d’ici 2029. Cependant, le ralentissement de l’activité économique pousse déjà le déficit prévu pour 2026 vers 5,2% du PIB, tandis que plusieurs estimations suggèrent que, sans mesures supplémentaires, le déficit pourrait avoisiner les 6% du PIB en 2027. La dette publique française s’élève déjà à 115% du PIB, soit près du double du niveau de l’Allemagne (64%). 

Le défi sous-jacent réside dans la composition des dépenses publiques. La protection sociale représente 42% des dépenses publiques totales, les soins de santé 15%, l’éducation 9%, et les dépenses de défense continuent d’augmenter en vertu d’engagements pluriannuels. Les tendances démographiques impliquent à elles seules des hausses annuelles des dépenses de retraite et de santé, tandis que les programmes de défense ajoutent environ 9 milliards d’euros d’engagements de dépenses supplémentaires. Les dépenses publiques représentant plus de 57% du PIB, un assainissement budgétaire significatif nécessite de plus en plus des réformes des dépenses politiquement difficiles plutôt que des hausses d’impôts temporaires. Dans le même temps, le contexte macroéconomique n’est guère favorable. La Banque de France a récemment revu à la baisse ses prévisions de croissance pour 2026 à 0,5%, tandis que l’activité économique a stagné au cours du premier semestre. Un ralentissement de la croissance réduit les recettes fiscales tout en rendant la stabilisation de la dette plus difficile, ce qui crée une situation budgétaire de plus en plus défavorable. 

Le risque principal réside donc moins dans le résultat de l’élection présidentielle elle-même que dans la capacité de tout futur gouvernement à gouverner efficacement.

La trajectoire budgétaire de la France fera l’objet d’une attention particulière lorsque le gouvernement présentera son budget 2027 en septembre. Pour les investisseurs, le débat ne porte plus sur la capacité de la France à revenir à terme sous le seuil de déficit de 3% fixé par l’UE, mais sur la capacité des décideurs politiques à tracer une voie crédible et politiquement réalisable vers la stabilisation des finances publiques. Ce défi est rendu plus difficile par un environnement de marché en mutation, dans lequel les coûts d’emprunt souverains sont de plus en plus déterminés par les fondamentaux budgétaires, la dynamique de la dette et la crédibilité politique. En conséquence, les spreads souverains sont redevenus un indicateur important du risque spécifique à chaque pays au sein de la zone euro.

Le budget sera également jugé dans un contexte politique de plus en plus fragile. Depuis 2024, les crises gouvernementales successives et la fragmentation législative croissante ont détourné l’attention des investisseurs des objectifs budgétaires eux-mêmes pour la porter sur une question plus fondamentale: les institutions françaises possèdent-elles encore la capacité de mettre en œuvre efficacement la politique budgétaire? La paralysie politique est de plus en plus considérée comme une contrainte structurelle à l’assainissement budgétaire.

Cette préoccupation est amplifiée par l’approche de l’élection présidentielle de 2027. Les sondages actuels placent le Rassemblement national (RN) à environ 30% des intentions de vote au premier tour, ce qui rend très probable la qualification de son candidat pour le second tour, tandis que l’ancien Premier ministre Édouard Philippe reste le challenger centriste le plus crédible. Ce qui importe davantage pour les marchés financiers, cependant, c’est la probabilité croissante que le prochain président soit confronté à une Assemblée Nationale fragmentée, ce qui limiterait la capacité du gouvernement à mettre en œuvre des réformes des dépenses et des ajustements structurels.

Le risque principal réside donc moins dans le résultat de l’élection présidentielle elle-même que dans la capacité de tout futur gouvernement à gouverner efficacement. Les marchés financiers peuvent généralement s’adapter à différents programmes politiques, à condition que les décideurs aient la capacité de les mettre en œuvre. Un parlement divisé, en revanche, augmente le risque de retards dans les réformes, de dérapages budgétaires et d’inertie politique, précisément au moment où les investisseurs cherchent à renforcer leur confiance dans la trajectoire de la dette française. Le budget de septembre constituera donc un premier test non seulement de la crédibilité budgétaire, mais aussi de la capacité politique, offrant aux marchés une indication plus claire sur la capacité de la France à stabiliser ses finances publiques avant que le cycle électoral de 2027 ne complique davantage le programme de réformes.

Pour les investisseurs obligataires, le spread OAT-Bund demeure le canal de transmission le plus direct. Historiquement considérée comme un émetteur souverain de premier plan de la zone euro, la France se négocie de plus en plus avec une prime de risque budgétaire et politique persistante par rapport à l’Allemagne (80 points de base sur les taux 10 ans contre 50 points de base pour l’Espagne, 70 pour la Grèce et 78 pour l’Italie). Depuis mi-2024, cet écart s’est considérablement creusé et s’est stabilisé bien au-dessus de sa moyenne d’avant la crise, ce qui suggère que les marchés réévaluent le risque français plutôt que de réagir à des épisodes temporaires d’incertitude politique. Si le budget de septembre ne parvient pas à tracer une voie crédible vers l’assainissement budgétaire, les investisseurs exigeront probablement une compensation supplémentaire pour les risques budgétaires et de gouvernance, ce qui entraînera un nouvel élargissement de l’écart et une hausse des coûts d’emprunt. Les principales implications financières sont des rendements structurellement plus élevés qui alourdissent la charge d’intérêt sur les nouvelles émissions de dette, compliquant encore davantage la dynamique de la dette à un moment où les besoins de financement sont déjà élevés.

Au-delà des obligations d’État, la hausse des rendements français resserrait progressivement les conditions financières dans l’ensemble de l’économie, augmentant les coûts de financement pour les ménages, les entreprises et les banques. Toutefois, le risque principal pour les investisseurs réside dans l’institutionnalisation progressive d’une prime de risque plus élevée, les marchés intégrant la fragmentation politique parallèlement à la détérioration des indicateurs budgétaires. Les obligations d’État françaises ne peuvent plus être considérées uniquement comme un choix d’allocation en durée. Les investisseurs doivent de plus en plus considérer le risque de spread souverain comme une source distincte de rendement et de volatilité. Au sein de l’univers obligataire de la zone euro, la distinction entre émetteurs souverains «core» et «semi-core» prend de plus en plus d’importance, et le spread OAT-Bund devrait rester un baromètre important de la confiance des investisseurs à l’approche du budget de septembre et du cycle électoral de 2027 en France.

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