Confidentialité: le chaînon manquant de la blockchain

Matt Mena, 21shares

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La caractéristique même qui a rendu les cryptomonnaies révolutionnaires est aussi celle qui freine aujourd’hui leur adoption à plus grande échelle.

 

Les blockchains sont des registres publics et ouverts. Chaque solde, chaque transaction et chaque contrepartie sont visibles par tous, de manière permanente. C’est ce qui les rend vérifiables et permet de fonctionner sans tiers de confiance. Mais c’est aussi ce qui les rend difficilement utilisables par les institutions: aucune entreprise ne rend publique sa masse salariale et aucun fonds ne souhaite dévoiler à l’avance ses transactions.

La confidentialité n’est pas une fonctionnalité que les actifs numériques pourront simplement ajouter ultérieurement. Elle constitue le chaînon manquant entre la situation actuelle de cette classe d’actifs et les capitaux qu’elle cherche à attirer. Résoudre cette question permettrait aux cryptomonnaies d’offrir quelque chose que la finance traditionnelle n’a jamais pu proposer: l’équivalent d’un compte bancaire suisse dans sa poche, privé et détenu en propre, tout en restant accessible à un régulateur ou à une contrepartie lorsque cela est nécessaire.

La bonne nouvelle est que la confidentialité ne se fait pas au détriment de la vérifiabilité. Les zero-knowledge proofs ou ZK, une technique cryptographique développée pour la première fois en 1985, permettent à une blockchain de confirmer la validité de chaque transaction sans révéler l’identité de l’expéditeur, du destinataire ni le montant transféré. Le registre reste ainsi vérifiable, tandis que les détails demeurent confidentiels.

Le marché commence à intégrer cette évolution dans les valorisations. La capitalisation du secteur des cryptomonnaies axées sur la confidentialité a presque quintuplé, passant de 6,2 milliards de dollars il y a un an à environ 30 milliards aujourd’hui, soit une croissance annualisée composée de 111% sur trois ans. Il s’agit du seul secteur à évoluer au-dessus de son pic d’octobre 2025, avec une progression de 216% par rapport à ses sommets d’octobre, tandis que l’ensemble du marché crypto, hors stablecoins et tokens axés sur la confidentialité, se situe environ 32% sous son pic. Zcash (ZEC), le plus grand réseau axé sur la confidentialité, affiche désormais une capitalisation d’environ 20 milliards de dollars, soit près de 400% au-dessus de son pic de 4 milliards de dollars atteint en 2021. Le secteur de la confidentialité connaît donc une revalorisation structurelle dont il convient de comprendre les raisons.


 


Le potentiel sous-estimé de la confidentialité

Dans l’univers crypto, la confidentialité passe progressivement du statut d’option à celui de nécessité. L’argument selon lequel elle favoriserait avant tout les activités criminelles, généralement avancé en premier, n’est pas corroboré par les données. Et l’urgence s’accroît: l’IA accélère ce besoin et les plus grandes blockchains ont déjà commencé à agir.

Les institutions privilégient déjà la confidentialité

La transparence constitue un atout pour certains utilisateurs, mais un handicap pour d’autres. Sur une blockchain publique, n’importe qui peut observer la formation d’un ordre important et négocier avant son exécution, soit l’équivalent on-chain du front-running. Cette pratique est exploitée à grande échelle par le biais de la valeur maximale extractible (MEV), qui aurait permis de prélever environ 1,7 milliard de dollars entre 2022 et 2025 (Solana Compass, 2025; Blockchain Council, 2026). Les institutions ne régleront pas de positions importantes on-chain tant qu’elles ne pourront pas le faire de manière confidentielle. Cette préférence est déjà visible sur les marchés traditionnels: les dark pools et les plateformes hors marché réglementé représentent ensemble plus de 40% des transactions sur actions américaines, une proportion qui a dépassé 50% en 2025 (Nasdaq, 2025).

Cette tendance est particulièrement manifeste sur le réseau Canton, où la confidentialité institutionnelle est devenue une condition préalable à une adoption significative. Conçu pour permettre une divulgation contrôlée des informations, Canton permet aux entreprises d’émettre et de régler des actifs tokenisés sur un registre partagé tout en maintenant leurs positions et leurs contreparties confidentielles vis-à-vis de leurs concurrents, mais accessibles aux régulateurs lorsque cela est nécessaire. Les acteurs impliqués sont loin d’être anecdotiques:

  • Goldman Sachs exploite sa Digital Asset Platform sur Canton;
  • J.P. Morgan y déploie nativement son token de dépôt JPMD;
  • DTCC, qui assure la conservation de plus de 100’000 milliards de dollars de titres américains, tokenise des bons du Trésor américain sur Canton.

Plus de 30 des plus grandes institutions financières mondiales développent désormais des projets sur Canton ou soutiennent le réseau, qui traite chaque mois plus de 8000 milliards de dollars d’actifs tokenisés. Il s’agit de l’une des preuves les plus claires que la confidentialité est nécessaire pour permettre aux institutions de migrer on-chain (Digital Assets, 2026).

Il en va de même pour les particuliers. A mesure que la vie quotidienne se déplace en ligne, chaque achat est enregistré, suivi et monétisé quelque part, alors que peu d’entre nous souhaitent que le monde entier puisse observer ce qu’ils achètent. Zcash répond à ce problème grâce à ses shielded pools, qui protègent aujourd’hui de manière confidentielle environ 7 milliards de dollars de capitaux (Blockworks, 2026). Lorsque les fonds d’un utilisateur sont transférés dans un shielded pool, le montant, l’expéditeur et le destinataire sont masqués par cryptographie, tandis que les preuves ZK permettent au réseau de confirmer la validité de la transaction sans en révéler les détails. Les détenteurs peuvent passer librement du registre transparent de Zcash à sa fonctionnalité de confidentialité et inversement, et ne divulguer leur historique à un auditeur ou à un régulateur, au moyen d’une clé de visualisation (view key), que lorsque cela est nécessaire.

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